22 septembre 2017

[FSSPX Actualités] Suisse : Rembarre a posé sa plume

SOURCE - FSSPX Actualités - 18 septembre 2017

Le 30 avril 2017, René Berthod s’est éteint, dans sa 79e année. Neveu du chanoine René Berthod qui fut directeur du séminaire d’Ecône, et père de l’abbé François Berthod, professeur au séminaire de Zaiztkofen (Allemagne), ce Suisse valaisan fut un catholique indéfectiblement attaché à la Tradition qu’il défendit avec brio sous le pseudonyme de Rembarre, d’abord dans le quotidien Le Nouvelliste du Valais, puis sur le site Internet estoc.ch. Père de sept enfants, il fut professeur à Orsières où il résidait, et préfet du district d’Entremont de 1993 à 2002. 

Dans un bel hommage publié par Le Rocher, le bulletin romand de la Fraternité Saint-Pie X en Suisse, l’abbé Claude Pellouchoud cite les réponses de René Berthod à un journaliste qui l’interrogeait sur son pseudonyme : « Rembarre c’est un nom de plume. Je l’ai choisi parce qu’il était le cri de guerre des Chouans qui luttaient contre les armées de la Révolution. Il a aussi une parenté avec le verbe “rembarrer” qui signifie “repousser”. Repousser au loin l’ennemi ; c’était la devise du bataillon que je commandais, le bataillon 204 ».

A la question de savoir si, pour lui, le stylo et le fusil sont au service d’un même combat, René Berthod réplique : « Laissez-moi vous dire que dans le combat des idées, ce qui peut nous arriver de plus grave, c’est de nous complaire dans des confusions. Beaucoup de malaises proviennent du seul fait que nous ne faisons pas les distinctions nécessaires. Lorsque je fais du service militaire (périodes militaires obligatoires en Suisse. NDLR), c’est à l’envahisseur potentiel que je fais référence. Lorsque j’écris, c’est aux erreurs, aux idées fausses que je déclare la guerre. » Et de livrer cette véritable profession de foi : « Ma force, c’est l’acceptation de tout ce que j’ai reçu. Cela me donne la certitude de rester fidèle. Au fond, ma force, c’est de ne rien inventer. »

En écho à cette belle déclaration de fidélité, dans l’homélie pour les obsèques de son père, l’abbé François Berthod rappela un point important : « C’est une chose dont il n’a peut-être pas beaucoup parlé, sur laquelle il a peu écrit, mais qu’il a, je pense, fidèlement mise en œuvre dans ses différentes charges. C’était le respect de l’autorité. Le respect non seulement de son autorité propre, des fonctions qui lui étaient confiées, mais aussi de l’autorité des autres. (...) Il avait conscience que (...) c’est Dieu qui a fait l’homme animal politique, c’est Dieu qui a fait l’homme social. Et toute autorité dans la société vient de lui. Notre Seigneur a défendu ce point devant Pilate. (...)

« Et c’est par respect pour cette autorité, pour les comptes aussi qu’il allait devoir rendre, qu’il a rendus maintenant, à Dieu, de l’utilisation, de la gestion qu’il a faite de cette autorité ; c’est par conscience de son origine divine, qu’il savait ne pas transiger sur les questions qui ne sont pas discutables : il y a une loi de nature, il y a des commandements de Dieu, il y a des vérités éternelles. On les admet ou on ne les admet pas. Mais quand on y croit, on les respecte, on les admet comme une émanation, une expression de la perfection divine, qui est donnée par Dieu aux hommes, par amour, pour leur bien, et on s’y tient même dans l’adversité. » 
Le Rocher – Noviciat Sainte-Thérèse de l’E.-.J. – La Combe 22 – CH-1922 Salvan – Téléphone : + 41 (0)27 761 21 40 – Courriel : rocher@fsspx.ch – Offrande libre - Télécharger ici le numéro

[Wigratzbad (blog) - FSSP] Rentrée

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 20 septembre 2017

Après un été consacré à l'apostolat puis à un repos bien mérité, nos séminaristes ont repris le chemin de Wigratzbad. Pour une bonne partie d'entre eux, les retrouvailles ont eu lieu le samedi 16 septembre à Paray-le-Monial, là où Notre Seigneur est apparu à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, pour l'encourager à répandre la dévotion à son Coeur sacré. 

Entre 1673 et 1675 eurent lieu les « Grandes apparitions » au cours desquelles Jésus souligna son amour pour tous les hommes, mais en déplorant leur froideur et leur ingratitude, tout spécialement envers sa présence eucharistique.

"Voici ce Coeur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi".

Cette dernière phrase doit impressionner et émouvoir tout prêtre ou séminariste, et c'est donc pour réparer notre tiédeur que nous avons accompli notre pèlerinage, de Lugny-lès-Charolles à Paray-le-Monial. Avec de nombreux fidèles venus de toute la région, nous avons prié spécialement pour les familles et les vocations, puis la journée s'est achevée par une messe solennelle célébrée par l'abbé Arnaud Renard dans la chapelle des apparitions.

Le lendemain, dimanche 17 septembre, nous avons retrouvé le séminaire, après une halte fraternelle dans notre apostolat de Chalon-sur-Saône, où nous avons chanté la messe dans l'église Saint-Pierre, puis rencontré nos deux prêtres et les fidèles lors d'un dernier déjeuner sur le sol français...

[Ennemond - Le Forum Catholique] Messes de la FSSPX dans les basiliques romaines

SOURCE - Ennemond - Le Forum Catholique - 21 septembre

Après le pèlerinage de Fatima du mois d'août, les prêtres de la FSSPX d'Amérique du Sud ont emmené leurs fidèles à Rome et San Giovanni Rotondo où ils ont pu célébrer chaque jour dans les différentes basiliques et églises, parfois en présence de prêtres et fidèles locaux attirés par la liturgie et la ferveur.

Le 25 août en l'église San Pietro in Montorio


Le 26 août en la basilique Saint-Sébastien hors les Murs


Le 27 août en l'église San Salvatore in Lauro


Le 28 août en la basilique Sainte-Praxède


Le 29 août en la basilique Saint-Laurent hors les Murs

Le 30 août en la basilique Saint-Marc

A San Giovanni Rotondo, en présence de Mgr Rodolfo Laise

20 septembre 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] "Tout changement dans notre culte devrait être profondément médité" (avis d'un évêque constitutionnel sous la Révolution)

SOURCE - Peregrinus - Le Forum Catholique - 20 septembre 2017


L'avis d'un évêque constitutionnel sous la Révolution 
Voyez les versions de la Bible chez les protestants. Sans cesse ils sont obligés d’y retoucher, et chaque nouveau traducteur met du sien. Aussi combien ne diffèrent point entre elles les Bibles luthériennes, calvinistes, sociniennes, anglicanes, etc. Les liturgies de ces différentes sectes ne se ressemblent pas davantage et ne demandent pas moins souvent d’être retouchées : aussi, dès qu’un protestant est hors de son pays, il ne peut plus participer au culte public. Un catholique, au contraire, n’est dépaysé dans aucune des contrées de l’Eglise latine. 
Si les Grecs et les Latins n’avaient eu qu’une même langue, croyez-vous qu’il eût été aussi facile à Photius et à ses adhérents d’entraîner toute l’Eglise grecque dans le schisme, en attribuant à l’Eglise latine des erreurs et des abus dont elle ne fut jamais coupable? 
Je vous le dis franchement, je viens d’examiner de nouveau les raisons pour et contre ce système. Les premières ne m’offrent que quelques petits avantages spécieux ; les secondes présentent des inconvénients réels, nombreux, effrayants. Dans la jeunesse, où l’on doute peu, j’étais pour les traductions ; aujourd’hui, je rougis d’avoir été séduit par des apparences si mensongères. Tout changement dans notre culte devrait être profondément médité, ne fût-ce que par respect pour nos pères. Des chimères, la plus dangereuse peut-être, c’est celle du « parfaitisme ». Rien ne lui résiste. Par quelles erreurs ou quelles folies d’abord, et ensuite par quels crimes, par quelles horreurs n’a-t-elle pas souillé notre révolution ? Ne nous exposons point à mériter les mêmes reproches que nous sommes fondés à faire à nos orgueilleux philosophes. Défions-nous de l’épouvantable manie de tout innover. Comme le dit un penseur moderne, n’ayons pas une confiance crédule aux figures tracées par la théorie, ni un mépris inconsidéré pour les réalités gravées par l’expérience. 
Lettre de Claude Le Coz, évêque métropolitain de Rennes, à Henri Grégoire, évêque de Blois (nivôse an VII), citée dans Ferdinand Brunot, « Le culte catholique en français sous la Révolution », dans Annales historiques de la Révolution française, t. II, 1925, p. 221.

[FSSPX Actualités] Appel urgent pour les fidèles de Cuba

SOURCE - FSSPX Actualités - 19 septembre 2017

Après le passage de l'ouragan Irma, Cuba est dévastée. Nous faisons appel à votre charité pour aider nos fidèles dans cette île. "Caritas Christi urget nos ! La charité du Christ nous presse !", nous rappelle l'apôtre saint Paul...
     
Après le passage de l'ouragan Irma, Cuba est dévastée. Les fortes pluies, le vent qui emportait tout sur son passage, les incursions de la mer dans les terres ont laissé un paysage de ruines aux proportions apocalyptiques. Les glissements de terrain, les inondations, le manque d'électricité et d'eau, la pénurie de médicaments et de nourriture sont les conséquences de cet ouragan qui a considérablement aggravé le triste sort du peuple cubain.
   
La Fraternité Saint-Pie X, poussée par la charité chrétienne, selon l’enseignement de saint Paul, souhaite aider ses paroissiens de La Havane et de Matanzas. C’est pourquoi elle s'adresse à tous les catholiques qui peuvent apporter leur aide, afin d’atténuer les souffrances de nos frères cubains.
     
Si vous souhaitez participer à l'achat de vêtements, de nourriture et de médicaments, veuillez contacter l’abbé Pierre Mouroux, responsable de la mission sur l'île, le plus tôt possible : p.mouroux@fsspx.email
     
Que Dieu récompense votre charité et votre générosité!

17 septembre 2017

[Paix Liturgique] Summorum Pontificum: un peuple en liesse

SOURCE - Paix Liturgique - 15 septembre 2017

“Il n’y a rien de plus jeune que l’ancienne liturgie” titrait l’hebdomadaire italien Tempi à quelques jours de l’ouverture des cérémonies romaines marquant le dixième anniversaire du motu proprio Summorum Pontificum. Cette jeunesse du peuple Summorum Pontificum est celle qui a frappée hier l’ambassadeur de Hongrie près le Saint-Siège, Son Excellence Édouard de Habsbourg, alors qu’il venait assister à la conférence de Martin Mosebach sur la « sainte routine » de la liturgie.

Cette jeunesse, le cardinal Sarah l’a également saluée, et surtout défendue, dans sa conférence intitulée « Le silence de Dieu dans la liturgie » : « C’est un phénomène que certaines personnes de ma génération n’arrive pas à comprendre. Pour ma part, je peux témoigner personnellement de la sincérité et de la dévotion de ces jeunes gens et de ces jeunes femmes, prêtres comme laïcs. Je me réjouis des nombreuses et bonnes vocations au sacerdoce et à la vie religieuse qui naissent dans les communautés qui célèbrent l’usus antiquior. »

Venus de Hong-Kong comme de Laponie, de Californie comme des Philippines, les participants à la première journée de cet événement ont aussi témoigné, une fois encore, de l’extraordinaire catholicité – universalité – du peuple Summorum Pontificum. Jeunesse et universalité sont – avec bien entendu le sens du sacré – deux des caractéristiques fortes de cette portion du peuple de Dieu qui grandit dans la foi, l’espérance et la charité au rythme de la forme extraordinaire du rite romain. Comme tous les pèlerins romains, et tous ceux qui à travers le monde ont célébré hier le motu proprio Summorum Pontificum par la célébration de la Sainte Messe, nous n’aurons de cesse de rendre grâces à Benoît XVI pour ce don inattendu après 40 ans de persécutions.
I – MOT DE BIENVENUE DE L’ABBÉ CLAUDE BARTHE
En ouverture des vêpres pontificales célébrées par Mgr Georg Gänswein, Préfet de la Maison pontificale, l’abbé Barthe, aumônier du Cœtus Internationalis Summorum Pontificum, a adressé le message de bienvenue suivant à Son Excellence, au nom des pèlerins.

Excellence,

Après le riche colloque qui vient d’avoir lieu à l’Angelicum, nous commençons ce soir notre pèlerinage, qui marque le 10ème anniversaire du motu proprio Summorum Pontificum. Venant du monde entier ad Petri Sedem, nous sommes extrêmement touchés que Votre Excellence ait bien voulu accepter d’en présider les vêpres d’ouverture. La présence de Votre Excellence représente auprès de nous celle du Pape Benoît XVI, l’auteur de ce texte qu’il a voulu placer in medio Ecclesiæ, pour permettre à tous de se référer à la tradition de la liturgie romaine maintenue vivante. 

Les fruits en sont déjà remarquables : le nombre des lieux de messes traditionnelles a doublé dans le monde ; elle est une source étonnante de vocations ; elle est le soutien de très nombreuses familles ; elle fait fleurir les communautés qui lui sont consacrées ; le nombre des prêtres qui la célèbrent ne cesse de croître. De sorte qu’on peut dire aujourd’hui que la restauration liturgique impulsée par Summorum Pontificum dans l’Église est irréversible.

Nous recevrons samedi la bénédiction de Pierre dans la Basilique vaticane. Nous prions aujourd’hui Votre Excellence de transmettre à Sa Sainteté Benoît XVI l’expression de la vive affection que lui porte le peuple Summorum Pontificum, de son filial respect et de son immense reconnaissance, Lui demandant de faire descendre sur nous tous, prélats, prêtres et fidèles, sa paternelle bénédiction.
II – LA SUITE DU PROGRAMME
(Les lieux des cérémonies figurent sur la carte interactive du pèlerinage qui se trouve ici)

Aujourd’hui, vendredi 15 septembre
  • Don Giorgio Lenzi, procurateur de l’Institut du Bon Pasteur auprès de la Curie romaine, guidera le Chemin de Croix qui se terminera par la bénédiction des reliques de la Sainte Croix, donnée par l’abbé Philippe Laguérie, supérieur général de l’institut. Église de Santa Maria in Campitelli (entre le Capitole et le Théâtre de Marcellus), 16h,
  • Monseigneur Gilles Wach, prieur général de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, célébrera une Messe solennelle entouré des séminaristes de l’institut. La messe sera chantée par la Cappella Ludovicea dirigée par le maestro Ildebrando Mura et Son Éminence, le cardinal Burke, assistera au chœur et prononcera quelques mots à la mémoire du regretté cardinal Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne, rappelé à Dieu la semaine dernière, pour le repos de l’âme duquel sera dite cette messe. Basilique de la Minerve (entre le Panthéon et Largo Argentina), 19h.
Demain, samedi 16 septembre
  • Adoration eucharistique célébrée par l’abbé Sow (FSSP), nouveau curé de la Trinité des Pèlerins, paroisse personnelle vouée à la célébration de la forme extraordinaire à Rome. Chiesa Nuova (corso Vittorio Emanuele II), 9h.
  • Procession solennelle vers la basilique Saint-Pierre, présidée par Mgr Guido Pozzo, Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei. Départ de la Chiesa Nuova à 9h30 (pour raisons logistiques, l’horaire a été avancé à la demande des autorités).
  • Messe pontificale célébrée par Mgr Pozzo en la basilique Saint-Pierre de Rome, à l’autel de la Chaire. Exécution de la Messe Summorum Pontificum spécialement composée par le maestro Aurelio Porfiri. 11h.
  • Pour le clergé et les religieux, suivra un buffet présidé par le cardinal Burke, offert par les organisateurs en partenariat avec Una Voce international (FIUV) et Paix liturgique.
  • Le soir, Open Forum de la FIUV au cours duquel seront présentés les derniers résultats des sondages internationaux de Paix liturgique (Pologne et Brésil). Casa Tra Noi, 113 via Monte del Gallo (derrière la station de train du Vatican), 18h.
Dimanche 17 septembre
  • Le RP Dominique-Marie de Saint-Laumer, entouré d’une dizaine de membres de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier célébrera la Messe de clôture du pèlerinage. Il s’agira d’une Messe solennelle dans le rit dominicain. Église de la Trinité des Pèlerins, 11h.
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NB : Signalons à nos lecteurs anglophones que les conférences du cardinal Sarah et de Martin Mosebach sont d’ores et déjà disponibles en anglais. Ici pour Son Éminence et là pour le grand écrivain allemand.

[France Soir - AFP] Quand le latin retrouve en douceur le chemin des autels

SOURCE - France Soir - AFP - 14 septembre 2017

"Sans le latin, la messe nous emmerde", chantait il y a quarante ans un Georges Brassens moquant les innovations de l'Eglise. Le poète a été entendu: l'ancienne liturgie jouit d'un petit retour en grâce, béni par certains fidèles, honni par d'autres.

Banni par le pape Paul VI dans la foulée d'un concile Vatican II (1962-1965) ouvert à la modernité, l'usage du missel (livre de messe) ancien a ensuite été à peine toléré. Jusqu'à ce que Jean Paul II, soucieux de ramener dans le giron romain les traditionalistes, demande en 1988 aux évêques d'accorder plus largement la possibilité de célébrer dans cette forme.

C'est surtout un "motu proprio" (lettre apostolique) de Benoît XVI qui a favorisé le retour à la messe ancienne, en permettant en 2007 à chaque curé de la faire dire dans sa paroisse. Le dixième anniversaire de cette libéralisation est fêté à Rome cette semaine.

En France, la "forme extraordinaire du rite romain" est célébrée dans 230 lieux, sans compter ceux de la Fraternité Saint-Pie X fondée par Mgr Lefebvre, toujours séparée du Saint-Siège. Le chiffre paraît modeste si on le rapporte au nombre des paroisses, environ 13.000. Mais il a presque doublé en dix ans.

A Passy, quartier du cossu XVIe arrondissement de Paris, le curé de Notre-Dame de l'Assomption a introduit la forme extraordinaire à son arrivée en 2014. Une fois par semaine, en soirée, le chanoine Guillaume de Menthière dit une messe basse - non chantée - presque entièrement en latin. Les fidèles y restent essentiellement silencieux, le célébrant leur tournant le dos pour officier en direction de l'Orient, "orienté" vers Dieu.

En ouvrant cette "petite lucarne" dans une église où toutes les autres messes sont données en français dans la "forme ordinaire" (missel de Paul VI), le père de Menthière pensait attirer surtout des personnes âgées en quête de souvenirs d'enfance. Il a été "surpris du nombre de jeunes". Et il refuse les "caricatures" présentant ces fidèles comme une "armée de conservateurs".

A la sortie de la messe, Caroline, 51 ans, dit apprécier ce qui "favorise l'intériorité". Son mari Louis-Aimé, 61 ans, loue l'aspect "extrêmement ritualisé" d'une "symphonie où tout est écrit". Denyse, elle, trouve "très touchant qu'il y ait des prêtres voulant revenir" à l'ancienne forme. "C'est une messe très pure", souligne la vieille dame, pestant au passage contre "Vatican II qui a tout fichu en l'air".
- "Mystère magique" -
Pour l'historien Christophe Dickès, qui vient de consacrer un essai à "L'héritage de Benoît XVI", cette messe "moins communautaire" mais "plus sacrée" que l'ordinaire pourrait bénéficier à l'avenir d'un "effet de génération". "On assiste à l'émergence de prêtres jeunes et fiers, complètement décomplexés", estime-t-il, rappelant que 20% des séminaristes français sont formés selon le missel ancien.

C'est bien ce qui inquiète certains catholiques critiques. Ainsi du journaliste-théologien Christian Delahaye, qui voit dans les aspirations des laïcs et clercs attachés à la forme extraordinaire "une démarche vraiment identitaire: ils vous disent +c'est la messe de toujours+, mais en fait c'est un retour à la messe du Moyen-Âge, pour ne pas dire un repli moyenâgeux".

Au secrétariat général de la Conférence des évêques de France, le père Emmanuel Coquet veut croire au contraire que le "motu proprio" a "mis de la paix dans les relations" entre fidèles tradis et conciliaires, invités à se côtoyer au sein d'une même communauté.

L'abbé de Menthière parle des "frictions" au passé. "Grâce à Dieu", dit-il, mais aussi peut-être grâce à ces prêtres de paroisse "ambidextres" qui célèbrent la messe ancienne et la moderne "avec un égal bonheur". Démontrant ainsi que si deux formes subsistent, il n'y a qu'un rite romain.

Vicaire épiscopal pour l'usage de la forme extraordinaire à Paris, Mgr Patrick Chauvet rappelle en outre que la messe ancienne n'a pas le monopole du latin... et qu'en sa cathédrale Notre-Dame, par exemple, une "messe Paul VI", donc ordinaire, est chantée en grégorien chaque dimanche.

"L'essentiel, c'est que la liturgie soit belle et nous fasse entrer dans le mystère de Dieu", fait valoir l'archiprêtre. Le "mystère magique", disait Brassens.

16 septembre 2017

[Jeannne Smits (blog)] Le 10e anniversaire du Motu proprio Summorum Pontificum : interventions du cardinal Müller et de Mgr Pozzo

SOURCE - Jeannne Smits (blog) - 15 septembre 2017

La première journée des célébrations marquant le 10e anniversaire du Motu proprio Summorum Pontificum a été consacrée à un colloque de l'association italienne lancée à l’initiative du père dominicain Vincenzo Nuara, Giovani e Tradizione, sur le thème « Une jeunesse renouvelée pour toute l’Eglise».

Une première impression ? Dans le grand amphithéâtre de l’université dominicaine de l’Angelicum, le premier rang rappelé en quelque sorte visuellement le rôle joué par la France dans la lutte pour le maintien de l’usus antiquior, le rite traditionnel latin aujourd’hui appelée « forme extraordinaire ». Si trois cardinaux – et c’est important en soi – avaient les places d’honneur, de part et d’autre, entourant également Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontificale Ecclesia Dei, la présence des responsables des différents instituts, communautés, sociétés sacerdotales faisaient preuve de l’identité française de la majorité d’entre eux.

Ce sont les « historiques » – pas la Fraternité Saint Pie X et ses nombreuses communautés amies, qu’il serait indécent de ne pas nommer, mais qui n’avaient pas de raison directe d’être présents : la Fraternité Saint-Pierre avec l’abbé Berg, l’Institut du Christ Roi avec Mgr Wach, l’abbaye du Barroux avec dom Louis-Marien son père Abbé (et Sainte Marie de la Garde), les dominicains de Chéméré – la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier est présente en force, autour de son supérieur le P. Dominique-Marie de Saint-Laumer –, dom Pateau pour l’abbaye de Fontgombault, la Fraternité Saint-Thomas-Becket, et j’en oublie. Egalement les Dominicaines du Saint-Esprit, institut qui, fidèle aux orientations de son fondateur le P. Berto, a toujours conservé la messe traditionnelle.

Le cardinal Burke a suivi l’ensemble des travaux : il prendra la parole plus tard au cours de ces journées. Le cardinal Müller, récemment et soudainement renvoyé de la Congrégation pour la Doctrine de la foi dont il était le préfet, était là le matin, prenant la parole pour une intervention remarquée. Le cardinal Sarah, présent lui aussi pendant l’ensemble des conférences, préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements – à ce titre, sa participation était hautement significative – s’est exprimé pour sa part sur le silence dans la liturgie.

Du cardinal Gerhard Müller, on retiendra qu’il a d’emblée évoquer les « bénéfices apportés à l’Eglise » grâce au Motu proprio : « Pour cela nous sommes infiniment reconnaissants à Benoît XVI », a-t-il déclaré. Le thème central de son intervention : montrer que la liturgie est source de doctrine – Lex orandi, lex credendi. Ce caractère normatif implique évidemment la nécessité d’une rectitude doctrinale de l’ensemble des célébrations liturgiques dans le monde – implique ou exige… 

Contrairement à la Gnose qui prétend transmettre la connaissance à une élite, l’Eglise expose sa foi dans sa liturgie publique et sa liturgie développe la compréhension de la foi, a en substance expliqué le cardinal Müller, donnant l’exemple de la formule du baptême qui explicite le dogme de la Trinité. Il s’agit de découvrir ce qui est vrai : « La théologie n’est pas une construction théorique de la réalité », a insisté le cardinal en ajoutant que ni le sola fide, ni le sola Scriptura ne peuvent satisfaire le catholique, ni la conception luthérienne de la messe qui « élimine idée du sacrifice ». Pas plus qu’on ne peut donner une priorité à la « praxis » : le rôle de la théologie pratique est de « mettre en avant et de décrire les éléments constitutifs de la vie et de la foi de l’Eglise », y compris dans la liturgie, « source et sommet de la vie de l’Eglise».

A ce titre, a insisté le cardinal, « la loi de la prière doit stabiliser la foi » dans l’ensemble du monde. Récusant tout paléochristianisme « cher aux théologiens libéraux du XIXe siècle », le cardinal a longuement insisté sur la nécessité de la rectitude doctrinale de la liturgie qui s’appuie sur l'ensemble de la tradition: « La Parole et l’Esprit de la révélation est toujours contenu dans la liturgie qui exprime de manière objective, telle qu’exprimée par le magistère de l’Eglise de manière définitive. » A ce titre, devait-il rappeler, l’exactitude des traductions est très importante.

« L’écroulement de la liturgie » évoquée par Benoît XVI a entraîné l’écroulement de la foi, a conclu le cardinal, disant son espérance que « la liturgie grégorienne continue de la jeunesse à l’Eglise.»

Ces propos faisaient écho à ceux de Mgr Guido Pozzo qui a ouvert ses propos en rappelant que Summorum pontificum n’avait pas été une simple « concession aux traditionalistes » : se serait « réducteur et insuffisant de s’arrêter à ce type d’affirmation ». Comme les autres ecclésiastiques qui ont prient la parole jeudi, il a insisté sur le rôle de « réconciliation au sein de l’Eglise » qu'a voulu opérer le pape Benoît XVI.

Pour lui le bilan est « en grande partie positif : la méfiance réciproque s’est progressivement réduite, surtout en France et aux Etats-Unis ». Il a également salué « l’enthousiasme apostolique des Instituts » attachés aux rites traditionnels en donnant des exemples de développement du nombre de messes de formes extraordinaires dans des pays comme la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Italie.

« Mais cela ne signifie pas que tous les problèmes sont résolus », a-t-il reconnu. En certains lieux c’est le manque de prêtres qu'il explique, mais il n’a pas nié l’existence de « préjugé de caractère idéologique ou pastoral de la part des évêques » qui parfois reculent devant des groupes qu’ils jugent comme isolés par rapport à la vie pastorale locale. « Mais cet isolement n’est pas nécessairement lié à l’ancien rite mais à des raisons que chaque diocèse devrait examiner », a noté Mgr Pozzo.

Celui-ci a encore souligné la sacralité du rite traditionnel qui attire tant de jeunes, et sur sa capacité à servir d’« antidote contre l’arbitraire créativité et les éléments qui conduisent à oublier la nature sacrificielle de la messe au nom de l’accessibilité du sacrement».

Pour lui, donc, la messe traditionnelle n’est pas un « perturbateur ou une menace pour l’unité de l’Eglise mais un don » – voire une sorte de garantie.

Idée que l’on a entendue de la part de plusieurs orateurs ecclésiastiques lors du colloque – en cela ils n’étaient pas rejoints par les orateurs laïques – : « On ne peut exclure une convergence vers une forme unique du rite romain » au moyen d’une « croissance » dans l’Eglise tout entière « et non d’une imposition bureaucratique ». Il appelle en quelque sorte de ses vœux une « fécondation des deux formes » du rite latin « sur le socle de la tradition de l’Eglise».

C’est le refus d’une « opposition irréductible entre le monde pré-conciliaire et le monde post-conciliaire » mais aussi d’une liturgie dont la « communauté » deviendrait le « véritable sujet».

Renvoyant au catéchisme de l’Eglise catholique en son numéro 1069, Mgr Pozzo a tenu à rappeler que « la liturgie n’est pas faite pour le plaisir des prêtres… toute œuvre liturgique est Opera Christi ». Il s’agit de lutter contre l’autoréférentialité des chrétiens – un clin d’œil au vocabulaire du pape François pour rappeler que ce qui compte, ce sont les « catégories christologique du peuple, corps du Christ».

Ainsi, selon Mgr Pozzo, dans la liturgie, le « silence, les génuflexions, la référence, l’infinie distance qui sépare la Terre du ciel » sont essentielles. Il a même suggéré que cette manière de célébrer – que l'on retrouve évidemment de manière privilégiée – dans la forme extraordinaire « oppose une nouvelle barrière à la sécularisation » du monde et à « l’humanisme antichrétien de notre siècle. « Célébrer dans le rite antique, c’est garder l’espérance dans l’Eglise.»

Il a a conclu en insistant sur le fait que ce n’est pas la « nostalgie du passé » qui mobilise les fidèles attachés à la forme extraordinaire mais « l’orientation des âmes vers ce qui est pérenne et toujours actuel » : ainsi « les jeunes prêtres sont intéressés » par la célébration du rite traditionnel.

« Les difficultés ne doivent pas surprendre », a ajouté Mgr Pozzo qui voit leur source dans une certaine manière de comprendre Vatican II selon la « Vulgate » d’une discontinuité avec la tradition. Il estime que l’usus antiquior est « un trésor à garder et à transmettre sans référence idéologique d’où que ce soit».

[Russia Today] La messe en latin connaît un retour en grâce en France

SOURCE - Russia Today - 14 septembre 2017

Largement bannie par le concile Vatican II (1962-1965) puis peu à peu revenue en grâce sous le règne des papes successifs, la messe en latin semble redevenir à la mode. Sa fréquentation a presque doublé en France depuis une dizaine d'années.

Longtemps réservée aux catholiques traditionalistes, qui rejettent tout ou partie du concile Vatican II (1962-1965), la «forme extraordinaire du rite romain» dans laquelle la messe est principalement dite en latin semble revenir timidement à la mode chez les catholiques de France. 230 paroisses, sans compter celles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), toujours séparée du Saint-Siège, proposent aujourd'hui régulièrement ce type de célébration, très différente des messes classiques en français. Un chiffre qui reste toutefois très bas par rapport aux 13 000 paroisses que compte la France, mais qui a quasiment doublé en dix ans.

Banni par le pape Paul VI dans la foulée du concile Vatican II, l'usage du missel (livre de messe) ancien, en latin, a ensuite été à peine toléré. Jusqu'à ce que Jean Paul II, voulant ramener dans le giron romain les traditionalistes, demande en 1988 aux évêques d'accorder plus largement la possibilité de célébrer la messe en latin. En 2007, Benoît XVI a permis à chaque curé de la faire dire dans sa paroisse, ce qui a permis un développement plus large de cet usage.

Poursuivant un objectif de réconciliation entre le Vatican et le courant traditionaliste, le pape avait par ailleurs levé en 2009 l'excommunication prononcée en 1988 contre les évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X Bernard Fellay, Alfonso de Galaretta, Bernard Tissier de Mallerais et Richard Williamson. Le pape François a poursuivi cette politique d'ouverture en reconnaissant le 4 avril 2017 comme valides et licites les mariages religieux prononcés par les prêtres de la FSSPX. Il avait auparavant accordé à tous les prêtres de la fraternité les pouvoirs de confesser les fidèles, de manière à assurer la «validité» du sacrement et à ne pas «laisser les personnes dans le doute». 

Ce rite ancien semble rencontrer un certain succès, notamment auprès des jeunes prêtres. 20% des séminaristes français sont aujourd'hui formés selon le missel ancien.

[FSSPX Actualités] Amoris lætitia : le débat est loin d’être clos

Mgr Victor Manuel Fernández
SOURCE - FSSPX Actualités - 15 septembre 2017

Dans son numéro de mai-août 2017, la revue de théologie Medellín, publiée sous l’autorité du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), fait paraître un ensemble d’études sur la question du magistère du pape François. On peut y lire une analyse de l’Exhortation apostolique Amoris lætitia par Mgr Victor Manuel Fernández, recteur de l’Université catholique de Buenos Aires, ami très proche du pape argentin.

Intitulé ‘Le chapitre 8 d’Amoris lætitia, le calme après la tempête’, cet article explique que l’intention du pape était de faire évoluer l’Eglise sur la question des divorcés-remariés de « façon discrète ». De fait, reconnaît l’auteur, cette intention a été manquée, notamment en raison de la publication des dubia par les quatre cardinaux, Brandmüller, Burke, Caffarra, et Meisner. Mais ceux qui critiquent l’exhortation sont dans un « piège mortel », affirme Mgr Fernández, et « trahissent le cœur de l’Evangile ». Le prélat argentin les accuse ainsi de « pélagianisme intellectuel ».

Cette revue a été recensée – sinon encensée – le 22 août 2017 par le quotidien officiel du Vatican, L’Osservatore Romano, après les interventions dans la presse de plusieurs théologiens légitimement critiques à l’égard d’Amoris lætitia.
Nouvelles interventions critiques à propos d’Amoris lætitia
Dans le quotidien en ligne américain The Wanderer du 14 août, le cardinal Raymond Burke, ancien préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique au Vatican, explique ce qu’il entend par « correction formelle » à apporter à Amoris lætitia. Il s’agit d’une affirmation de l’enseignement « clair » de l’Eglise sur les points controversés du document, en ce qui concerne le mariage, la famille, et les actes « intrinsèquement mauvais ».

Le 18 août, le Père Aidan Nichols o.p., qui a enseigné à Oxford, à Cambridge et à Rome, a publié sur le site britannique Catholic Herald une conférence prononcée à la Communauté Saint-Alban-et-Saint-Serge, une association à but œcuménique, devant un auditoire non-catholique pour la plupart. Il y expose la nécessité d’une réforme canonique, pour permettre une telle « correction formelle » du souverain pontife. « Tenant compte des limites énoncées de l’infaillibilité papale, le droit canon devrait prévoir une procédure formelle pour examiner si le pape a enseigné des erreurs », considère-t-il. - Voir notre article : « Amoris lætitia : un débat qui s’amplifie » 

Dans la revue allemande Die Neue Ordnung d’août 2017, un autre signataire des dubia, le cardinal Walter Brandmüller, estime souhaitable que les successeurs de Pierre publient une profession de foi catholique. Ce fut le cas dernièrement de Paul VI en 1968, avec le Credo du peuple de Dieu, comme déjà pour d’autres papes à partir du 5e siècle. Et le prélat allemand de s’interroger sur la conclusion qui peut en être tirée « pour l’Eglise de notre époque ».
Un universitaire autrichien interdit d’enseignement
Le 8 mai 2017, le Professeur Josef Seifert, fondateur et directeur de l’Académie internationale de philosophie du Liechtenstein, publiait dans la revue scientifique AEMAET, une étude qui lui a valu d’être suspendu d’enseignement auprès des séminaristes par Mgr Javier Fernández Martínez, archevêque de Grenade, au motif que l’universitaire d’origine autrichienne introduit la confusion chez les fidèles. En même temps, le prélat espagnol annonçait publiquement qu’il avait adopté pour son diocèse les directives pastorales très libérales des évêques de la région de Buenos Aires (Argentine) sur la communion des divorcés « remariés », directives que François a chaleureusement approuvées.

Quelle est la faute du Pr Seifert ? Il a tiré les conséquences logiques d’un passage d’Amoris lætitia. L’article 303 où il est question des couples « dits irréguliers » (en clair : divorcés « remariés », homosexuels), affirme que la « conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Evangile ; de même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif ».

Cette formulation est doublement problématique, souligne le philosophe catholique : « Outre qu’elle qualifie par euphémisme un état objectif de péché grave comme ne constituant “pas encore pleinement l’idéal objectif”, Amoris lætitia affirme qu’on peut savoir “avec une certaine assurance morale” que Dieu lui-même nous demande de continuer de commettre des actes intrinsèquement mauvais, tels l’adultère ou l’homosexualité active ».

Quelle est la conséquence logique d’une telle affirmation ? S’il est vrai que Dieu peut vouloir qu’un couple vive dans l’adultère en contradiction avec le sixième commandement, alors rien n’empêche que ce principe soit appliqué à « tous les actes considérés comme “intrinsèquement mauvais” ». Pourquoi ne pas justifier dans certains cas le meurtre, l’avortement, l’euthanasie, le suicide, le mensonge, le vol, le parjure et la trahison, au motif que Dieu lui-même les demande « parmi la complexité concrète des limites de la personne, quoique ne constituant pas l’idéal objectif » ?

« La logique pure n’exige-t-elle pas que nous tirions cette conséquence de la proposition du pape François ? », demande le Pr Seifert, montrant qu’une réponse positive à cette question entraîne ceci : « la conséquence purement logique de cette seule assertion d’Amoris lætitia semble détruire l’ensemble de l’enseignement moral de l’Eglise. » – Voilà pourquoi le philosophe a été prié de cesser tout enseignement à l’Académie internationale de philosophie à Grenade. Cardinal Carlo Caffarra.

Décès d’un des auteurs des dubia 
Après le cardinal Joachim Meisner décédé le 5 juillet dernier, un autre signataire des dubia, le cardinal Carlo Caffarra, s’est éteint le 6 septembre, à l’âge de 79 ans. Archevêque émérite de Bologne, il avait accordé un entretien au quotidien italien Il Foglio, en janvier, où il affirmait son « respect » pour le pape, mais aussi sa préoccupation de « la division entre pasteurs », causée par les dubia. Il soulignait en outre le risque « d’arbitraire » d’une « pastorale qui n’est pas fondée et enracinée sur la doctrine ». 
Camillo Langone rend hommage à ce prélat dans les colonnes d’Il Foglio le jour de sa mort : « Les cardinaux meurent, les doutes vivent. Ou plutôt, chaque fois que meurt un cardinal qui a exprimé des doutes au sujet d’Amoris lætitia sans obtenir de réponse, le silence du pape se fait plus assourdissant. Et les doutes, au contraire de ceux qui les ont formulés, augmentent. Que dit exactement cette exhortation apostolique ambiguë ? Les paroles de Jésus sur le mariage sont-elles encore valides ? » 
Le 7 septembre, sur son blogue, le vaticaniste Antonio Socci rapporte ce témoignage : « Un prêtre me confie qu’il y a quelques jours, il est allé lui (cardinal Caffarra) dire sa douleur pour le désastre quotidien que l’on vit dans l’Eglise, lui rapportant plusieurs faits. Le cardinal a fondu en larmes et lui a dit : “Le Seigneur n’abandonnera pas son Eglise. Les apôtres étaient douze et le Seigneur recommencera avec quelques-uns. Imaginez la souffrance de saint Athanase, qui a été laissé seul pour défendre la vérité par amour du Christ, de l’Eglise et des hommes. Nous devons avoir la foi, l’espoir et le courage”. Ce prêtre me confie : “le cardinal était très peiné, mais il m’a transmis beaucoup de courage et beaucoup d’amour pour l’Eglise”. (...) Il était sûr que dans le monde et dans l’Eglise, à la fin, le Seigneur allait vaincre. Ainsi, au cours de ces dernières années, il s’est retrouvé le protagoniste d’une défense puissante de la foi catholique et des sacrements face à Amoris lætitia. Ce qui le réconfortait, dans ce témoignage de foi, c’étaient les paroles prophétiques qu’il avait reçues des années plus tôt de sœur Lucie de Fatima, dans une lettre où elle lui avait écrit que “la bataille finale entre Dieu et Satan sera sur la famille et le mariage” ».

14 septembre 2017

[Abbé Couture, fsspx - FSSPX Canada - Lettre aux amis et bienfaiteurs] Nos écoles

SOURCE - Abbé Couture, fsspx - FSSPX Canada - Lettre aux amis et bienfaiteurs - septembre 2017

« Les parents sont tenus par une très grave obligation d’assurer, selon leurs moyens, l’éducation religieuse et morale, physique et civile, des enfants et de veiller également à leur bien temporel. » Voilà l’enseignement très clair de la Sainte Église dans son Code de Droit Canonique, au canon 1113. C’est une « très grave obligation », c’est-à-dire une obligation « sous peine de péché mortel ». Beaucoup de parents oublient que le premier but du mariage est double : la procréation et l’éducation des enfants.

Cela explique le souci de tous les missionnaires et bons évêques de tous les temps, et très clairement dans l’histoire de la fondation de notre beau pays (pensons à Marie de l’Incarnation qui ouvre une école à Québec en 1639 et à Marguerite Bourgeois qui le fait à Ville-Marie 15 ans plus tard), de pourvoir à l’éducation de la jeunesse, d’aider les familles incapables par elles-mêmes de procurer une éducation complète de leurs enfants. Auxiliaire de la famille et de l’Église, l’école ne peut se mettre en contradiction, mais doit s’harmoniser positivement avec les deux autres milieux, de façon, dit le Pape Pie XI, « à constituer avec la famille et l’Église un seul sanctuaire consacré à l’éducation chrétienne ». (Divini illius Magistri)

Le pape continue dans cette encyclique toute consacrée à l’éducation chrétienne :

« De là il ressort nécessairement que l’école dite neutre ou laïque, d’où est exclue la religion, est contraire aux premiers principes de l’éducation. Une école de ce genre est d’ailleurs pratiquement irréalisable, car, en fait, elle devient irréligieuse. (…) Nous renouvelons et confirmons les déclarations (de nos prédécesseurs) et, avec elles, les prescriptions des sacrés canons : la fréquentation des écoles non catholiques, ou neutres ou mixtes (celles à savoir qui s’ouvrent indifféremment aux catholiques et non-catholiques, sans distinction), doit être interdite aux enfants catholiques ; elle ne peut être tolérée qu’au jugement de l’Ordinaire, dans des circonstances bien déterminées de temps et de lieu et sous de spéciales garanties.

Il ne peut donc même être question d’admettre pour les catholiques cette école mixte (plus déplorable encore si elle est unique et obligatoire pour tous) où, l’instruction religieuse étant donnée à part aux élèves catholiques, ceux-ci reçoivent tous les autres enseignements de maîtres non catholiques, en commun avec les élèves non catholiques.

Ainsi donc, le seul fait qu’il s’y donne une instruction religieuse (souvent avec trop de parcimonie) ne suffit pas pour qu’une école puisse être jugée conforme aux droits de l’Église et de la famille chrétienne et digne d’être fréquentée par les enfants catholiques.

Pour cette conformité, il est nécessaire que tout l’enseignement, toute l’ordonnance de l’école, personnel, programmes et livres, en tout genre de discipline, soient régis par un esprit vraiment chrétien sous la direction et la maternelle vigilance de l’Église, de telle façon que la religion soit le fondement et le couronnement de tout l’enseignement, à tous les degrés, non seulement élémentaire, mais moyen et supérieur : il est indispensable que non seulement à certaines heures la religion soit enseignée aux jeunes gens, mais que tout le reste de la formation soit imprégné de piété chrétienne. Sans cela, si ce souffle sacré ne pénètre pas et ne réchauffe pas l’esprit des maîtres et des disciples, la science, quelle qu’elle soit, sera de bien peu de profit ; souvent même il n’en résultera que des dommages sérieux. »

Mais ne peut-on pas redresser et compenser à la maison les déficiences de l’école? C’est un leurre, car d’abord, les parents n’ont pas le temps et la compétence pour cela, puis l’enfant ne peut pas sans cesse être en porte-à-faux avec l’enseignement reçu à l’école. Comment des parents chrétiens pensent-il qu’un petit sermon de 20 minutes le dimanche et un peu de catéchisme quelques fois par mois pourront corriger des heures et des heures d’enseignement laïc, sans religion, souvent contre la religion? Un enseignement où on ne croit pas au péché originel, où souvent l’histoire est falsifiée, l’évolution érigée en dogme, toutes les religions ramenées à l’expression d’un sentiment religieux, où la loi naturelle et les commandements de Dieu n’existent pas et sont remplacés par les droits de l’homme?

Que de parents – même ceux de nos propres chapelles -- viennent se plaindre après quelques années que leurs enfants ont perdu la foi en arrivant à l’âge adulte et vivent dans le péché! On oublie que la foi est un don surnaturel qui peut se perdre si on n’y prend garde. Rappelez-vous la parabole de la semence : « D’autres grains tombèrent sur un sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre, et ils levèrent aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Mais le soleil s’étant levé, la plante, frappée de ses feux et n’ayant pas de racine, sécha. D’autres tombèrent parmi les épines, et les épines crûrent et les étouffèrent ». Et Notre-Seigneur explique : « Le terrain pierreux où elle est tombée, c’est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie. Mais il n’y a pas en lui de racines, il est inconstant; dès que survient la tribulation ou la persécution à cause de la parole, aussitôt il succombe. Les épines qui ont reçu la semence, c’est celui qui entend la parole ; mais les sollicitudes de ce siècle et la séduction des richesses étouffent la parole, et elle ne porte point de fruit ». (Mt., XIII, 5-7)


Il ne nous est pas possible d’avoir des écoles auprès de chacune de nos chapelles, cependant il fait toujours plaisir de voir, chaque année, des parents déménager près de nos écoles pour le salut de leurs enfants, ou faire de grands sacrifices pour envoyer leurs enfants dans des pensionnats traditionnels. D’autre part, il nous est vraiment incompréhensible de voir des parents, qui habitent pourtant près de nos écoles, mettre leurs enfants dans des écoles publiques après avoir entendu ce que les papes enseignent à ce sujet, et sachant ce qui est enseigné dans les écoles modernes! Quelle responsabilité devant Dieu! Que de pleurs on se prépare pour les années à venir, et peut-être pour l’éternité!

Seigneur, donnez-nous des familles catholiques qui comprennent leurs responsabilités et qui aient la force
d’être fidèles!

Bien vôtre, dans le Sacré-Coeur de Jésus et le Coeur Immaculé de Marie !

Abbé Daniel Couture
Supérieur de District

[Abbé Néri - Le Forum Catholique] Une époque formidable

SOURCE - Abbé Néri - Le Forum Catholique - 14 septembre 2017

Une époque formidable est un film français réalisé par Gérard Jugnot, sorti le 19 juin 1991. Il raconte la chute sociale d'un homme qui se retrouve au chômage, quitte son foyer plein de honte et se retrouve sans domicile fixe. Il rencontre des semblables qui lui permettent de survivre et de remonter la pente. 

Cependant a s'en tenir à cette simple synopsis du film on passerai à coté de l' amère ironie de cette mise scène. S'inspirant de la crue réalité sans toujours éviter les clichés on voit le protagoniste s'enfoncer dans la spirale de la misère avec son cortège d'horreurs : vol, envie, désespoir, prostitution, dureté, la mort même vue comme une véritable délivrance. Il trouve une issue incertaine dans l'amour humain... Mais dans ce portrait nul trace de la grâce !

On est dans un cadre post-chrétien, et le Paris où se situe la narration n'a changé qu'en pire en ce qui concerne la misère, il suffit de faire un petit tour du coté de la porte de la chapelle pour le voir. En fait, il s'agit d'un constat récurrent où la diminution progressive de la foi rends le problème plus âpre. 

Ainsi par exemple, le 12 septembre 1943, une « bombe » éclatait dans l’Église de France sous la forme d’un livre intitulé : La France pays de mission ? Ses auteurs, Henri Godin et Yvan Daniel, étaient tous deux aumôniers de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). L’ouvrage marquera deux générations de prêtres et de laïcs chrétiens engagés et connaîtra plusieurs éditions dont celle de 1962 en format poche, en plein Concile Vatican II. L’ensemble totalisera 140 000 exemplaires. Le livre est publié à la demande du cardinal Suhard, l’archevêque de Paris de l’époque. 

Il met l’accent sur le caractère inadapté du système paroissial pour de nouveaux types de chrétiens et préconise une pratique vécue sous d’autres formes communautaires.

Un siècle plus tôt, le même diagnostic était apparu dans trois documents remis à Mgr Sibour, l’archevêque de Paris, en 1849, au temps de la brève et deuxième République. Les auteurs y pointaient déjà la crise du système paroissial et présentaient des éléments de réforme.

Découverts par Yvan Daniel, ces trois documents ont été publiés en 1978 aux éditions Cana sous le titre La religion est perdue à Paris... : Lettres d’un vicaire parisien à son archevêque en date de 1849, suivies d’un Mémoire adressé au même.

En ce début du XXIe siècle, ces textes gardent toujours leur actualité de par les observations critiques et les questions de fond qu’ils posaient au christianisme dans des sociétés alors en voie de modernisation. Même s’ils restent encore enfermés dans un catholicisme traditionnel d’avant le Concile Vatican II, ils témoignent d’une vive aspiration à une pratique de la foi libérée des formules héritées des siècles passés.

La Concile étant passé par là, cette aspiration s'est vue promue et portée au sommets de l'Institution. En octobre 2012, à Rome, au cours de l’Assemblée générale du Synode consacrée à la nouvelle évangélisation, des voix se sont fait entendre pour reparler de ce « petit livre ». 

C’est précisément de cette « analyse, lucide et passionnée », que s’est réclamé Benoît XVI, « soulignant le chemin ininterrompu de l’Église dans le monde contemporain ». C’est sur la base de la convergence de différents courants mûris au sein du catholicisme du XXe siècle que l’intuition de Jean XXIII de convoquer un concile voit le jour, l’aggiornamento étant son principal objectif. 

S’appuyant sur les travaux du Synode, c’est au tour du pape François de renouer avec les constats et les orientations du livre de Godin et Daniel, à la fois dans ses gestes, ses paroles et ses écrits. 

Ainsi, dans La Joie de l’Évangile, le premier chapitre est consacré à « la dynamique de la sortie » en cohérence avec l’Évangile. Le Christ emploie souvent le verbe sortir : « Le semeur sorti pour semer » – « Allons ailleurs dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Évangile car c’est pour cela que je suis sorti du Père et que je suis venu dans le monde. » 

L’Église en sortie est une Église aux portes ouvertes, en constante sortie vers les périphéries de son propre territoire ou vers de nouveaux milieux socioculturels.

Le cardinal Suhard, lui aussi, a employé ce même thème : « Constatons un fait. L’ensemble de nos populations ne pense plus chrétien. Il y a entre elles et la communauté chrétienne un abîme qui fait que pour les atteindre, il faut sortir de chez nous, aller chez eux ! » 

Au Synode, en octobre 2012, Mgr Patenôtre, évêque de la Mission de France, avait cité la phrase du cardinal Suhard : « Il ne s’agit pas d’obliger le monde d’entrer dans l’Église telle qu’elle est mais d’être capable d’accueillir le monde tel qu’il est. » 

Le rêve du cardinal prendrai forme avec le pape François ? Voila ce qui permettrai de mieux comprendre l'adjectif « fabuleux » dont certains le gratifient. On est bien alors dans une époque formidable !

13 septembre 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] "Révolution française et traditionalisme (XII): Des évêques «résistants»?"

SOURCE - Le Forum Catholique - 13 septembre 2017

A l’été 2012, au plus fort des polémiques provoquées dans le milieu traditionaliste par la perspective d’une reconnaissance romaine de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le blogue Si scires donum Dei, favorable aux accords, évoquait l’ « analogie évidente » entre la situation actuelle et la période révolutionnaire : de même qu’à l’issue de cette dernière, une partie des réfractaires, refusant les accommodements du Concordat, est tombée dans le schisme de la Petite Eglise, désormais une partie de ceux qui se sont opposés à la révolution qu’a constitué le dernier Concile risquent de prendre la voie du schisme (1). C’est donc à l’analogie dressée entre Petite Eglise et « résistance » qu’est consacrée cette partie. 

Sans doute convient-il de rappeler tout d’abord ce qu’était la Petite Eglise. Cependant, une première précision s’impose. Les historiens répugnent souvent aujourd’hui à parler de Petite Eglise, mais insistent plutôt sur la diversité des causes, des modalités et de la durée de la dissidence ; évêques émigrés, prêtres du second ordre et laïcs n’ont pas les mêmes préoccupations, et il n’y a probablement que peu de rapports entre l’attitude des évêques émigrés et celle des sectes jansénisantes et millénaristes du Lyonnais, sans parler de la plus durable Petite Eglise des Deux-Sèvres (2).
    
A l’appellation de Petite Eglise, je préférerai donc celle d’anticoncordataires. Je m’intéresserai ici, plutôt qu’aux Petites Eglises de Lyon ou de Vendée, à l’attitude des évêques exilés dits « anticoncordatistes ». 

Le 26 messidor an IX (15 juillet 1801) est signée la convention entre le Saint-Siège et le gouvernement français qui rend à l’Eglise un caractère public. Le catholicisme est reconnu non comme religion de l’Etat, mais comme religion de la majorité des Français et du premier consul. Ce dernier nomme les évêques, mais c’est du pape que ceux-ci reçoivent l’investiture canonique, ce qui préserve les droits du Saint-Siège. En revanche, la nouvelle circonscription à laquelle le Concordat donne lieu radicalise la réforme territoriale de la Constitution civile du clergé : le nombre de diocèses est ramené à cinquante. Le Concordat entérine la spoliation des biens d’Eglise de novembre 1789 ; il ne ressuscite pas les ordres religieux, mais permet aux évêques d’avoir un chapitre dans leur cathédrale et un séminaire. Il ne rétablit donc pas l’ancienne situation de la religion catholique en France, mais témoigne d’un certain respect vis-à-vis de l’agencement canonique de l’Eglise romaine (3).

Le 15 août 1801, Pie VII confirme le Concordat par la bulle Ecclesia Domini. Parallèlement, par le bref Tam multa, il demande aux évêques d’Ancien Régime, dont il salue la fidélité pendant la Révolution, la « résignation libre et volontaire » de leurs sièges entre ses mains :
Ce sacrifice est grand, sans doute ; mais nous sommes arrivés à un tel état de choses, qu’il est inévitable que je vous en fasse la demande et non moins inévitable que vous obtempériez, pour terminer en France les affaires de l’Eglise (4).
C’est cette demande qui se trouve à l’origine de l’opposition religieuse la plus notable au Concordat. Quarante-six évêques, sur les quatre-vingt-trois évêques d’Ancien Régime encore en vie, présentent rapidement leur démission. Parmi eux, l’on trouve notamment Mgr de Boisgelin, le remarquable archevêque d’Aix, auteur en octobre 1790 de l’Exposition des principes, dont la conduite au moment du Concordat n’est rien d’autre que la suite logique de celle qu’il a tenue en 1790 en s’en remettant à la décision du pape. Cependant, trente-sept évêques, menés par Mgr de Coucy, évêque de La Rochelle et par le groupe de prélats émigrés à Londres, refusent alors de démissionner. 

On a beaucoup insisté, pour expliquer l’attitude de ces évêques, sur les motifs politiques. Il ne s’agit pas avant tout d’une vue d’historien : dès les premières années du XIXe siècle, telle a été l’interprétation donnée par les ecclésiastiques acquis au Concordat, tels Mgr de Fontanges, ancien archevêque de Toulouse, ou le célèbre sulpicien Jacques-André Emery (5), et il semble indéniable que chez plusieurs non démissionnaires, notamment Mgr Dillon, archevêque de Narbonne, l’argument politique que constituait le refus de rien faire qui puisse nuire au roi légitime a primé sur les raisons théologiques (6).
    
Cependant, réduire l’attitude des prélats anticoncordataires à leur combat politique ne permet pas d’en rendre compte de manière satisfaisante. En effet, il convient de prendre en compte la radicalité de la réorganisation religieuse que le Concordat imposait à l’Eglise gallicane, et le fait est que les évêques qui ont refusé d’obtempérer ont produit une argumentation théologique et canonique. Comme l’a noté Camille Latreille, les préférences politiques ont accompagné l’opposition au Concordat, mais ne l’ont pas toujours dictée (7).

Le 21 mars 1802, un mémoire signé par quatorze évêques exilés à Londres expose au pape, en adoptant un ton respectueux, les raisons de leur refus. « La stabilité de l’épiscopat est l’une des plus fermes colonnes de l’Eglise », déclarent les évêques (8). Leur argumentation est reprise et développée le 6 avril 1803 dans les Réclamations canoniques de Mgr Asseline, le savant évêque de Boulogne. Pour ce prélat, le pape s’est mis au-dessus de la discipline universelle et des règles canoniques, qui veulent, de droit divin, que l’épiscopat soit inamovible : les évêques français, qui ont confessé la foi dans la persécution, ne peuvent être ainsi déposés sans jugement canonique (9). 

On voit dès à présent ce qui sépare l’attitude de ces évêques non démissionnaires de celle des « résistants » auxquels des traditionalistes d’aujourd’hui ont pu les comparer. Les « résistants » prétendent tout justifier par un état de nécessité universel, absolu et intégral ; les évêques anticoncordatistes estimaient au contraire qu’aucune nécessité ne pouvait prévaloir contre la discipline de l’Eglise. Loin de s’attribuer au nom de la nécessité une juridiction que l’Eglise leur refusait, ces évêques croyaient simplement qu’ils ne pouvaient être sans jugement et pour des raisons vagues dépossédés de la juridiction dont l’Eglise les avait investis en les élevant régulièrement à l’épiscopat. On oublie trop facilement le caractère alors inouï de la mesure prise par Pie VII, qui ne proposait nullement aux évêques d’Ancien Régime d’être « reconnus tels qu’ils étaient », ce qu’ils auraient unanimement accepté, mais de se démettre de leurs places en acceptant parfois l’extinction de leurs sièges et de leurs chapitres. Les raisons qui fondaient leur attitude n’avaient rien du caractère hardi, pour ne pas dire fantaisiste, des théories sur la juridiction et l’Eglise conciliaire qui ont fleuri dans un certain traditionalisme contemporain ; au contraire, elles ont été, en raison de leur solidité, considérées avec le plus grand sérieux, en France comme à Rome.

Ainsi, les théologiens dominicains consultés par le Saint-Office avouent-ils au pape qu’il est très difficile de répondre à l’argumentation des anticoncordatistes par une condamnation canonique (10). Mgr de Fontanges, archevêque pourtant démissionnaire de Toulouse, se montre quant à lui très peu pressé de retrouver une place dans le nouvel ordre concordataire (11). Certains évêques concordataires, enfin, prennent à ce point au sérieux les représentations des prélats anticoncordatistes qu’ils semblent avoir correspondu avec eux pour leur demander les pouvoirs pour tout ou partie de leurs diocèses (12). 

On le voit, la comparaison entre les « résistants » d’aujourd’hui et les évêques non démissionnaires du Concordat n’est pas à l’avantage des premiers. Les seconds, qu’on a trop facilement accusés de schisme, avaient une idée trop haute de l’épiscopat, un sens trop élevé de l’Eglise et de sa discipline pour se lancer comme les premiers dans la consécration d’une multitude d’ « évêques vraiment catholiques » qui à leurs yeux n’auraient assurément pas été de véritables évêques : aussi n’ont-ils pas même ordonné un seul prêtre. 

Il n’y a donc rien de commun entre les fondements doctrinaux et canoniques, sérieux quoiqu’évidemment très discutables, de l’attitude des évêques anticoncordatistes, et les élaborations hasardeuses du traditionalisme « résistant » d’aujourd’hui, et c’est être bien dur envers les dignes prélats qu’étaient des Asseline ou des Thémines que de les assimiler à des pseudo-évêques, prêtres et laïcs dont jamais ils n’auraient avoué les principes. On verra les difficultés souvent considérables que pose également le rapprochement de leurs attitudes pratiques.

(A suivre)

Peregrinus
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(1) « De « catholiques réfractaires » à la Petite Eglise… il n’y a qu’un pas ! », Si scires (blogue), 2 juillet 2012.
(2) Voir par exemple Jean-Pierre Chantin, « Anticoncordataires ou Petite Eglise ? Les oppositions religieuses à la loi du 18 germinal an X », dans Chrétiens et Sociétés, n°10, 2003, p. 95-107. 
(3) Philippe Portier, L’Etat et les religions en France. Une sociologie historique de la laïcité, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2016, p. 43.
(4) Cité dans Bernard Ardura, Le Concordat entre Pie VII et Bonaparte (15 juillet 1801). Bicentenaire d’une réconciliation, Cerf, Paris, 2001, p. 92.
(5) Camille Latreille, L’opposition religieuse au Concordat de 1792 à 1803, Hachette, Paris, 1910, p. 253-254.
(6) Abbé E. Lavaquery, Le cardinal de Boisgelin (1732-1804), F. Gaultier & A. Thébert, Angers, 1920, t. II, p. 282.
(7) Camille Latreille, op. cit., p. 263.
(8) Cité ibid., p. 222. 
(9) Ibid., p. 244-245.
(10) Ibid., p. 248.
(11) Camille Latreille, Après le Concordat. L’opposition de 1803 à nos jours, Hachette, Paris, 1910, p. 27.
(12) Ibid., p. 13.

11 septembre 2017

[Abbé Paul Robinson, fsspx - fsspx.news] La FSSPX et la conversion de Rome à la Tradition

SOURCE - Abbé Paul Robinson, fsspx - fsspx.news - version française par la Porte Latine - 15 aout 2017
Introduction
À la conclusion du Chapitre Général de la Fraternité Sacerdotale Sant-Pie X en 2006, les membres du chapitre ont fait une déclaration, comme c’est la coutume. Entre autres, la déclaration a affirmé :
«les contacts qu’elle entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour seul but de les aider à se réapproprier la Tradition que l’Église ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible ‘accord’ purement pratique».
Cette affirmation montre clairement que les relations de la FSSPX avec Rome ont un double but : la restauration de la Tradition et l’avantage de la FSSPX. Elle indique aussi que le but éloigné ou ultime de la restauration de la Tradition prime sur le but prochain d’un avantage de la FSSPX. Cependant, depuis 2006, il y a eu beaucoup de points de vue différents quant aux moyens par lesquels la FSSPX doit aider à la restauration de la Tradition à Rome. La discussion porte surtout sur la question de savoir si la restauration doit avoir lieu d’abord sur le plan pratique ou d’abord sur le plan doctrinal. Plus précisément, est-ce mieux pour la FSSPX d’accepter une reconnaissance canonique « telle quelle », ou vaut-il mieux refuser une telle reconnaissance dans le but d’obliger Rome à adopter la doctrine traditionnelle ? Une reconnaissance canonique « telle quelle » favoriserait-elle ou empêcherait-elle la restauration de la Tradition souhaitée par la FSSPX ?

Cet article se propose de considérer deux positions différentes sur la question, l’une contre une reconnaissance canonique « telle quelle », et l’autre en faveur de ladite reconnaissance. Le but de cet article, tout comme celui de l’article Unité de Foi avec le pape François, n’est pas de déterminer quand et dans quelles circonstances il sera prudent que le supérieur général de la FSSPX accepte une reconnaissance canonique « telle quelle » ; son but est plutôt de défendre la position publique de la Maison Générale, selon laquelle être accepté « tel quel » constitue le critère essentiel pour accepter une reconnaissance canonique. Cet article utilise donc le terme « tel quel » dans le même sens que la Maison Générale, à savoir, que FSSPX puisse conserver la liberté de professer ouvertement ses positions doctrinales, de maintenir ses pratiques liturgiques, et de conserver ses propriétés et ses lieux de culte.
Deux Notes Préliminaires
Avant d’entrer dans les détails, deux notes préliminaires s’imposent. La première est que la FSSPX essaie depuis le rétablissement de ses contacts avec Rome en 2000 d’obtenir une restauration de la Tradition sur les deux plans, pratique et doctrinal. Mgr. Fellay a demandé des discussions doctrinales avec Rome et il a également demandé que deux « préconditions » pratiques soient remplies avant que les discussions ne commencent. Les conditions étaient la libération de la messe traditionnelle et le retrait du décret d’excommunication des évêques de la FSSPX. La déclaration que nous venons de citer affirme que la réalisation de ces deux conditions « procurerait un très grand bien à l’Église en restituant à celle-ci au moins une partie de ses droits à sa propre Tradition ».

Les « préconditions » ont été plus ou moins réalisées et les discussions doctrinales ont eu lieu. Cependant, la réussite sur le plan pratique n’a pas trouvé son écho sur le plan doctrinal. Les autorités romaines impliquées dans les discussions n’ont pas été d’accord avec la position de la FSSPX – la position selon laquelle Vatican II se trouve, sur trois points (liberté religieuse, œcuménisme, collégialité), en rupture avec l’enseignement constant de l’Église. Malgré ce manque d’entente, Rome a voulu avancer sur le plan pratique, mettant en avant le projet d’une prélature personnelle pour la FSSPX, un projet qui a été proposé pour la première fois en 2011.

Depuis, d’autres pas pratiques vers la restauration de la Tradition ont été faits. On a accordé aux prêtres de la FSSPX la juridiction ordinaire pour confesser et un cadre pour obtenir l’autorisation de célébrer les mariages avec la due forme canonique.

Il serait bon de rappeler, pour ceux qui refusent d’admettre que les rapports entre Rome et la FSSPX soient différents de ce qu’ils ont été, que Rome n’a rien accordé à la FSSPX pendant toute la longue période de 1975 à 2007. Depuis, en revanche, Rome a bougé légèrement de la ligne qu’elle tenait, et cela pour se rapprocher de la ligne maintenue par la FSSPX, la ligne « reconnaissance canonique telle quelle ». Le fait que les concessions de Rome aient été presque exclusivement pratiques a donné lieu au débat « accord doctrinal ou accord pratique ». Que ce débat, donc, n’obscurcisse point la réalité évidente que ces concessions introduisent une situation nouvelle. La question n’est plus « que devons-nous faire quand Rome s’oppose à nous ? » mais plutôt « que devons-nous faire quand Rome nous favorise ? ». Ce n’est que dans ce contexte que notre première question peut se poser, à savoir : la FSSPX devrait-elle accepter une restauration sur le plan pratique ou devrait-elle d’abord attendre une restauration sur le plan doctrinal ?

Ce qui nous mène à notre deuxième point, qui est que les pas pratiques vers la restauration de la Tradition ne peuvent pas être entièrement séparés des pas doctrinaux, et vice versa. Chaque étape pratique vers la régularisation et la propagation de la Tradition sera nécessairement une étape vers la restauration de la doctrine traditionnelle ; chaque pas doctrinal fait pour corriger les erreurs de Vatican II répandra nécessairement la Tradition sur le plan pratique. La seule différence est que certaines étapes seront directement pratiques et indirectement doctrinales, tandis que d’autres seront directement doctrinales et indirectement pratiques. À la fin, il est impossible de séparer la croyance traditionnelle de la praxis traditionnelle ; c’est un tout. Ainsi quand une partie du tout est favorisée, l’autre partie l’est nécessairement aussi.

Considérez, par exemple, la possibilité d’une prélature personnelle pour la FSSPX qui la laisserait telle quelle. Le jour de la reconnaissance canonique, il existerait au sein des structures canoniques de l’Église une organisation mondiale de prêtres et de religieux traditionnels dont la position officielle est que le deuxième Concile du Vatican contient des erreurs allant contre des dogmes définis de la Foi. Le fait que Rome approuve une telle organisation et lui permet de continuer son opposition bien connue à certains aspects du Concile porterait un coup terrible au Concile.

C’est pourquoi le célèbre écrivain catholique George Weigel considère une éventuelle reconnaissance de la FSSPX « telle quelle » avec horreur. Pour lui, ce serait consacrer pour les catholiques du monde entier un « droit au désaccord » : « rendre au clergé de la FSSPX la pleine communion avec Rome tout en leur permettant de croiser leurs doigts derrière le dos sur la liberté religieuse (et l’œcuménisme) lors de leur profession de Foi et leur serment de fidélité serait consacrer, par le moyen bizarre de l’ultra-traditionalisme, ‘un droit au désaccord‘ dans l’Église. »(1)

Bien que nous ne soyons pas d’accord avec lui pour dire que cela consacrerait un droit au désaccord avec tout l’enseignement catholique, nous sommes bien d’accord que cela consacrerait un droit au désaccord avec Vatican II. Il est donc impossible qu’une reconnaissance canonique de la FSSPX ne soit pas un pas vers la condamnation des erreurs de Vatican II, même si en soi ce n’est pas une étape doctrinale vers la restauration de la Tradition mais plutôt une étape pratique. Si la FSSPX était reconnue telle quelle, sa position, ou sa profession de Foi si vous voulez, serait aussi reconnue comme catholique.

Ces deux points ayant été posés, nous pouvons désormais revenir à notre question principale : la FSSPX devrait-elle accepter l’étape directement pratique et indirectement doctrinale vers la restauration de la Tradition qu’est une reconnaissance canonique ? Ou bien la FSSPX devrait-elle se concentrer sur l’obtention d’une étape directement doctrinale et indirectement pratique vers cette restauration ?
La Position « Attendre que Rome se convertisse »
D’aucuns ont soutenu qu’une reconnaissance canonique, même si elle offre des avantages à certains égards, serait finalement un désavantage pour la restauration de la Tradition. Le raisonnement est que la FSSPX devrait attendre que Rome fasse une déclaration doctrinale qui condamne les erreurs de Vatican II, et nous allons l’appeler le « raisonnement de la déclaration doctrinale ». Il peut être résumé ainsi :
  • « Le but poursuivi est que la [FSSPX] retrouve tous ses droits à Rome ».(2)
  • La restauration de ces droits consisterait en une sérieuse correction par le Saint-Siège « des erreurs doctrinales qui sont à la source de la crise sans précédent qui sévit encore dans la sainte Église ».
  • Donc « cette correction est le but que recherché, but en soi et cause finale, principe de tout l’agir subséquent dans le cadre des relations avec Rome ».
  • Mais une reconnaissance canonique mettrait en danger ce but final de deux façons(3) :
  • Elle ferait de la position doctrinale de la FSSPX juste une opinion parmi tant d’autres au sein de l’Église conciliaire et ainsi elle relativiserait cette position doctrinale.
  • Elle introduirait le risque de l’affaiblissement de la position doctrinale de la FSSPX.
  • Donc, tout compte fait, la reconnaissance canonique de la FSSPX empêcherait la restauration de la Tradition plus qu’elle ne l’aiderait, aussi ne faut-il pas l’accepter avant que Rome n’ait signé une déclaration doctrinale qui condamne les erreurs de Vatican II.
La première chose à noter sur cette position est qu’elle propose un critère de discernement pour la reconnaissance canonique de la FSSPX qui est très différent du critère de Mgr Lefebvre (« telle quelle »). Pour trois raisons, cette position rejette la condition « telle quelle » comme étant inacceptable :
  • Elle ne voit pas la reconnaissance canonique comme favorisant la restauration de la doctrine traditionnelle, mais plutôt comme l’empêchant.
  • Elle ne croit pas que la FSSPX serait suffisamment protégée dans sa Foi par une reconnaissance « telle quelle ».
  • Elle ne croit pas que la FSSPX aurait une obligation morale d’accepter une reconnaissance « telle quelle».
Regardons de plus près ces trois raisons.
1 – La reconnaissance canonique « telle quelle » comme empêchant la doctrine traditionnelle
Nous avons dit plus haut qu’une reconnaissance canonique de la FSSPX porterait un grand coup contre le statut doctrinal de Vatican II. Le raisonnement de la déclaration doctrinale, en revanche, maintient qu’une FSSPX canoniquement régularisée serait vue comme adhérant à une opinion sur Vatican II parmi tant d’autres. De ce point de vue, il est mieux pour la FSSPX d’apparaître comme hors de l’Église, puisque cela lui permet de ressortir plus clairement et d’attirer plus d’attention à sa position.

En plus de ne pas reconnaître que la position de la FSSPX est déjà vue comme juste une autre opinion – et le plus souvent comme une opinion fausse – cette position semble ignorer la progression normale de la restauration de l’Église en temps de crise. Normalement il y a trois stades : la persécution, puis la tolérance, puis le privilège. Par exemple, le catholicisme fut persécuté par l’Empire romain ; ensuite il a été toléré sous Constantin, et enfin il est devenu la religion privilégiée d’État sous d’autres Empereurs chrétiens postérieurs. Pour les catholiques mis à mort et qui ne pouvaient pas s’assembler publiquement pour pratiquer leur religion, un état de tolérance religieuse était tout à fait souhaitable. Ce n’était pas un bien absolu, mais un bien relatif, et un pas vers la meilleure situation, dans laquelle la Foi catholique serait la religion privilégiée d’État, comme il se doit.

Les Catholiques peuvent demander la protection de la loi de la part d’un gouvernement du style pluraliste et prônant la liberté religieuse. Ils ne sont pas obligés de réclamer la persécution jusqu’à ce que l’État se convertisse à la Foi catholique et établisse le catholicisme comme religion d’État.

La crise arienne est un autre exemple, plus adapté que le premier puisqu’il s’agit d’une situation où la plupart des persécutions venaient de l’intérieur de l’Église. Pendant un certain temps, les évêques catholiques qui professaient la Foi catholique étaient exilés par l’Empereur et les évêques ariens. Puis Julien l’Apostat est arrivé au pouvoir et il a fait revenir d’exil tous les évêques catholiques, dans le but de créer encore plus de zizanie dans l’Église. Cette stratégie n’a pas réussi, car elle a créé un environnement de tolérance pour la doctrine de la Divinité de Notre Seigner, qui a ensuite été restaurée à sa position privilégiée comme il se devait et reconnue par le monde catholique comme étant l’enseignement catholique.

La position de la déclaration doctrinale veut que la Tradition passe directement de la persécution au privilège. Elle veut qu’après l’avoir persécutée Rome la privilégie, sans passer par le stade intermédiaire de la tolérance. De plus, elle voit le stade de la tolérance comme néfaste pour la Tradition plutôt que comme une aide. Bref, le meilleur est l’ennemi du bien ici. Puisque la meilleure issue (le privilège) brille d’un tel éclat, la bonté de l’issue moins bonne (la tolérance) n’est plus admise.

Remarquons au passage que même si la marginalisation que la FSSPX a connue ces quarante dernières années l’a protégée dans une certaine mesure, il semble difficile de prétendre qu’elle ait été bénéfique pour répandre la position de la FSSPX. Au contraire, la FSSPX a été mise dans un ghetto par ses ennemis pour éviter que sa position ne se répande, et cette stratégie a très bien marché.
2 – La reconnaissance canonique « telle quelle » comme un risque pour la Foi de la FSSPX
Un deuxième élément de la position de la déclaration doctrinale est que la FSSPX, une fois intégrée dans l’Église conciliaire qui favorise l’hérésie, aurait du mal à tenir bon face aux erreurs de Vatican II. Ce qui est troublant dans cet élément est qu’il est soutenu par une citation de Mgr. Lefebvre (4) qui dit : « Ce qui nous intéresse d’abord, c’est de maintenir la Foi catholique. C’est cela notre combat. Alors la question canonique, purement extérieure, publique dans l’Église, est secondaire. Ce qui est important, c’est de rester dans l’Église... dans l’Église, c’est-à-dire dans la Foi catholique de toujours et dans le vrai sacerdoce, et dans la véritable messe, et dans les véritables sacrements, dans le catéchisme de toujours, avec la Bible de toujours » (5). Si cette citation est troublante, c’est parce que Mgr. Lefebvre était clairement favorable à une reconnaissance « telle quelle ». Prenons, par exemple, ce qu’il dit dans son sermon pour ses quarante ans d’épiscopat en octobre 1987 : « Si Rome voulait vraiment nous donner une vraie autonomie, celle que nous avons maintenant, mais avec la soumission, nous le voudrions ; nous avons toujours désiré être soumis au Saint Père » (6).

Pour rendre justice à Mgr. Lefebvre, il faut réconcilier la première citation avec la seconde. S’il dit dans la première citation que la Foi est plus importante qu’une reconnaissance canonique, il pense sûrement à une situation où la FSSPX devrait accepter la nouvelle Messe ou la liberté religieuse ou quelque chose du genre pour obtenir la reconnaissance canonique. Il ne dit pas que si on accordait à la FSPPX une reconnaissance « telle quelle » elle risquerait de perdre la doctrine traditionnelle, et qu’il serait donc préférable de rester dans un état plus sûr de marginalisation plutôt que d’accepter une reconnaissance canonique dans laquelle la FSSPX pourrait maintenir toutes ses positions doctrinales.

Dans la première citation, Mgr. Lefebvre dit que la FSSPX doit maintenir la Foi catholique comme prioritaire sur une reconnaissance canonique si elle a à choisir entre les deux. Dans la deuxième citation, il dit que SI elle peut maintenir la Foi, le vrai sacerdoce, la vraie messe, les vrais sacrements, le vrai catéchisme, etc., ET AUSSI avoir un statut canonique, elle doit prendre les deux.

Un autre problème avec la position de la déclaration doctrinale est qu’il ne semble pas reconnaître les dangers pour la Foi que la FSSPX court en restant pendant des décennies sans reconnaissance canonique. Si on pouvait diviser en deux camps les prêtres ayant quitté la FSSPX, avec d’un côté ceux qui ont couru vers la Résistance et le sédévacantisme et de l’autre côté ceux qui sont allé au Novus ordo, le premier camp serait bien plus nombreux que l’autre. Le nombre disproportionné d’anciens prêtres de la FSSPX qui ont perdu la Foi en la visibilité et l’autorité de l’Église devrait être une indication claire que la situation anormale de la FSSPX, en soi, représente un risque de perdre la Foi en l’Église. La prétendue sécurité pour la Foi fournie par l’irrégularité canonique nous semble donc, bien au contraire, bien précaire.

Comme un exemple particulier de ceci, considérons le troisième point.
3 – La reconnaissance canonique « telle quelle » comme moralement indifférente
La position de la déclaration doctrinale voit une reconnaissance canonique « telle quelle » comme étant moralement indifférent (7). Cela veut dire que la FSSPX n’aucun devoir moral particulier en ce qui concerne l’acceptation ou le rejet d’une reconnaissance canonique en soi. La Fraternité est donc libre de la rejeter pour des raisons accidentelles, raisons qui portent non pas sur la reconnaissance canonique en elle-même mais sur les circonstances environnantes. Elle est libre aussi de mettre n’importe quel prix à sa reconnaissance canonique, par exemple le prix de la condamnation des erreurs de Vatican II.

Une image – sans doute insuffisante à bien des égards – pourrait servir d’illustration. Disons qu’un enfant a un père ivrogne et que le père commande habituellement à l’enfant de faire des choses mauvaises. Puis un beau jour, le père commande à l’enfant de faire quelque chose qui remet un peu d’ordre dans la maison. À cette occasion, l’enfant aurait tort de dire, « à cause de votre ivrognerie habituelle, l’ordre que vous me donnez est moralement indifférent. Tant que vous ne corrigez pas votre mauvaise habitude, il est plus avantageux pour moi de ne pas accepter vos actes d’autorité – même les bons qui rectifient les choses dans la maison – parce que je peux rendre un meilleur témoignage à la bonté de la sobriété et je peux vous mettre la pression pour devenir sobre si je suis dans un état de non-acceptation. »

Au contraire, le père a toujours le droit de commander l’obéissance en tout ce qui est bon. La reconnaissance canonique de la FSSPX n’est pas indifférente, c’est une chose bonne, en tant qu’elle rectifie quelque chose dans l’Église qui est injuste et anormal. Mgr. Fellay l’a dit dans le numéro de Cor unum publié en avril 2014 : « en soi, la reconnaissance canonique est un très grand bien ». Le fait que ce soit un bien moral impose à la FSSPX une obligation morale de l’accepter, si elle ne comporte pas de danger pour la Foi. Le devoir de garder la Foi est un devoir plus élevé, mais le devoir d’avoir des relations normales avec le successeur de Pierre n’est pas facultatif.

Mgr Lefebvre l’a dit de manière implicite :
« Le principe fondamental de la pensée et de l’action de la Fraternité dans la douloureuse crise que l’Église traverse est le principe enseigné par saint Thomas d’Aquin dans la Somme théologique : ne pas s’opposer à l’autorité de l’Église, sauf en cas de danger immédiat pour la Foi » (8).
En bref, la position de la déclaration doctrinale erre quand elle change le critère pour la reconnaissance canonique de « la FSSPX doit pouvoir garder la Foi traditionnelle » à « Rome doit professer la Foi traditionnelle ». Les raisons qu’elle avance pour montrer que la reconnaissance canonique « telle quelle » empêcherait la restauration de la Tradition tombent quand elles sont examinées, et par ce fait même, le raisonnement perd toute sa force.
La Position de Mgr Lefebvre
Il nous reste à considérer la position de Mgr Lefebvre en faveur d’une reconnaissance « telle quelle ». Ce qu’il faut éviter dans ces considérations, c’est d’isoler quelques citations de l’archevêque pour ensuite construire tout un argument sur elles. Il serait mieux de découvrir les principes qui motivaient Mgr. Lefebvre et comment il a suivi ces principes tout au long de sa vie.

Il nous faut regarder tout particulièrement la vision de Mgr Lefebvre pour le rôle de la FSSPX et comment cette vision a informé les négociations qu’il a menées avec Rome au sujet du statut de la FSSPX dans l’Église.
La restauration de l’Église par les prêtres
Il est important de comprendre que la vision de Mgr Lefebvre pour la FSSPX date d’avant l’éclatement de la crise dans l’Église. Déjà dans les années 1950, il rêvait d’œuvrer pour la restauration de l’Église. Le grand moyen pour cette restauration, et même le seul moyen dans son esprit, était le sacerdoce. Le sacerdoce, conféré par le sacrement de l’Ordre, est l’ultime source d’ordre dans l’Église, et il est essentiellement lié à l’acte suprême qui réordonne le monde déchu, le Saint Sacrifice de la Messe. C’est cette vision qui était derrière le fameux rêve de Mgr. Lefebvre dans la cathédrale de Dakar dans les années 1950 : « Devant la dégradation progressive de l’idéal sacerdotal, transmettre dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire le sacerdoce catholique de Notre Seigneur Jésus-Christ… Comment réaliser ce qui m’apparaissait alors comme la seule solution de renouveau de l’Église et de la Chrétienté ? C’était encore un rêve, mais dans lequel m’apparaissait déjà la nécessité non seulement de transmettre le sacerdoce authentique, non seulement la sana doctrina approuvée par l’Église, mais l’esprit profond et immuable du sacerdoce catholique et de l’esprit chrétien lié essentiellement à la grande prière de Notre Seigneur qu’exprime éternellement son sacrifice de la Croix » (9).

C’est à cause de cette vision qu’en fondant la FSSPX, Mgr Lefebvre lui a donné comme but premier « le sacerdoce et tout ce qui s’y rapporte et rien que ce qui le concerne » (140). « Nous sommes une Fraternité sacerdotale. Le caractère essentiel de notre Fraternité est sa nature sacerdotale. C’est cela son but » (11).

Dans l’esprit de Mgr. Lefebvre, il était important que la FSSPX soit fondée non pas sur une base négative, mais sur une base positive. La FSSPX ne fut pas fondée pour contester Rome et le Concile. Pour Monseigneur, cela n’aurait pas été convenable. Elle fut fondée plutôt pour accomplir une œuvre positive, à savoir la formation de bons prêtres :

« [La Fraternité Saint Pie X] n’est pas née d’une idée de contestation, une idée d’opposition. Pas du tout ! Elle est née de la façon dont je crois que des œuvres d’Église peuvent très bien naître, c’est-à-dire, d’un besoin qui s’est présenté : le besoin d’assurer la bonne formation des prêtres » (12).

Mgr Lefebvre n’a pas fondé la FSSPX pour régler la crise dans l’Église. Il voulait que la FSSPX contribue à la restauration de l’Église, bien sûr, mais en tant que Fraternité sacerdotale. En approuvant ses statuts, l’Église n’a pas confié à la FSSPX la mission de restaurer l’Église ; la FSSPX n’a pas les moyens de restaurer l’Église parce que cela appartient à Rome ; et son fondateur ne l’a pas établie dans le but immédiat de restaurer l’Église. En tant que telle, la contribution à la restauration de l’Église n’est que le but lointain de la FSSPX, tandis que la formation de bons prêtres est son but prochain.

Cette distinction est importante. Si le but immédiat de la FSSPX était la restauration de l’Église, il faudrait qu’elle prenne tous les moyens pour accomplir ce but, sans se concentrer sur la formation de bons prêtres. Mais puisque son but immédiat est la formation de bons prêtres, alors le moyen par lequel elle contribue à la restauration de l’Église est gravé dans le marbre et ne peut changer, du moins si la Fraternité doit rester fidèle à son identité.
Comment une Fraternité sacerdotale restaure l’Église
Comment, nous pouvons demander, concrètement, une Fraternité sacerdotale œuvre-t-elle pour la restauration de l’Église ? Nous avons déjà évoqué la vision de Mgr Lefebvre en général : former des prêtres avec une pureté doctrinale et une charité missionnaire. Mais comment de tels prêtres surmontent-ils la plus grande crise de l’Église que le monde ait jamais connue ?

Les affirmations les plus claires de Mgr Lefebvre à ce sujet se trouvent dans la première conférence qu’il a donnée à la retraite de Pâques qu’il a prêchée juste avant les sacres. On pourrait se demander si cette conférence d’avril 1988 ne peut pas être considérée comme la deuxième moitié du rêve de Dakar ?

Dans cette deuxième partie du rêve, le fondateur de la FSSPX entrevit comment sa Fraternité sacerdotale serait placée dans une position où elle avancerait efficacement la restauration de la Tradition. Tout commencerait avec une reconnaissance canonique « telle quelle ». Ensuite, grâce à cette reconnaissance, la FSSPX se verrait accordée un office à Rome. Après cela, à un moment donné, viendrait une église de la FSSPX à Rome, choisie parmi les nombreuses églises romaines qui ne sont pas utilisées. Ensuite, un séminaire de la Fraternité à Rome, qui attirerait beaucoup de vocations de partout dans le monde. Et puisque la majorité des évêques est choisie parmi les prêtres formés dans les séminaires romains, beaucoup des ordinands du séminaire romain de la FSSPX deviendraient des évêques et occuperaient des diocèses partout dans le monde. Et la restauration de la Tradition ? À un moment donné, à cause de l’influence croissante de la Tradition grâce à la présence de la FSSPX à Rome, au séminaire romain de la FSSPX, aux prêtres et évêques romains de la FSSPX, Rome reprendrait à nouveau sa propre Tradition.

« C’est un beau rêve, » dit Monseigneur. « Mais qui sait ? » C’est un rêve qui s’aligne parfaitement sur la conception qu’avait Mgr Lefebvre de la Fraternité sacerdotale qu’il a fondée : former de bons prêtres qui professent l’intégrité de la Foi, et par le fait même, aider à restaurer l’Église.
Conclusion
Mgr Lefebvre croyait à la puissance de prêtres bien formés pour restaurer l’Église. Pour cette raison, il a fondé une Fraternité sacerdotale qui cherche à former des prêtres connus pour leur pureté doctrinale et leur charité missionnaire. L’Église elle-même, en approuvant les statuts de la FSSPX, lui a confié cette mission de former de bons prêtres, et elle a tous les moyens nécessaires pour accomplir cette œuvre. Mais depuis la suppression illégale de la FSSPX en 1975, elle a été mise dans une situation irrégulière, repoussée par les autorités ecclésiastiques, et empêchée de se répandre autant qu’elle le pourrait. Parce que Mgr Lefebvre a fondé la FSSPX pour la formation de bons prêtres et qu’une reconnaissance canonique « telle quelle » permettrait à la FSSPX d’étendre son œuvre de la formation de bons prêtres, le Mgr. était favorable à une reconnaissance canonique « telle quelle ».


Quant à ceux qui tiennent la position de la déclaration doctrinale, ils voient le but immédiat de la FSSPX comme étant la restauration de l’Église et ne considère donc pas une reconnaissance canonique « telle quelle » comme favorable à cette restauration. Ils aimeraient utiliser l’état de suppression canonique dans lequel se trouve la FSSPX comme un moyen de mettre la pression à Rome, pour que celle-ci condamne les erreurs de Vatican II. En prônant cette position, ils ont une vision dans laquelle la FSSPX ne cherche pas à contribuer à la restauration de l’Église principalement par la formation de prêtres qui professent la Foi, mais plutôt principalement en mettant la pression à Rome pour qu’elle professe la Foi.
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Notes
(1) https://www.firstthings.com/web-exclusives/2017/04/lets-not-make-a-dealat-least-this-deal
(2)Cette citation et les deux suivantes sont tirées de Courrier de Rome, mai 2017, « Pour une entente doctrinale ? », §2.
(3) Cf. Ibid., §§28-29.
(4) Cité dans Ibid., §29.
(5) Conférence spirituelle à Écône, 21 décembre 1984.
(6) Angelus magazine, novembre 1987, p. 8.
(7) Voir Courrier de Rome, mai 2017, « Pour une entente doctrinale ? », §28.
(8) Lettre aux amis et bienfaiteurs américains, 28 avril 1983.
(9) Itinéraire spirituel, p. iii.
(10) Règle de la FSSPX.
(11) Sainteté sacerdotale, p. 444 ; les pages 437-481 sont une lecture incontournable pour cette discussion
(12) Sainteté sacerdotale, p. 439.