19 janvier 2018

[Disputationes Theologicae] La bataille pour la “troisième voie” continue - Des exemples récents qui témoignent de cette nécessité

SOURCE - Disputationes Theologicae - 21 décembre 2017

Le 6 décembre 2013 nous écrivions l’article suivant “Les raisons d’une bataille: la parole aux exemples”, signé par les Résistants de l’IBP qui donneront naissance à la Communauté Saint Grégoire le Grand. On y proposait une vue panoramique de la situation en montrant les fruits de certains choix que nous ne partagions pas, raison pour laquelle nous avons choisi de résister en société. Quatre ans après, nous recevons de nos lecteurs de la documentation témoignant de l’évolution de la situation sur le même chemin que nous avions décrit à l’époque. Cette situation a même empiré plus que prévu et oblige tout le monde à une réflexion sérieuse. Cette fois encore, nous laissons la parole aux exemples récents.
Un important membre de la Fraternité Saint Pierre assiste à un rite œcuménique
Une des plus importantes présence de la Fraternité Saint Pierre en France est celle de Bordeaux, dans l’église de Saint Bruno, où le 11 novembre dernier Son Eminence Révérendissime le Cardinal Ricard a voulu prier pour la paix de manière œcuménique. La “journée pour la paix” s’est déroulée dans cette même église le jour de la commémoration de la victoire française lors de la Première Guerre Mondiale. Etaient présents l’Archevêque de Bordeaux, certains prêtres diocésains et la pasteure de l’ “église” Protestante Unie de Bordeaux, Madame Valérie Mali, qui a pris la parole et guidé une prière. A cette cérémonie œcuménique pour la paix était également présent officiellement - dans le chœur et en surplis - le prêtre qui dirige l’apostolat de la Fraternité Saint Pierre à Bordeaux, l’Abbé de Giacomoni. Nous précisons que Madame Valérie Mali ne s’est pas distinguée seulement pour ses mérites dans la poursuite de l’ “unité luthérienne”, mais elle se glorifie d’avoir été la première à avoir “béni” - façon de dire - des “noces” homosexuelles à Bordeaux. La rencontre prenait donc accidentellement, en plus de son caractère œcuménique déclaré, une légère coloration LGBT.

Lorsque nous avons été informés de cet événement nous avons voulu penser que peut-être le prêtre de la FSSP n’était pas au courant et s’était retrouvé dans une situation inattendue. En ce cas, on aurait pu invoquer la faiblesse ou l’incapacité de réaction face à une situation imprévue, cependant la gravité du fait demeure car dès qu’on se rend compte d’une telle situation on a le devoir de se dissocier publiquement du scandale pour la foi. C’est pour cela aussi que dans un premier temps nous avions préféré ne pas commenter cet événement. Entre temps, les prêtres de la FSSP de Bordeaux ont déclaré autre chose : il ne s’agit pas d’une initiative autonome de l’Abbé de Giacomoni, mais d’un choix véritable, assumé de manière responsable par la FSSP car il y a deux ans déjà, disent-ils, les Supérieurs avaient choisi d’agir de la même façon que cette fois-ci. La justification doctrinale a été que - malgré la présence officielle dans le chœur de la pasteure luthérienne - il s’agissait d’une “Messe catholique”. La justification pastorale a été que leur présence aidait à “maintenir de bons rapports avec le Cardinal”. Nous ne croyons pas qu’il y ait beaucoup de choses à ajouter, sinon de répéter avec insistance ce que nous avons écrit dans notre article de 2013: La FSSP veut-elle faire la bataille doctrinale ?

Lorsqu’à l’IBP certains montrèrent avec franchise ecclésiale leurs réserves concernant le document Pozzo (Le “rite propre” et l’ “herméneutique de continuité” sont-ils suffisants?), document accepté d’abord seulement par les sommets de l’Institut, puis par tous, un prêtre de la FSSP (maintenant employé à la Curie Romaine) nous disait que sa Société recevait régulièrement des lettres de ce genre de la Commission Ecclesia Dei et que le choix général avait toujours été celui, même s’ils n’en partageaient pas le contenu, de ne faire aucune remontrance publique. Quels ont-été les résultats d’une telle politique?

Et - puisqu’il est juste de regarder les deux côtés de la médaille - était-il vraiment nécessaire que le Cardinal Ricard, membre influent de la Commission Ecclesia Dei, qui connait bien le monde Vetus Ordo, choisisse parmi les nombreuses églises de la ville, précisément celle de Saint Bruno où est célébrée la Messe traditionnelle ?

Nous savons bien que plusieurs prêtres de la Fraternité Saint Pierre ne partagent pas du tout ce qui s’est passé à Bordeaux, mais ne serait-il pas opportun d’aller ailleurs ou du moins de commencer à prendre publiquement position contre cette acceptation de facto de rites œcuméniques de la part de leur propre Fraternité?

Si tels sont les fruits de l’acceptation passive de la mise sous Commissaire de l’année 2000 et plus généralement du choix de ne pas s’opposer, même pas pour ce qui est inacceptable pour un catholique comme un rite œcuménique, le moment ne serait-il pas venu de réfléchir sérieusement à changer d’approche dans la bataille à mener pour l’Eglise? 
La Fraternité Saint Pie X, entre l’esprit bergoglien et l’esprit schismatique
Nous rapportons un épisode survenu il y a quelques mois dans un prieuré de la FSSPX. Dans le Centre de la France, un jeune se convertit, quittant la fausse religion dans laquelle il est né et fait le choix de la Tradition. N’étant pas baptisé et désirant se marier, il s’adresse aux prêtres de cette Fraternité qui lui demandent une année de préparation. Le catéchumène est jugé apte à recevoir le Baptême, mais on découvre que pendant la préparation il a assisté à une Messe (traditionnelle) célébrée par des prêtres de l’Institut du Christ-Roi. A ce moment, les prêtres de la FSSPX, après l’avoir durement repris et après avoir reporté le Baptême, demandent devant un témoin qu’avant toute chose le catéchumène s’engage moralement sur l’honneur sur trois points : 1) reconnaitre que la “Nouvelle Messe est dangereuse pour la Foi”; 2) ne jamais aller à des Messes traditionnelles célébrées en vertu du Motu proprio; 3) aller exclusivement aux Messes des prêtres de la Fraternité Saint Pie X ou en communion déclarée avec elle. S’il refuse, il ne sera pas admis au Baptême ni au Mariage qui est en vue. Les choses se passent ainsi car le jeune homme refuse de souscrire.

Nous précisons qu’il est compréhensible qu’un prêtre prenne les mesures nécessaires pour vérifier  la véracité de la conversion et que la demande des sacrements soit pleinement consciente et volontaire. Il est aussi compréhensible d’inviter les fidèles à réfléchir pour qu’ils sachent discerner l’opportunité d’assister à certaines cérémonies, même si elles sont célébrées dans le rite traditionnel. Mais demander un acte d’adhésion exclusive à la FSSPX et un rejet formel - non seulement dans certaines circonstances spécifiques mais un rejet de principe - des sacrements célébrés en dehors de ladite Fraternité cela ne parait pas admissible. En effet, nous ne voyons pas en quoi cela se distinguerait du rejet - systématique et pas seulement en raison des circonstances - de la communicatio in sacris avec d’autres membres de l’Eglise catholique, qui est une des conditions pour que l’on puisse parler de schisme. Peu importe qu’ils célèbrent le rite traditionnel et prêchent la doctrine catholique, il faut l’adhésion exclusive à la Fraternité. 

Malheureusement, cette position n’est pas une prérogative de jeunes prêtres inexpérimentés du Centre de la France, qui ont certainement exagéré aussi sur les modalités pratiques, mais elle est la suite logique de la doctrine enseignée officiellement à Ecône, soutenue en public par les Supérieurs et défendue aussi - quoique par intermittence, comme toujours - par Mgr Fellay, doctrine jamais rétractée publiquement (cf notre article de 2011: Des positions contradictoires et ambigües dans la Fraternité saint Pie X). 

Est-ce seulement la faute de jeunes prêtres inexpérimentés ou est-ce aussi la faute de celui qui - en cultivant l’ambiguïté - laisse dispenser au Séminaire un enseignement officiel d’une toute autre teneur que les déclarations au Vatican? En effet, à notre connaissance les professeurs en question n’ont pas été sanctionnés ou mutés par ces mesures violentes que la Fraternité sait prendre lorsqu’on ne suit pas la ligne du chef.

Mais l’ambiguïté encore plus hilarante consiste dans le fait que si le jeune catéchumène avait accepté de souscrire à la rupture de la communicatio in sacris avec quiconque est hors de la FSPPX, il aurait pu se marier validement dans certains Prieurés de cette Fraternité! En effet, suite aux tractations en cours avec le Vatican, elle a déjà obtenu la possibilité de marier validement grâce à la juridiction donnée par le Pape Bergoglio (privilège officiel jamais concédé à la Fraternité Saint Pierre, même pas après les rencontres avec les Luthériens...). Parallèlement à cela le Supérieur Général n’a pas encore précisé s’il est admissible que les fidèles doivent - pour pouvoir se marier avec la juridiction vaticane - déclarer leur rupture in sacris avec ceux qui sont hors de la FSSPX. Nous n’avons pas eu connaissance non plus d’une clarification du Vatican à ce sujet.

Est-ce cohérent tout cela? Est-ce cela la suprême recherche du bien des âmes même en s’opposant si nécessaire à la “Rome apostate et moderniste” (comme ils disent) ou bien est-ce rentrer pleinement dans la logique politicarde de la nouvelle pax bergogliana?
Le Supérieur de l’IBP: “Pleine communion, pleine communion avec Rome!”
Le Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur nous a habitués à des positions contradictoires. Beaucoup se souviennent qu’il y a quelques années, déjà en tant que Supérieur d’un Institut de droit pontifical, il dirigeait la chorale - en surplis - lors d’un Mariage célébré par un prêtre sédévacantiste (mariage dont la validité est pour le moins douteuse). Il y a quelques mois cette même personne, en chaire de Saint Eloi à Bordeaux pour les 10 ans de l’Institut du Bon Pasteur, a expliqué aux fidèles sa position ecclésiale: pleine communion avec François, car grâce à lui la Tradition et le rite traditionnel sont reconnus (“ils ont pignon sur rue” dans la version originale). Les preuves en seraient que son Institut est reconnu par le Vatican et que François - en continuité avec Benoît XVI (sic) - ne parlerait plus continuellement de Vatican II comme le faisaient ses prédécesseurs. 

Mis à part la myopie (voulue?) de ne pas admettre que Vatican II est certes en partie dépassé mais cela en vue de préparer Vatican III, mis à part le fait que sa propre reconnaissance canonique apparait plus importante que la crise dans l’Eglise, un aspect de ce que nous appelons le “complexe du rallié” se manifeste de manière évidente : montrer le chemin parcouru vers “la pleine communion”. Nous laissons de côté pour des motifs de place ce que disait autrefois l’Abbé Laguérie - en partie même justement - non seulement sur les “ralliés” mais aussi sur le concept même de “pleine communion”. Il nous semble que nous sommes face à l’attitude typique de celui qui a été mis sous Commissaire et qui l’est peut-être encore. Nous ajoutons que - pour en rester aux faits - nous n’avons pas connaissance d’une quelconque prise de position publique sur les nouvelles règles en faveur des annulations de mariage (que certains ont même renommé “divorce catholique”), rien non plus sur le document bergoglien “Amoris Laetitia” et sur ses conséquences déjà désastreuses; rien non plus sur des thèmes contre lesquels autrefois on entendait des expressions véhémentes comme l’immigration sauvage et l’invasion islamique ou sur le Luthéranisme ouvert de certains pans de l’Eglise. Le silence règne dans les homélies et dans les publications. Tout va bien parce que ... la tradition et l’IBP ont une reconnaissance canonique. Ils peuvent, pour reprendre ses mots, avoir “pignon sur rue”.

Cela doit être un effet de la pleine communion avec François tant recherchée si le nouveau bulletin du Séminaire de Courtalain a pris un nom qui donne tout un programme et qui répond à un concept très cher à l’Abbé de Tanoüarn, désormais apparemment  le seul dans son Institut à se prononcer sur des thèmes brulants. Le fameux prêtre parisien disait en effet qu’il était temps que le Bon Pasteur reprenne, au sujet du dernier Concile, ce concept clé de Jean-Paul II: Vatican II est une “boussole”. On évoquait autrefois au Séminaire la “critique constructive” de Vatican II, aujourd’hui, après la mise sous Commissaire et la nomination d’un nouveau Recteur, son bulletin officiel s’appelle justement “La Boussole”. Au final, cela reflète idéalement l’évolution en acte: en effet, pris en soi il s’agit d’un nom comme un autre, mais pour l’oeil de celui qui surveille il est suffisamment évocateur. Inutile de chercher d’ailleurs dans “La Boussole” la moindre “indication pour le navigateur” qui ressemblerait même de loin à la critique constructive de Vatican II autrefois tant affichée.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de “boussoles”, mais de ligne générale quand l’Abbé Laguérie dit en privée et dans des articles: “il y a un moment pour parler et un moment pour se taire”. On déduit clairement de l’ensemble de ce discours que le choix de ne pas s’exprimer, en plus d’être pleinement volontaire (et utile au maintien de certains acquis, mais de cela on n’en parle pas) dériverait de la constatation que simplement ce n’est pas le moment de parler. Mais alors quand faudrait-il parler sur la crise dans l’Eglise, sinon aujourd’hui alors que la maison brûle même sur la question de la famille qui jusqu’à présent n’avait pas été ouvertement attaquée? Nous l’avions dit à l’époque et nous le répétons aujourd’hui encore, accepter un Supérieur imposé et non élu par sa Société, accepter un état plus ou moins permanent de mise sous Commissaire est la voie suivie par tous les Instituts (que l’on pense aussi aux Franciscains de l’Immaculée) qui ensuite se sont rendus sur tout et ont déposé toute critique sur le nouveau courant ecclésial. Les Statuts de 2006 pourraient même se maintenir (sur le papier), mais s’ils demeurent seulement parce que - comme le dit un prêtre de l’IBP de Bordeaux - la Communauté Saint Grégoire le Grand résiste et que  Disputationes Theologicae parlerait du dernier acte d’une longue trahison et s’ils ne demeurent pas par conviction profonde et en vue d’une action conséquente, à quoi serviraient-ils? Ne serait-il  pas mieux alors de fusionner avec la Fraternité Saint Pierre, plus sérieuse et solide dans l’organisation, à la limite en s’accordant pour éviter quelques récents excès œcuméniques, mais en partageant ensemble le rite tridentin et la ligne du silence?

En conclusion pour nos lecteurs et surtout pour ceux qui nous ont demandé de commenter ces événements, nous pensons que quatre ans après l’article cité en ouverture et auquel nous vous renvoyons, ce que nous avons appelé la “troisième voie” (La nécessité théologique et ecclésiale d’une «troisième voie»: ni spirale “schismatique” ni conformisme “rallié” (I) - (II)) apparait plus que jamais nécessaire. Les résultats de la première (le servilisme “rallié”) et de la deuxième (la spirale “schismatique”), ou encore pire de l’amalgame schizophrène des deux sont sous les yeux de tout le monde. Ex fructibus eorum cognoscetis eos. C’est pour cela que nous avons voulu relater des exemples concrets et récents, résultats naturels des choix faits en amont. Les menaces - plus ou moins canoniquement présentables - que nous recevons pour ce genre de publications, ne nous ont pas fait peur dans le passé et ne le feront pas maintenant; nous répondons à ces menaces que la bataille se conduit sur un terrain qui n’est pas celui des intimidations. Et c’est aussi pour cela que, malgré les indéniables difficultés et les inévitables limites des “vases d’argile”, le message principal que nous voudrions transmettre consiste principalement à chercher de témoigner qu’une résistance ecclésiale au nouveau courant est possible. Il suffit de le vouloir, avec la grâce de Dieu et vos prières pour notre résistance.

Don Stefano Carusi
Abbé Louis-Numa Julien
Abbé Jean-Pierre Gaillard
Kl. Lukasz Zaruski

[Wigratzbad (FSSP)] (Archives) La toute première ordination dans la FSSP

SOURCE - Wigratzbad (FSSP) - 18 janvier 2018

Alors que la Fraternité Saint-Pierre en est à sa trentième année d'existence, nous n'oublions pas de rendre grâce au Seigneur pour toutes les ordinations sacerdotales célébrées depuis 1988. Voici pour mémoire quelques images de la toute première ordination, qui fut conférée à Rome le 10 décembre 1988, en l'église Santa Maria dell'Anima. L'abbé Walthard Zimmer, Autrichien, devenait prêtre par les mains du Cardinal Augustin Mayer, premier président de la Commission pontificale Ecclesia Dei.

[Riposte Catholique] Le Nonce en Suisse aime la forme extraordinaire

SOURCE - Riposte Catholique - 19 janvoer 2018

Nous avons déjà évoqué différentes célébrations de messes dans la forme extraordinaire par Mgr Thomas Gullickson, nonce apostolique en Suisse. Sur son blog personnel, Mgr Gullickson évoque les 3 messes qu’il a célébré en forme extraordinaire en Suisse en 2017:
En 2017 en Suisse il m’a été donné trois occasions, toutes mariales, de célébrer la Messe latine traditionnelle : à Fischingen, une grande messe pontificale à l’occasion d’un pèlerinage pour le centenaire de Fatima, une messe prélatice à Sankt Pelagiberg pour le Saint Nom de Marie, et maintenant pour l’Immaculée Conception une grand-messe pontificale dans la Basilique Notre Dame de Fribourg. Ces trois moments ont eu un impact positif, réchauffant et rassurant sur mon cœur. Il ne fait aucun doute qu’une personne doit faire quelque chose pour préparer son cœur à les recevoir de cette manière, mais en tout cas, la Tradition, ou devrais-je dire que la Sainte Mère a gagné mon cœur de la manière la plus délicate.  
Sans être en chaire, je voudrais dire ex cathedra, que l’ancien Ordo est la façon dont un évêque est destiné à célébrer le Saint Sacrifice de la messe. Dans toute sa solennité, la messe latine traditionnelle porte vraiment l’évêque. […] Avec le nouvel Ordo, on nous enseignait au séminaire à être vifs ou proactifs pour la messe ou l’homélie… dans l’ancien Ordo, la liturgie, avec le Christ Souverain Sacrificateur, Marie avec tous les anges et les saints, me porte de la manière la plus attentive et me défie de me laisser changer, transformer, vraiment transformer en Christ Jésus. La liturgie porte le vieil homme en moi et fait de moi une icône de quelque chose dont je ne suis pas digne et pour laquelle, du début à la fin, je répète mon « Domine, non sum dignus » … et mon « miserere nobis ! » C’est tellement juste et donc adapté à l’âge !


[FSSPX Actualités] L’apostolat au Nigeria, où en sommes-nous ?

SOURCE - FSSPX Actualités - 19 janvier 2018

FSSPX.Actualités vous propose le témoignage d'un prêtre missionnaire de la Fraternité Saint-Pie X qui fait le point sur son apostolat au Nigéria. 

Voilà 5 ans que la Fraternité Saint-Pie X s’est installée au Nigeria. "Installée" est un bien grand mot pour l’instant mais depuis août 2012, en louant une maison à Enugu, l’apostolat a pu se développer. Désormais, même s’il nous manque une base solide tant que nous n’aurons pas construit le prieuré et son église, on peut dire que le ministère est en place et commence à bien s’organiser. 

Que ce soit au prieuré ou dans les quatre chapelles desservies régulièrement dans le pays, à chaque fois une équipe solide seconde activement le prêtre desservant. Sous la responsabilité du coordinateur local, plusieurs fidèles se mobilisent pour assurer le catéchisme, un service de messe de qualité, la chorale, la sacristie, sachant que bien souvent il faut tout apporter, tout monter puis tout démonter, même au prieuré où la messe est toujours célèbrée dehors. Il faut également se charger de la diffusion du bulletin, le prêt de livres, la vente d'articles religieux, le transport et l'hébergement du prêtre. C'est tout une organisation qu'il a fallu mettre en place et qui porte ses fruits maintenant. 

A l'exception d'une ville, où les catholiques sont proportionnellement moins nombreux, partout le nombre et la conviction des fidèles augmentent. Port-Harcourt en est un bon exemple. Dans cette ville côtière du sud, trois jeunes gens motivés, encouragés par leur retraite de Saint Ignace, ont décidé d’inviter leurs amis étudiants. Les prêtres sont venus une fois de temps en temps pour dire la messe pour huit d’entre eux, mais à la rentrée dernière, ils étaient plus de quarante. Et Dieu sait la dose de courage qu’il faut pour trouver l’argent du transport, pour passer deux ou trois heures dans des bus hors d’âge et arriver pour les confessions à sept heures le dimanche parce que le prêtre doit célébrer la messe de bonne heure pour se rendre ensuite vers une autre chapelle. 

Cette mobilisation des fidèles et l’arrivée des nouveaux nous encouragent et montrent que la Providence bénit nos efforts. Maintenant, il faut durer et pour durer, il faut s’installer un peu mieux. Le terrain pour la Mission à Enugu est acquis, il reste à construire. Les plans ont bien avancé. Les Supérieurs ont décidé de construire par étapes. 

Le prieuré d’abord, puis l’église et enfin l’école. Mais pour aménager au mieux, il faut tenir compte de l’ensemble du projet et donc faire tous les plans, ce qui prend du temps. Ce temps n’est pas de trop pour essayer de récupérer notre partie de terrain squattée. La corruption ne touche pas que les sommets du pays. Elle est partout. Heureusement, grâce à un avocat excellent (c’est un ami proche du Gouverneur), les choses progressent. 

Enfin il nous reste à trouver un conducteur de travaux digne de confiance qui accepterait de venir ici pour superviser la construction pour un salaire raisonnable. 

C'est une attention de prières importante. Mais nous ne doutons pas qu'avec votre aide spirituelle et matérielle, la grâce de Dieu ne nous fera pas défaut. Comptez sur nos prières ferventes et celles de Nigérians! 
Faire un don à SOS AFRICA

Aidez-nous à construire la Mission pour assurer l’apostolat à Enugu grâce à L’OPÉRATION 10€/MOIS
La construction de l’église et du prieuré et de l’école nécessite un emprunt auprès des banques qui demandent à la mission de lui apporter la preuve de sa solvabilité. Compte tenu du faible niveau de vie des paroissiens qui ne peuvent contribuer à plus de 25% du budget de la mission, il est crucial que les revenus en provenance des bienfaiteurs puissent être réguliers. C’est la raison pour laquelle nous vous sollicitons pour la mise en place d’un don mensuel qui permettra d’en démultiplier l’effet.

Chaque don mensualisé permet à la mission d’emprunter davantage à la banque.
Un reçu fiscal global vous sera attribué une fois par an. Si vous êtes imposable, votre don mensuel de 10€ ne vous coûtera ainsi que 3€.
Faites un don : en envoyant un chèque à l’ordre de « Missions de la Fraternité Saint Pie X », ou en faisant un virement ayant pour mention « pour le Nigeria ».

Vous pouvez aussi faire un don via le site internet de l’association

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5, rue de la ceinture Bâtiment B8
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[Paix Liturgique] Laszlo Dobszay et sa défense originale de la liturgie romaine

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°628 - 18 janvier 2018

du Depuis le 1er janvier 2018, les fidèles de Budapest attachés à la forme extraordinaire du rite romain bénéficient officiellement d’un lieu de culte et d’un prêtre le desservant. L’église Saint-Michel, située au cœur du Vieux-Pest, a en effet été confiée par le cardinal Erdö, archevêque d’Esztergom-Budapest, aux chanoines prémontrés, avec pour mission particulière de répondre aux besoins de la communauté Summorum Pontificum locale. En soi, cela n'implique aucun changement logistique pour les fidèles puisque Saint-Michel était déjà leur lieu de culte depuis 2014 et que leur célébrant est d’ores et déjà un prémontré. Mais cela représente un important changement de statut puisque celui-ci relevait jusqu'ici plus du motu proprio Ecclesia Dei – donc d’une reconnaissance limitée par le bon-vouloir de l’autorité ecclésiastique – que du motu proprio Summorum Pontificum, donc d’une installation stable dans le contexte paroissial et diocésain. Nous aurons l’occasion de revenir dans une prochaine lettre sur l’histoire de ce groupe stable et l’œuvre du Capitulum Laicorum Sancti Michaelis Archangeli (CLSMA) qui le représente, mais il nous faut auparavant présenter la figure singulière de celui qui en a inspiré la création, le musicien Laszlo Dobszay (1935-2011). 
I – UN SPÉCIALISTE DE LA TRADITION LITURGIQUE ROMAINE FACE À LA RÉFORME DE PAUL VI 
C’est fort de sa science historique, liturgique et musicologique que Laszlo Dobszay condamnait la réforme Bugnini, la jugeant en rupture avec l’ensemble de la tradition liturgique romaine. Pour autant, et ce n’est pas le moindre aspect de sa personnalité singulière, si Dobszay est un champion de la tradition romaine c’est en spécialiste des usages liturgiques hongrois, à la manière de Mgr Klaus Gamber, spécialiste des sacramentaires ottoniens, ou de Mgr Juan Miguel Ferrer Grenesche, spécialiste des textes liturgiques wisigothiques.

« Il n’y a aucun doute qu’une réforme liturgique était nécessaire mais il n’est guère évident que ce soit de cette réforme-ci que l’Église ait eu besoin. » Cette phrase, qui figure dans l’introduction de l’ouvrage de Laszlo Dobszay, The Bugnini-Liturgy and the Reform of the Reform [La liturgie de Bugnini et la réforme de la réforme] – publié en 2003 par la Church Music Association of America – représente bien la position de l’auteur quant à la réforme liturgique. Très différemment comprise selon les auteurs et les publics, cette notion de « réforme de la réforme » mérite d'être précisée car la visée de l’auteur n'est pas de réformer le Novus Ordo mais de repartir de la situation liturgique de 1962, en proposant son enrichissement par la remise à jour de trésors oubliés, notamment ceux de la liturgie latine hongroise.

Incontestablement, Dobszay s’inscrit dans la ligne du cardinal Ratzinger auquel l’ouvrage est dédicacé : ce n'est pas l'idée ni même le principe de la réforme qu'il rejette mais le caractère défectueux des innovations apportées par la réforme Bugnini. Du reste, Dobszay étaient de ceux qui estimaient, à tort ou à raison, que la réforme de Paul VI a été introduite « après, et non par, le Concile ». Musicien et musicologue de haut niveau, il a œuvré toute sa vie pour la redécouverte de textes et de musiques liturgiques anciens, spécialement issus du patrimoine hongrois. Son aversion pour le saccage accompli par l’équipe de Bugnini aux dépens de l'ultime version du missel romain, celle de 1962, est semblable à celle d’un autre spécialiste de même niveau, le liturgiste allemand Klaus Gamber.

« Laszlo Dobszay était un réformiste », explique Miklós Földvary, le fondateur du CLSMA.« Son idée, poursuit-il, était qu'il fallait recommencer la réforme à partir de la situation liturgique de 1962 et retrouver ainsi le chemin de la vraie réforme ». Il faut bien comprendre en effet que le sens du mot réforme n’avait rien à voir pour Dobszay avec celui de l'aggiornamento issu de Vatican II.

Méthodologiquement, Dobszay cantonne sa critique au point de vue « de la "vérité liturgique" particulière et non au point de vue théologique, même si, sur certains points (par exemple les rites des sacrements) la solution liturgique adoptée soulève la question d’une dogmatique problématique » (Introduction à The Bugnini Liturgy). En se coupant volontairement de la tradition liturgique romaine, dite tridentine parce que la Contre-Réforme l’avait canonisée, Bugnini a produit « un patchwork arbitraire » qui ne répond pas aux attentes de la constitution conciliaire sur la liturgie. « La liturgie nouvelle, précise-t-il dans son introduction, n'est pas une forme récente du rite romain, ni une nouvelle étape d'un développement organique, mais une invention fabriquée et volontariste, dans laquelle les idées et les ambitions individuelles ont joué un rôle dominant et décisif. Et ceci, même si le contenu avait reçu une approbation légale. »

L'originalité de la critique de Dobszay est d'embrasser tous les aspects de la réforme post-conciliaire, accordant autant d'importance au démantèlement de la Semaine Sainte et aux chamboulements du Bréviaire qu'à la réforme du Missel.

Par son travail, Dobszay a contribué à poser les jalons pour un retour, dans des temps futurs, à une vie organique du rite romain, stérilisé par la réforme Bugnini. En repartant de son état témoin de 1962, le rite romain pourrait revivre en renouant avec ses foisonnantes richesses. C’est ce qu’il écrira en 2005 en appuyant la demande du CLSMA de rejoindre la Fédération internationale Una Voce (FIUV) : « Si nous considérons nécessaire de revenir à la situation de 1962, c’est avec la volonté de préparer la réforme authentique, celle qui nous a été volée et qui ne consiste ni à détruire le rite romain traditionnel ni à l’enfermer dans une réserve mais à permettre de nouveau son développement organique, sans rupture, en le restaurant, avec la variété de ses formes légales, comme l’unique rite de l’Église catholique. »
II – L'EXEMPLE DE LA SCHOLA HUNGARICA
Musicien et médiéviste, Laszlo Dobszay a travaillé toute sa vie à redécouvrir et valoriser le patrimoine liturgique latin de Hongrie. Cela donne d’autant plus de poids à sa réfutation de l’argumentation des promoteurs de la liturgie réformée qui entendaient justifier la rupture avec la liturgie tridentine par un prétendu retour à la tradition liturgique romaine « des origines », en réalité pratiquement inconnue comme tel à l’état pur. Pour lui, loin d’être une simple parenthèse baroque dans l’histoire de l’Église, la liturgie tridentine, « comparée aux liturgies extérieures à la sphère romaine ou à la liturgie de Bugnini », est bel et bien l’une des expressions du rite romain, « alors que la liturgie de Bugnini n’appartient pas à la grande famille des liturgies romaines ».

« Si la liturgie "tridentine", dans son aspect essentiel, n’est rien d’autre que la liturgie romaine elle-même, elle ne saurait être rejetée sous prétexte qu’elle serait datée de la Renaissance ou de l’époque baroque ou "conditionnée par son temps" [Dobszay écrit "zeitbedingt"]. En conséquence, la vérité est que les innovations récentes n’ont pas simplement supplanté une coutume vieille de 300 ans, mais qu'elles ont, en fait, rompu avec toute la tradition de l’Église romaine telle qu'il nous est donné de la connaître. » (Chapitre 6 de The Bugnini-Liturgy)

Le jugement de Dobszay est d’autant plus significatif qu’il vient d’une personne qui fut associée à la traduction et à l’adaptation en hongrois des livres liturgiques réformés.Comme dans de nombreux pays communistes, il faut avoir à l’esprit que la mise en œuvre de la réforme liturgique fut souvent l’occasion pour le clergé et les fidèles de manifester leur insoumission au régime en collant aux nouveautés romaines.

Après avoir réalisé un recueil de chants à l’usage des paroisses, dont la hiérarchie ecclésiastique décida finalement de bloquer la diffusion (1), Dobszay se replia sur ses propres activités scientifiques et musicales, à commencer par le développement de la Schola Hungarica, créée en 1969 avec sa consœur Janka Szendrei.

La Schola Hungarica tient un grand rôle dans l’œuvre liturgique de Dobszay. Reconnue dans le monde musical pour son importante production artistique, la Schola Hungarica a permis à Dobszay de conduire un travail unique de redécouverte de la musique sacrée médiévale hongroise. Un travail, dont on peut noter ironiquement qu’il a été produit par Hungaroton, le label de disques officiel du régime communiste de l'époque, auprès duquel Dobszay et Szendrei avaient plaidé avec succès la cause de la remise à l'honneur de la musique populaire nationale...

« Ce travail d’ethnomusicologie mené par Laszlo Dobszay a aidé à préserver quelques pans de la liturgie traditionnelle dans la liturgie ordinaire des paroisses », souligne Miklós Földvary. En particulier en ce qui concerne la structure des vêpres (qui, en Hongrie, a conservé grosso modo celle de l’ancien bréviaire), certains rituels de la Semaine Sainte mais aussi la préservation de chants d’introït et de communion (malheureusement les offertoires sont passés au pilon bugninien). La vision liturgique de Dobszay est en effet profondément motivée par le désir de répondre à l’invitation faite par Pie X dans le motu proprio Tra le sollecitudine de 1903 : « Que l’on ait un soin tout particulier à rétablir l’usage du chant grégorien parmi le peuple, afin que de nouveau les fidèles prennent, comme autrefois, une part plus active dans la célébration des offices. »

« L’ambition de Laszlo Dobszay, explique Miklós Földvary, était de faire du chant des fidèles un chant liturgique et grégorien. Concrètement, si la liturgie doit être chantée comme le voulait saint Pie X et comme devait le permettre la réforme de la liturgie des heures, comment y parvenir ? Pour lui, la solution a consisté à se pénétrer de l’esprit de la composition grégorienne pour offrir aux fidèles la possibilité concrète de chanter l’Office, dans le triple respect du grégorien, du texte et de l’héritage hongrois. » En somme, la participation active par le chant grégorien ! Dobszay a en particulier joué un grand rôle dans l’exhumation de l’ancien rit d’Esztergom – le ritus Strigoniensis – dont les livres liturgiques ont été publiés sous la direction d’un de ses amis, le professeur Balázs Déri, directeur du département d’études latines de l’université de Budapest (ELTE).
III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) Méconnue pour ne pas dire inconnue dans le monde francophone, l’œuvre liturgique de Laszlo Dobszay mérite d’être étudiée et diffusée. En particulier pour son souci constant d’assumer tout l’héritage liturgique romain et de le rendre accessible aux fidèles par le chant liturgique, un chant liturgique que Dobszay ne réduisait pas à la seule célébration eucharistique mais étendait au chant des laudes et des vêpres de l’Office. Si le recours de Dobszay au vernaculaire pourra choquer quelques puristes, le résultat – tel que nous avons pu l'entrevoir à Budapest – est édifiant. Au-delà de la qualité musicale et de la précision liturgique, la participation de l'assemblée au chant est d'une intensité rare. 

2) Le parcours de Dobszay est emblématique du gel et de la sclérose occasionnés par la réforme liturgique de Paul VI. Ostracisé par l'épiscopat hongrois, il n'eut longtemps pour seul appui que l’abbé Robert Skeris, prêtre et théologien américain qui fut Préfet de l’Institut pontifical de musique sacrée à Rome et Président de laChurch Music Association of America. Ce n'est en fait qu'après la publication de son livre de 2003 que son travail commença à être connu et et reconnu. En 2006, il fut notamment l'un des conférenciers du colloque du Centre international d'études liturgiques (CIEL), organisé à Oxford.

3) Vu de France, Dobszay ressemble à un OLNI (un objet liturgique non identifié) par son souci de ne pas être enrôlé dans tel ou tel camp. Ainsi, alors qu'il est convaincu, bien avant le motu proprio de Benoît XVI, de la nécessité de célébrer plus largement selon les livres liturgiques de 1962, il n'assistera quasiment jamais à leur célébration. Cependant, par son action indépendante, voire indifférente, des influences ecclésiastiques, il s'inscrit pleinement dans la grande lignée des laïcs qui se sont dressés pour défendre, au cours du dernier demi siècle, la continuité de la grande tradition liturgique romaine.
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(1) Aujourd’hui, ce recueil est présent dans un grand nombre des paroisses hongroises et contribue grandement au maintien et à la diffusion d’un chant liturgique de qualité.