22 juillet 2017

1970 // [Cardinal Ottaviani] Lettre à Dom Lafond

SOURCE - Cardinal Ottaviani - 17 février 1970

Très Révérend Père,

J'ai bien reçu votre lettre du 28 janvier et la Note Doctrinale, datée du 29 janvier. Je vous félicite pour votre travail qui est remarquable pour son objectivité et la dignité de son expression. Ce n'a pas été toujours, hélas ! le cas dans cette polémique dans laquelle on a vu des simples chrétiens, sincèrement blessés des nouveautés, mêlés à ceux qui se servent du trouble des âmes pour augmenter la confusion des esprits.

De ma part je regrette seulement que l'on ait abusé de mon nom dans un sens que je ne désirais pas, par la publication d'une lettre que j'avais adressée au Saint-Père sans autoriser personne à la publier.

Je me suis profondément réjoui à la lecture des Discours du Saint-Père sur les questions du Nouvel Ordo Missae, et surtout de ses précisions doctrinales contenues dans les Discours aux Audiences Publiques du 19 et du 26 novembre: après quoi, je crois, personne ne peut plus sincèrement se scandaliser. Pour le reste il faudra faire une oeuvre prudente et intelligente de catéchèse afin d'enlever quelques perplexités légitimes que le texte peut susciter. Dans ce sens je souhaite à votre Note Doctrinale et à l'activité de la Militia Mariae une large diffusion et succès.

Veuillez agréer, Très Révérend Père, l'expression de mes hommages distingués, accompagnés d'une bénédiction pour tous vos Collaborateurs et les membres de la Militia.

21 juillet 2017

[Paix Liturgique] Pologne 2007: un sondage anniversaire exclusif pour les 10 ans du Motu Proprio!

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°603 - 21 juillet 2017

Notre sondage polonais est le fruit d'une
collaboration entre Paix Liturgique et le site
UnaCum.pl vitrine d'Una Voce Pologne
À l'occasion du dixième anniversaire de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum, le 7 juillet 2007, nous avons décidé de compléter notre campagne de sondages internationaux portant sur la réception du texte de Benoît XVI. Lors de notre campagne de sondages européens de 2009-2011 (voir ici), nous avions en effet laissé de côté celui qui est aujourd'hui le premier pays catholique d'Europe par la vitalité de son Église : la Pologne. 

Conseillés par Una Voce Pologne, nous avons confié cette enquête non pas à un institut commercial mais à l'Institut pour les statistiques de l'Église catholique (ISKK), fondé en 1972 par la Société de l'apostolat catholique (les frères pallottins) et qui travaille pour la Conférence épiscopale polonaise. En nous orientant vers l'ISKK plutôt que vers un organisme commercial, nos partenaires polonais ont permis de donner à ce sondage un poids original puisqu'il ne concerne que des catholiques pratiquants. L'équipe de l'ISKK a en effet soumis notre questionnaire, après l'avoir adapté en fonction de son excellente connaissance du catholicisme polonais, à un public de catholiques dits « engagés » (1). Après avoir collecté plus de 800 réponses, elle en a sélectionné 635 correspondant à la distribution de ces catholiques engagés dans la population polonaise.

Voici les résultats de ce sondage, accompagnés de nos réflexions.

I – LES RÉSULTATS DU SONDAGE POLONAIS

Sondage effectué par l'ISKK (Institut pour les statistiques de l'Église catholique) entre le 13 mai et le 4 juin 2017, selon la technique des panels en ligne, sur un échantillon de 635 catholiques engagés. (1)

:: 1 : Assistez-vous à la messe ? (1)
Chaque dimanche et fêtes : 93,6 %
Presque tous les dimanche : 5,8 %
Une fois par mois : 0,6 %

:: 2 : Le Pape Benoît XVI a rappelé en juillet 2007 que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » – le prêtre faisant face aux fidèles – et sous sa forme ancienne dite « extraordinaire » ou « tridentine » – en latin, le prêtre tourné face au tabernacle. Le saviez-vous ?
Oui : 89,5 %
Non : 6,9 %
Ne se prononcent pas : 3,6 %

:: 3 : Que pensez-vous de la messe selon la forme extraordinaire (en latin et face au tabernacle) ? (NB : le total est supérieur à 100 % car le sondeur a autorisé les réponses multiples)
C'est une expression de fidélité à la tradition de l'Église : 49,9 %
C'est une chose normale : 37,3 %
Cela ne correspond pas à la culture d'aujourd'hui : 17,6 %
C'est une pratique étrange : 4,2 %
Autre : 16,7 %
Difficile à dire : 12,1 %

:: 4 : Si l'ancienne messe était célébrée (en latin et face au tabernacle) dans VOTRE paroisse, y assisteriez vous ?
Chaque semaine : 28,9 %
De temps en temps : 51,6 %
Jamais : 15,1 %
Difficile à dire : 4,4 %

II – COMME PARTOUT AILLEURS

Levain de la résistance victorieuse à la dictature communiste, le catholicisme polonais a vécu une fin de XXème siècle d'autant plus triomphante qu'il a bénéficié du prestige associé à la figure du Pape Jean-Paul II. Doctrinalement et liturgiquement, il a moins connu le « printemps conciliaire » et ses dérives liturgiques et doctrinales. Aujourd'hui encore, le chant grégorien et la communion sur les lèvres demeurent la norme dans la plupart des paroisses du pays. 

Dans ce contexte plutôt classique et préservé, il est intéressant de voir que la forme extraordinaire – souvent présentée comme une réaction aux abus – attirerait plus d'un pratiquant sur 4 chaque dimanche si elle était inscrite dans la vie ordinaire des paroisses, ce qui correspond à la moyenne relevée dans les autres pays (19 % en France en 2008, 25 % en Allemagne en 2010, 27,4 % en Espagne en 2011, etc.).

III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

:: 1) Les Polonais n'ignorent pas la légitimité de la forme extraordinaire
En Pologne, 9 catholiques engagés (1) sur 10 savent que la forme extraordinaire a droit de cité dans l'Église. C'est un résultat très fort. Au-delà du fait qu'il semble normal que ces catholiques engagés aient connaissance des différents pans de la vie de l'Église, on peut aussi penser que, en 10 ans, la connaissance du motu proprio de Benoît XVI a fait son chemin : par capillarité locale d'abord, par la place que la forme extraordinaire occupe sur les réseaux sociaux ensuite, mais aussi par le travail des associations qui, comme Una Voce Pologne, organisent conférences, cérémonies et pèlerinages pour promouvoir la liturgie latine et grégorienne.

:: 2) Un catholicisme préservé des guerres liturgiques
La réponse à la question 3, légèrement modifiée par les enquêteurs de l'ISKK par rapport à notre question habituelle (2) fait apparaître que seul un catholique engagé sur 25 voit l'ancienne liturgie comme « une pratique étrange ». Et moins d'un sur cinq (17,6 %) la considère comme ne correspondant pas à la culture d'aujourd'hui. On peut d'ailleurs imaginer que, chez certains, cette réponse n'a pas de valeur négative car il ne s'agit que de constater l'incapacité du monde contemporain à faire une place à la tradition.
En revanche, le fait qu'un catholique engagé polonais sur deux voit la forme extraordinaire comme une « expression de fidélité à la tradition de l'Église » ne souffre aucune équivoque. Cette enquête nous présente donc le visage d'une Église qui, certes, a été marquée dans sa chair comme toute l’Église par la rupture imposée par la réforme liturgique, mais qui est restée largement immune d’une opposition « progressiste » à la liturgie ancienne et de la fracture qui a marqué, et marque encore, les Églises de nos pays d'Europe occidentale. 

:: 3) 8 catholiques polonais sur 10...
… assisteraient volontiers à la forme extraordinaire pour peu que celle-ci soit célébrée dans leur paroisse : 28,9 % la choisiraient de façon préférentielle et 51,6 % de temps en temps. Le fait que près de 30 % des pratiquants assisteraient à la messe traditionnelle tous les dimanches si elle était célébrée commodément dans leur paroisse (19% en France en 2008, 40% en Italie, 25% en Allemagne, etc.) montre le poids réel qu’a la forme extraordinaire. C'est une nouvelle fois la confirmation de l'existence de ce vaste peuple des silencieux (au moins un catholique sur 4) qui aspire à plus de sacré et de solennité dans sa vie liturgique et spirituelle. Seuls 15 % des Polonais pratiquants n'expriment aucun attrait pour la forme extraordinaire, ce qui laisse une grande marge au motu proprio Summorum Pontificum pour faire, patiemment, son chemin dans les paroisses du pays.

:: 4) La confirmation scientifique de tous nos sondages précédents
Le fait que ce sondage polonais, grâce à la compétence spécifique de l'ISKK, ne porte que sur les catholiques pratiquants permet de le considérer comme un étalon fiable pour l'analyse des résultats de nos sondages nationaux précédents. Tous nos autres sondages portaient en effet sur les catholiques en général, pratiquants et non, avec, à notre demande, la mise en relief par les instituts de sondage des réponses spécifiques aux seuls pratiquants. Or, en raison de la chute dramatique de la pratique, même mensuelle, des catholiques en Europe de l'Ouest, les échantillons de pratiquants pouvaient être considérés trop réduits pour être pleinement représentatifs. 
En réalité, les scientifiques savent bien que la vérité statistique est d'autant plus précise que les mesures sont nombreuses. La concordance des résultats obtenus dans les sept pays de nos précédents sondages – France, Italie, Allemagne, Portugal, Grande-Bretagne, Suisse, Espagne – constituait donc déjà un élément statistique important. Leur concordance avec les résultats de l'enquête polonaise, obtenus sur un échantillon exclusif de pratiquants, vient les confirmer avec force.
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(1) Les 635 personnes sondées par l'ISKK proviennent d'un panel de catholiques engagés. Par « catholiques engagés », l'ISKK considère les pratiquants réguliers (qui, en Pologne, sont encore ceux qui assistent à la messe chaque dimanche ou presque – alors qu'ailleurs en Europe il ne s'agit que des catholiques allant à la messe au moins un dimanche par mois) ; ceux engagés dans la vie de la paroisse ; et les membres de mouvements ou d'associations catholiques reconnues. Allant tous au moins une fois par mois à la messe, ils sont donc tous pratiquants au sens sociologique moderne du terme.
(2) La question est d'ordinaire ainsi posée : « Considérez-vous comme normal ou pas normal si les deux formes du rite romain devaient être célébrées régulièrement dans votre paroisse ? »

20 juillet 2017

[Guy Rouvrais - Présent] Vers l’abolition de Summorum Pontificum ?

SOURCE - Guy Rouvrais - Présent - 13 juillet 2017

Il y a dix ans Benoît XVI publiait le motu proprio Summorum Pontificum mettant fin à l’ostracisme qui frappait la messe traditionnelle de Saint Pie V en permettant à tous les prêtres de célébrer le saint sacrifice selon ce rite appelé depuis « extraordinaire ». C’était aussi la fin d’une injustice, sans être une réparation, car c’est pour avoir dit la messe selon ce rite « jamais aboli » selon Benoît XVI que des prêtres ont été sanctionnés, des curés déposés.

Contrairement à son prédécesseur, le pape François n’est guère sensible à la question liturgique. Il n’était pas hostile à l’initiative de Benoît XVI (et celle de Jean-Paul II qui fit un premier pas dans le même sens) mais considérait simplement qu’il « a fait un geste juste et magnanime pour aller à la rencontre d’une certaine mentalité de quelques groupes et personnes nostalgiques qui s’étaient éloignées ». Des nostalgiques dont la nostalgie finirait par s’éteindre, comme les derniers des Mohicans…

Or, en France, les « nostalgiques » prospèrent puisque, depuis Summorum Pontificum, le nombre de lieux de culte proposant la forme extraordinaire a presque doublé, passant de 124 à 230, selon la Commission épiscopale pour la liturgie. Le motu proprio est aujourd’hui appliqué dans tous les diocèses, tandis que séminaristes et de jeunes prêtres sont nombreux à vouloir apprendre à célébrer selon la forme tridentine. Et cela, semble-t-il, irrite le souverain pontife pour qui les demandes de certains, « trop jeunes pour avoir connu la liturgie préconciliaire », cachent une « rigidité défensive ».

On pouvait penser que le motu proprio était définitif, ne serait-ce que parce qu’il a instauré une certaine paix liturgique. C’est oublier que ce qu’un pape a fait un autre peut le défaire. Sera-ce le cas de François ? Le bruit en court. Selon le théologien Andrea Grillo, cité par La Croix, spécialiste de la liturgie et proche du souverain pontife, François envisagerait, à terme, d’abolir Summorum Pontificum, à partir du moment où l’ancien rite serait préservé au sein de la prélature personnelle proposée à la Fraternité Saint-Pie X, celle-là l’acceptant, ce qui, dit-on à Rome, serait imminent. « Mais, ajoute notre théologien, il ne mettra pas cela en œuvre tant que Benoît XVI est en vie».

[Courrier des lecteurs - La Croix] La messe en latin

SOURCE - Courrier des lecteurs - La Croix - 20 juillet 2017

Je mets en doute que les fans de la messe à l’envers soient tous des latinistes distingués. Ils ne sont certes qu’une minorité agissante. Mais le retour de la messe en latin (La Croix du 7 juillet) est-il si discret qu’on le croit ? Reconnaissons que la plupart de nos évêques – pas tous – demeurent fidèles à la constitution conciliaire sur la liturgie. Par contre, il n’est pas rare que jusque dans le fin fond de nos campagnes, on pratique dans ce domaine un œcuménisme sans retenue. Loin de moi de manifester une intolérance démesurée vis-à-vis de frères et de sœurs plus traditionnels, que je fréquente volontiers.
Je préfère certes l’apaisement aux relations houleuses. Cependant, ordonné prêtre en 1953, je ne voudrais pas paraître extraordinaire en célébrant le rite conciliaire, c’est-à-dire ordinaire.
Père Daniel Guette (Oise)

(…) Aujourd’hui, quelles que puissent être nos préférences, il faut néanmoins convenir que la question du latin semble désormais, en France, secondaire, tant cette culture liturgique est inconnue de beaucoup de catholiques ou bien oubliée. Le latin a perdu grandement du terrain. La messe, même sans latin, aussi d’ailleurs. Alors est-ce pour mettre du baume au cœur de la version catholique des soixante-huitards attardés, emmurés dans leurs certitudes totalitaires, et qui semble restés bien seuls dans leurs églises et veulent oublier leur insignifiance actuelle, que votre journal revient de cette façon si ambivalente sur le sujet ?
Christian Detreille (Aisne)

(…) Comment être « en communion » avec ceux qui sont adeptes de la messe en latin si c’est pour en arriver à la description qui m’a été faite par un prêtre. L’une des paroissiennes, après une messe en latin, lui a fait une liste interminable des « innombrables erreurs » qu’il avait commises tout au long de la messe. Elle n’y allait que pour surveiller le respect littéral des « rubriques » imposées par le Missel de saint Pie X. De quelle religion est-on quand on « assiste » (car chez eux on « assiste » toujours à la messe, on ne « participe » pas) à une messe dans le but exclusif de critiquer le prêtre ou de lui attribuer une bonne note sur le respect littéral des « rubriques » ? Non, décidément, je ne peux pas me reconnaître dans ce christianisme ni ce catholicisme. Je contribue à la construction de l’Église décrite par le pape François dans « la joie de l’évangile », et j’invite le plus grand nombre de lecteurs à le soutenir et à œuvrer dans ce sens. En utilisant nos langues maternelles pour le célébrer et le louer.
A. V.

En voyant la première page de La Croix du 7 juillet j’ai eu un coup au cœur ! Encore cette histoire du latin et des intégristes qui revient, où est donc le concile Vatican II et son ouverture au monde?
Puis, en parcourant les pages suivantes, l’accueil des mineurs étrangers qui explose mais qui est organisé au mieux, les 309 Afghans accueillis à Serquigny et les passionnantes pages sur la ferme de Moyembrie dans l’Aisne accueillant les détenus en fin de peine, pour leur permettre de reprendre pied dans la vie normale, je me suis dis que grâce à La Croix les belles choses sont mises en avant et que l’amour, l’amitié, le partage, signes de la présence du Christ parmi nous, trouvent leur place, toute leur place dans les nouvelles du jour.
Bravo, nous avons tous besoin d’apprendre ou de réapprendre que l’espérance est une vertu impérissable et que tous les hommes et toutes les femmes, chrétiens ou non, ont à apprendre à vivre ensemble, quel que soit leur chemin personnel, pour construire un monde pacifié ou règnent le partage et l’amitié.
Philippe Gonord (Seine-et-Marne)

19 juillet 2017

1979 /// [Mgr Schmitt, évêque de Metz] A propos du missel de saint Pie V

SOURCE - Mgr Schmitt, évêque de Metz - via La Porte Latine - décembre 1979

Sous ce titre, Mgr SCHMITT, évêque de Metz, a publié dans le bulletin de son diocèse (Eglise de Metz, décembre 1979) la note ci-après à la suite des remous suscités par l'interdiction de messes « traditionalistes » dans une salle prêtée par la municipalité communiste de Thionville (1):
De récentes informations sur des messes dites « traditionalistes » célébrées en notre diocèse ont suscité bien des émotions et des confusions parmi les membres de nos communautés ecclésiales.

Le moment semble vertu de dissiper les malentendus et de dire, au nom de l'Eglise, les véritables enjeux des oppositions à la réforme du missel romain, promulguée par Paul VI. Il n'est pas sain de laisser subsister certaines ambiguïtés.

Les enjeux sont graves. Ils ne concernent pas seulement la prière de l'Eglise. Ils concernent toute notre façon de nous situer dans l'aujourd'hui de l'Eglise et du monde. Notre foi en Jésus-Christ, sauveur des hommes d'aujourd'hui, comme notre foi en la signification de l'Eglise sont en cause.

L'aujourd'hui est difficile. Tout semble aller à la dérive. Les mutations sont si rapides, les changements si profonds, que beaucoup en éprouvent du vertige.

Mais a-t-on le droit de prendre prétexte de cette insécurité pour semer autour de soi le doute sur la fidélité de l'Eglise à son Seigneur et de provoquer une crise de confiance à l'égard de ses légitimes pasteurs? La façon dont l'Eglise vit et célèbre sa foi doit être au-dessus de toute contestation.
Les Conciles et le renouveau de l'Eglise
En période de crise, lorsqu'elle est mise en présence de choix qui engagent gravement sa cohérence avec l'Evangile et son avenir parmi les hommes, c'est toujours par la prière que l'Eglise commence.

Il en fut ainsi à la Pentecôte. Il en fut ainsi au Concile de Trente. Il en fut ainsi à Vatican II.

C'est pour faire aboutir les réformes exigées par la grave crise que l'Eglise traversait au moment de la Renaissance que le Concile de Trente avait demandé une révision des livres liturgiques. C'est saint Pie V qui, reprenant et réorganisant la tradition, a réformé le missel romain. Comme il le dit dans la Constitution Quo primum qui ouvre le missel rénové, sa visée était « la norme et les rites des Saints-Pères ».

Un liturgiste peu suspect de progressisme, Dom Paul Nau, moine de Solesmes, n'hésite pas à reconnaître les limites de cette réforme.

« Limitée par l'insuffisance d'information, par le climat de controverses où elle était accomplie, comme par la perte du sens de l'Eglise et l'individualisme de la « devotio moderna », la réforme de saint Pie V, malgré l'assainissement qu'elle apportait, restait encore loin du retour annoncé « aux normes des anciens Pères »; elle allait même, par la priorité donnée dans ses rubriques à la messe basse, donner un nouvel appui à l'erreur tendant à faire considérer la messe, acte cultuel public par excellence, comme une dévotion privée du prêtre, à laquelle les fidèles seraient invités non à prendre part mais seulement à assister... Ces exemples suffiront pour faire entendre quel long chemin restait encore à parcourir pour atteindre le but assigné par saint Pie V à sa réforme. » (2)

En même temps qu'à l'autorité de saint Pie V, les chrétiens dits « traditionalistes » en appellent volontiers à celle de saint Pie X. Qu'en est-il dans les faits? Dès son élévation au pontificat suprême, saint Pie X envisagea une réforme générale des prescriptions liturgiques. Ses invitations à la communion fréquente et à l'admission précoce des enfants à la première communion sont connues de tous. Mais ses projets étaient bien plus vastes. Dans un Motu proprio de 1913, il écrivait: « Il faudra un grand nombre d'années avant que cet édifice liturgique [...] apparaisse nettoyé de la crasse du temps et de nouveau resplendissant de dignité et de belle ordonnance. »

Interrompue par les deux guerres mondiales, l'oeuvre de saint Pie X fut vigoureusement reprise par Pie XII. C'est à lui que nous devons l'autorisation des messes du soir, l'adoucissement des règles du jeûne eucharistique, la réforme de la vigile pascale et des offices de la Semaine sainte, une simplification des rubriques.

Ce que saint Pie V avait fait pour le Concile de Trente, Paul VI l'a fait pour traduire dans les actes les grandes orientations du Concile de Vatican II. Sa réforme est l'aboutissement de plus de soixante années d'un mouvement liturgique particulièrement riche. Elle est l'aboutissement aussi d'une exploration plus approfondie et plus complète des sources chrétiennes, rendue possible grâce au renouveau biblique, patristique et historique. C'est bien dans la volonté de mieux assumer, dans la prière de l'Eglise, toutes les richesses de la tradition, que Paul VI a réformé le missel romain. C'est aussi pour rejoindre la nouveauté de l'homme et pour permettre à l'Eglise de célébrer sa foi avec un maximum de vérité humaine, mais surtout avec un maximum de vérité évangélique.

Si Paul VI a demandé à tous les membres de l'Eglise d'adopter sa réforme, ce fut, comme saint Pie V; au nom du ministère qu'il assurait au sein de l'Eglise comme successeur de Pierre. Et s'il l'a fait, c'est pour la même raison: l'unité.
Les enjeux ne sont pas ceux que l'on pense
On le pressent: dans les polémiques actuelles il s'agit de tout autre chose que d'une querelle pour ou contre le latin.

Certes, il n'existe pas de langue « sacrée ». Mais comment l'Eglise interdirait-elle le latin? Comment interdirait-elle le grégorien qui, avant de faire partie du patrimoine culturel de l'humanité, fait partie du patrimoine spirituel de l'Eglise?

Tous les dimanches, à la cathédrale et en de nombreuses paroisses du diocèse, la grand-messe continue à être chantée en grégorien, afin de rejoindre tous ceux que la culture et la sensibilité portent à exprimer leur prière dans une langue qui a souvent été identifiée à l'Eglise. Les chants en latin permettent aussi aux fidèles de passage, qui souvent ne parlent pas notre langue, de n'être pas trop dépaysés dans l'assemblée. Cela fait partie de cette très ancienne tradition d'hospitalité eucharistique, qui montre que cette communauté chrétienne, aussi unie soit-elle, n'est jamais aussi unie que lorsqu'elle est capable d'être ouverte à l'universel.

Si l'Eglise permet désormais l'utilisation de la langue courante, c'est en fidélité à l'événement de la Pentecôte. La communauté des disciples de Jésus-Christ est en cohérence avec l'événement qui la fonde lorsqu'elle rejoint tous les hommes, toutes les cultures. Il importe grandement que la parole de Dieu puisse être entendue dans toutes les langues parlées par les hommes. Il importe grandement que l'Eucharistie puisse être célébrée avec un maximum de participation de la part de l'assemblée, dans une grande fête pour Dieu qui soit aussi une grande fête pour l'homme.

Il est faux de prétendre que l'Eglise interdit de célébrer la messe en latin. Elle demande, certes, que désormais on utilise le nouveau missel, mais celui-ci comporte une édition latine. Les prêtres âgés ou infirmes qui sont dans l'impossibilité de s'adapter au nouveau missel peuvent être autorisés par leur évêque à se servir de l'ancien missel. A une condition toutefois, qu'il s'agisse de célébrations privées, c'est-à-dire sans assistance de peuple.
En demandant aux fidèles d'utiliser désormais le Missel de Paul VI il ne s'agit pas de jeter le discrédit sur le Missel de saint Pie V
Il serait monstrueux de prétendre que pendant quatre siècles l'Eglise a célébré sa foi dans l'incohérence. Il serait tout aussi monstrueux de jeter un soupçon sur l'oeuvre de Vatican II, de prétendre que le nouveau missel n'est pas conforme à la foi, ou du moins qu'il est ambigu et favorise l'hérésie. II serait également absurde de prétendre que Paul VI n'a pas le droit de changer les formes de célébration de la messe, sous prétexte que saint Pie V nous les a données à perpétuité.

Comme si le temps de l'Eglise s'était arrêté au XVIe siècle! Comme si le grand fleuve de la tradition s'était épuisé au Concile de Trente! Comme si le Dieu des chrétiens était un Dieu figé! Comme si la foi des chrétiens était vouée à une morne répétition! Comme si l'âge d'or de l'Eglise était dans le passé! Comme si la vivante mémoire de l'Eglise, autant que de son passé, n'était pas chargée d'avenir!...

L'Eucharistie que nous célébrons aujourd'hui est substantiellement la même que celle célébrée par les chrétiens de la Renaissance et ceux des tout premiers siècles de l'Eglise.

Bien loin d'altérer la messe de toujours, la réforme commencée par saint Pie V et continuée par Paul VI est caractérisée par une volonté de ressourcement et de fidélité aux origines qui comporte en elle-même l'adaptation aux besoins des fidèles.

Le Concile de Trente, sans cesse invoqué comme une autorité par les détracteurs de la messe de Paul VI, est très clair à ce sujet. Le saint Concile déclare [...] que l'Eglise a toujours eu le pouvoir, dans l'administration des sacrements, restant sauve leur substance, de statuer et de changer ce qu'elle jugerait selon la variété des temps et des lieux le plus expédient pour l'utilité de ceux qui les reçoivent, ou pour le respect dû aux sacrements. (Session XXI Dz. 931.) Pie XII déclarait dans le même sens, à propos des sacrements: « Tous savent que ce qu'elle a établi, l'Eglise peut aussi le changer et l'abroger. » (AAS, 1948 XL, p. 5.)
Mais alors, pourquoi interdire la messe de saint Pie V?
Avec la masse des catholiques, avec la plupart des évêques, voire le Pape lui-même, nous pourrions être tout disposés à laisser ceux qui le désirent célébrer l'Eucharistie selon l'ancien missel. L'essentiel en est d'ailleurs repris dans la Prière eucharistique n° 1 du nouveau missel.

Le drame est que certains font de l'ancien missel le symbole de leur opposition au Concile, le symbole de leur opposition à l'application qu'en font le Pape et les évêques du monde entier.

Comment ne pas percevoir l'invraisemblable et subtile perversion de la démarche!

Le corps sacrifié de Jésus et son sang versé transformés en moyen de protestation contre l'Eglise: est-ce honnête?

La tradition unanime reconnaît le lien sacramentel entre l'Eucharistie et l'Eglise. « Si l'Eglise fait l'Eucharistie, c'est l'Eucharistie qui fait l'Eglise. »

Utiliser l'Eucharistie, signe de l'unité de l'Eglise, pour mettre en péril cette unité, n'est-ce pas frapper l'Eglise en plein coeur? Depuis des siècles vaut l'adage: « Lex orandi, lex credendi » — la règle de la prière exprime la règle même de la foi.

Le refus de l'autorité d'aujourd'hui au nom de celle d'hier, le désaccord avec l'Eglise d'aujourd'hui au nom d'une tradition à laquelle on ne voue qu'un respect formel: est-ce honnête?

La tradition de l'Eglise en matière d'Eucharistie est attestée dès le IIe siècle par saint lgnace d'Antioche: « Que personne ne fasse rien de ce qui concerne l'Eglise en dehors de l'évêque. Que cette Eucharistie seule soit regardée comme légitime qui est célébrée sous la présidence de l'évêque ou de celui qu'il en a chargé. »

Lorsque des chrétiens se rassemblent pour célébrer l'Eucharistie en Eglise, le lien qui les unit ne réside pas dans leurs options culturelles ou sociopolitiques, mais dans leur foi commune. Dans une authentique communauté eucharistique, il n'y a « ni Juif, ni Grec, ni homme, ni femme, ni esclave, ni homme libre », mais des frères dans le Christ.

L'opposition à la messe de Paul VI risque d'entraîner une rupture de la communion ecclésiale, un émiettement de l'Eglise. Ce danger de rupture nous atteint profondément. A l'heure où les appels de l'Evangile se font si pressants dans le monde pathétique et passionnant qui est le nôtre, comment ne ressentirions-nous pas l'urgence, pour nous, de l'ultime prière de Jésus-Christ: « Que tous soient un, afin que le monde croie! »

A ma connaissance, les prêtres qui, en Moselle, célèbrent publiquement des messes dites « traditionalistes » sont étrangers au diocèse. Ils n'ont ni demandé, ni reçu aucune mission de l'évêque de Metz. Les groupes qui se rassemblent autour d'eux se mettent, de fait, en état de rupture avec l'Eglise, quelles que puissent être leurs intentions.

Il est de mon devoir d'inviter à la communion en Eglise tous ceux dont la bonne foi aurait été abusée, tous ceux qui souffrent devant les changements intervenus dans l'Eglise.

Il est également de mon devoir d'inviter à la même communion en Eglise ceux qui, dans leur zèle d'ouvrir des horizons nouveaux, risquent d'imaginer une Eglise à la mesure de leur impatience. J'attire leur attention sur le fait que le ministère de la célébration eucharistique implique une totale fidélité à l'Eglise. C'est à elle que Jésus-Christ a fait don du sacrement de son Corps et de son Sang.

J'ai pleine confiance en la bonne santé spirituelle des fidèles et des prêtres du diocèse. Je sais que la plupart ont déjà pris la mesure des enjeux. J'espère que les autres vont en prendre une meilleure conscience.

Nous avons tous à nous convertir pour être ensemble une Eglise tournée vers l'avenir, une Eglise qui veille dans l'attente de son Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.

Paul-Joseph SCHMITT, évêque de Metz.
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Notes

(1) La Croix (11 octobre 1979) a publié à ce propos l'information ci-après :
- Le sous-préfet de Thionville (Moselle) a demandé le 9 octobre au maire de la ville, M. Souffrin (PC), de ne plus mettre un local communal à la disposition des intégristes.
- Deux fois par mois, en effet, « l'Association Saint-Pie-V-Saint-Pie-X », célébrait la messe dans une salle communale, sans l'accord de l'évêque.
- Or cet accord, pour disposer d'un local communal en vue du culte, est requis par le Concordat qui régit l'ancienne Alsace-Lorraine, par la loi du 18 germinal, an X, et par le décret du 22 décembre 1812. Mgr Schmitt, évêque de Metz, a basé la requête adressée aux autorités préfectorales sur ces divers textes.
- Le président de « l'Association Saint-Pie-V-Saint-Pie-X » a déclaré: « C'est un scandale, une preuve d'intolérance. »
(2) Dom Paul NAU, le Mystère du Corps et du Sang du Christ, Solesmes 1976, p. 173-174.

18 juillet 2017

[Yves Chiron - Aletheia] Père Louis-Marie de Blignières, Le Saint-Esprit dans ma vie (recension)

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 17 juillet 2017

• Père Louis-Marie de Blignières, Le Saint-Esprit dans ma vie, Éditions Dominique Martin Morin (B.P. 263, 86007 Poitiers Cedex), juin 2017, 74 pages, 10,50 €.
C’est un petit traité de vie spirituelle, et de vie chrétienne tout court, qu’offre le Père de Blignières à qui veut s’en saisir. Mgr Macaire, qui est dominicain, et archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France depuis 2015, relève dans la roborative préface qu’il donne à ce petit livre : « Ce qui surprend dans ce texte théologique, c’est, dès le titre, l’usage de la première personne. On croit d’abord que l’auteur parle de lui. Ce qui ne doit pas être entièrement faux. […] Cependant, l’écriture est si fine et fait montre d’une telle pudeur qu’on ne tarde pas à saisir que le ”je” de l’auteur, à l’instar des grands maîtres comme saint Augustin dans ses Confessions, est un ”je” universel. Un ”je” qui est tout autant celui du lecteur qui veut bien se laisser séduire par le Saint-Esprit dans sa vie.»
    
Cet ouvrage d’apparence modeste est un vade-mecum accessible pour les pèlerins sur terre que nous sommes tous, en route «sur le chemin du bonheur éternel», à travers les méandres, les impasses et les déceptions de «ce monde trouble et vulgaire».
     
Le chemin le plus sûr vers la Vie éternelle, nous dit l’auteur, passe par la pratique des vertus et par le secours des sacrements, mais doit être éclairé par les béatitudes et les dons de l’Esprit Saint. Le Père de Blignières n’aligne pas les formules creuses. Dans une perspective originale, il entrelace béatitudes et dons de l’Esprit Saint en trois considérations : les béatitudes de la fuite du péché (avec le don de crainte, le don de piété et le don de science), les béatitudes de la vie active (avec le don de force et le don de conseil) et les béatitudes de la contemplation (avec le don d’intelligence et le don de sagesse). 
     
On ne peut résumer un tel livre, qui contient tant de vues claires et de distinctions (par exemple, p. 62-63, sur les différents types de sagesse). Les béatitudes sont à la fois un chemin et une promesse. Le Père de Blignières conclut: «Le Seigneur, dans l’énumération des béatitudes, marque une gradation dans les récompenses qu’il promet. Ces récompenses ne sont pas seulement pour demain: je les possède ici-bas en germe, de façon inchoative, et j’en jouirai parfaitement dans la Jérusalem céleste.»

17 juillet 2017

[Yves Chiron - Aletheia] Le lobby valtortiste

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 17 juillet 2017

Maria Valtorta [1897-1961] est une mystique italienne dont les très abondants écrits (plus de 15 000 pages manuscrites) sont tenus par certains comme «révélés». Elle aurait notamment reçu la révélation d’une Vie de Jésus.

L’édition de ces écrits, à l’initiative des éditions Pisani, a commencé en 1956, sans nom d’auteur et sous le titre anodin : Il poema di Gesu pour le premier volume, puis sous le titre Il poema dell’Umo-Dio pour les suivants. Les quatre premiers volumes ont été mis à l’Index librorum prohibitorum (Index des livres interdits) par décret du Saint-Office en date du 5 janvier 1960 1.

Ne tenant aucun compte de cette condamnation, le même éditeur a poursuivi l’édition italienne, qui compta dix volumes, et a engagé des traductions en diverses langues. La première traduction étant celle en espagnol publiée à partir de 1976
 . 
La traduction française, en dix volumes, est parue à partir de 1979 sous un titre sensationnaliste : L’Évangile tel qui m’a été révélé. Le titre français, théologiquement inacceptable, sera repris désormais pour les autres traductions et pour la nouvelle édition italienne.

L’édition des écrits de Maria Valtorta est devenue une véritable entreprise commerciale, l’éditeur Pisani assurant aussi la diffusion des livres dans les différents pays. En quelque soixante ans, quatre millions d’exemplaires de l’ouvrage auraient été vendus, en différentes langues.

Cet éditeur a décidé de faire réaliser une nouvelle traduction en français des écrits de Maria Valtorta. Il l’a confiée à Yves d’Horrer. Le premier volume de cette nouvelle traduction est paru en décembre 2016, les neuf autres ont suivi ou suivront.

Pour vendre cette nouvelle édition de fausses révélations, l’éditeur Pisani a engagé de grands moyens financiers et il a développé une stratégie marketing qui s’avère très efficace. Aujourd’hui c’est un véritable lobby qui œuvre non seulement auprès des médias, mais aussi dans l’Église, pour faire connaître les écrits de Maria Valtorta.

Je ne relève que les principales étapes de cette action de propagande valtortiste :

•  Une conférence de presse a été organisée le 23 mars dernier, dans un salon de la mairie du VIe arrondissement de Paris, pour présenter le 1er volume de la nouvelle traduction française. Ont pris successivement la parole pour louer les écrits de Maria Valtorta : Benoît de Fleurac, qui fait office d’attaché de presse et de chargé de la communication pour cette nouvelle édition française; Daniel Fiorletta, représentant des éditions Pisani; Yves d’Horrer, le traducteur; François-Michel Debroise, qui a écrit deux livres consacrés à Maria Valtorta avec l’abbé René Laurentin; le Père Yannik Bonnet, qui a été pendant quarante ans chef d’entreprise avant d’être ordonné prêtre en 1999 – il a expliqué comment la lecture de Maria Valtorta « a changé sa vie » et il est un collaborateur régulier de L’Homme nouveau. Est intervenu aussi Florian Boucansaud, ancien footballeur professionnel, converti en 2013 – il a découvert l’œuvre de Maria Valtorta en 2015.

Cette conférence de presse a duré plus d’une heure et demie, en présence d’une dizaine de journalistes.

L’action de Benoît de Fleurac n’a pas été sans effet puisque, entre autres, un prêtre, homme de grande culture et docteur en philosophie, l’a invité à parler de Maria Valtorta pendant une demi-heure dans son émission de radio, tout en reconnaissant n’avoir pas encore lu le livre...

• L’Association Maria Valtorta a organisé, en mai dernier, deux «Journées nationales» dans des paroisses parisiennes, selon un modèle bien établi: le matin, messe, rosaire, repas; l’après-midi, conférences et témoignages. L’entrée était gratuite. Le but était de faire connaître les écrits de Maria Valtorta et de les vendre. Outre la nouvelle traduction française de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, sont vendus une multitude de produits ”valtortistes“. Sont en cours de parution une édition adaptée et illustrée pour les enfants et une autre édition «simplifiée» (en 20 volumes!) «avec les dialogues authentiques, sans les longues descriptions ni les longs discours» (sic). Est en préparation encore une édition en bandes dessinées.

• Enfin, depuis le mois de juin, l’Association Maria Valtorta offre le tome 1 de la nouvelle traduction de L’Évangile tel qu'il m’a été révélé à tout prêtre qui en fera la demande. Il suffit d’envoyer un mail avec son adresse. L’association espère bien sûr que ces prêtres, devenus fervents admirateurs de Maria Valtorta, seront les meilleurs ambassadeurs de ses livres auprès de leurs fidèles.

Toute cette action de marketing pourrait être louable, tout cet effort serait admirable s’il s’agissait de messages dont l’Église avait reconnu le caractère surnaturel. Or, pour l’Église, les écrits de Maria Valtorta ne sont qu’une «vie de Jésus mal romancée». 

C’est le titre de l’article qui est paru dans L’Osservatore romano, le 6 janvier 1960, le jour-même où est paru le décret de mise à l’Index déjà mentionné. Le journal du Vatican estimait que «le lecteur qui lira attentivement ces volumes n’y découvrira rien d’autre qu’une longue et prolixe vie romancée de Jésus. [...] Avant tout, le lecteur sera frappé de l’étendue des discours attribués à Jésus et à la Très Sainte Vierge, des interminables dialogues entre les nombreux personnages qui pullulent dans ce livre.2» L’auteur relevait aussi «quelques pages plutôt scabreuses» qui «font penser à des descriptions et des scènes de romans modernes». Il signalait également «quelques perles qui ne brillent certainement pas par l’orthodoxie catholique».

À une date plus récente, le 9 septembre 1988, le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, interrogé par une fidèle canadienne, faisait répondre par son secrétaire privé, Mgr Clemens, que la grande œuvre de Maria Valtorta est «un ensemble de fantaisies enfantines, d’erreurs historiques et exégétiques, le tout présenté dans un contexte subtilement sensuel»

On signalera aussi que l’abbé Gérard Herrbach, de la Fraternité Saint-Pie X, avait donné une longue analyse critique des écrits de Maria Valtorta dans Des visions sur l’Évangile (Éditions du Communicantes, Québec, 1993, p. 84-156). L’ouvrage a été réédité par les éditions Fideliter en 19933.

Yves Chiron
  1. Acta Apostolicae Sedis, LII, 1960, p. 60; trad. fr. La Documentation catholique, n° 1321, 7 février 1960, col. 146.
  2. Les exégètes valtortistes se flattent que quelque 750 personnages soient évoqués ou cités dans L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, et qu’un tiers d’entre eux aient une existence attestée par des sources historiques.
  3. L’ouvrage est toujours disponible aux Éditions Clovis (B.P. 118, 92153 Suresnes Cedex), 164 pages, 10,50 €.

[FSSPX Actualités] Congrès du Mouvement catholique des familles les 7, 8 et 9 juillet 2017

SOURCE - FSSPX Actualités - 13 juillet 2017

Du 7 au 9 juillet 2017, le Mouvement catholique des familles (MCF) organisait son congrès annuel à l’école Saint-Michel, à La Martinerie, près de Châteauroux (Indre), sur le thème « Culture et communication dans nos familles ». 

Ce congrès réunissait 120 participants, accompagnés de 180 enfants, venus de toute la France. Pendant que les parents assistaient aux conférences ou se rendaient aux divers stands, les Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X s’occupaient des petits, aidées par les aînés, dans une atmosphère familiale qui fit l’édification de tous.

Parmi les intervenants qui se succédèrent à la tribune : Laurent Dandrieu, journaliste à Valeurs actuelles, Reynald Secher, journaliste et écrivain, et plusieurs responsables du MCF. Le site internet du Mouvement résume en ces termes ce congrès particulièrement réussi : " Ces trois jours ont été axés sur l’importance de transmettre à nos enfants notre héritage culturel, historique, religieux, philosophique et familial, les parents y recevant des outils pratiques pour éduquer au Beau et au Vrai dans un environnement hostile, et de plus en plus numérique… "

Placé sous le patronage de Notre-Dame de Pontmain, le Mouvement catholique des familles entend répondre à l’appel de Pie XII : « Que faire ? Ce que nous ne cessons de recommander sans relâche, est d’unir entre elles les familles en un front solide », et à celui de Mgr Marcel Lefebvre invitant, en 1979, à former une « Croisade des familles chrétiennes ». 

Mouvement catholique des familles: 77 rue Claude Bernard – 75005 Paris – Tél : 01 75 50 84 86 – Courriel : contact@m-c-familles.fr – Site Internet : m-c-familles.fr

[JP Maugendre, abbé Barthe, JR du Cray - Terres de Mission - TV Libertés] Les 10 ans du motu proprio

SOURCE - JP Maugendre, abbé Barthe, JR du Cray - Terres de Mission - TV Libertés - 16 juillet 2017

Eglise universelle : Nouvel acte d’autoritarisme du pape François contre un opposant à Amoris Laetitia : la révocation du cardinal Muller
Le dernier jour de son mandat de cinq années à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la Foi le cardinal Muller a appris, contre tous les usages, en 1′ de la bouche du pape qu’il n’était pas prorogé dans son poste bien qu’il n’ait pas atteint la limite. Monsieur l’abbé Barthe explique les raisons probables de cette disgrâce que le cardinal a très mal vécue s’en ouvrant à la presse allemande et demandant que les principes de la doctrine sociale de l’Eglise soient aussi appliqués aux membres de la curie romaine. Un nouvel opposant à Amoris Laetitia est frappé.

Eglise en France : les évêques et les élections
A l’occasion des récentes élections présidentielles de nombreux évêques se sont exprimés sur ce sujet en complément du document de la conférence des évêques de France : Retrouver le sens du politique. Majoritairement l’épiscopat français continue à privilégier “l’accueil de l’autre” par rapport aux questions sociétales liées à la défense de la vie et aux trois points dits non négociables énoncés par Benoît XVI. Jacques-Régis Ducray dresse le bilan de ces déclarations épiscopales.

Eglise en marche : Les 10 ans de Summorum Pontificum à Notre-Dame de Paris
A l’occasion du dixième anniversaire du motu proprio de Benoît XVI, Summorum Pontificum, permettant à tout prêtre de l’Eglise latine de célébrer la messe selon la forme extraordinaire du rite romain une messe selon cette forme a été célébrée à la cathédrale de Paris le 7 juillet 2017. L’abbé Barthe dresse le bilan de cette célébration ainsi que celui de l’application depuis 10 ans du motu proprio dans le diocèse de Paris.
   

2016 / [Abbé Paolo Pasqualucci - Le Courrier de Rome] L'éloge scandaleux de Luther fait par le Pape Bergoglio, sur la justification

SOURCE - Abbé Paolo Pasqualucci - Le Courrier de Rome - septembre 2016

Lors de la conférence de presse accordée par Bergoglio dans l'avion qui le ramenait de sa visite en Arménie, interrogé à propos des célébrations avec les luthériens pour le cinquième centenaire de la Réforme protestante, celui-ci a déclaré :
« Je crois que les intentions de Martin Luther n'étaient pas mauvaises. À cette époque l'Église n'était pas vraiment un modèle à imiter : il y avait de la corruption, il y avait de la mondanité, il y avait de l'attachement à l'argent et au pouvoir. C'est pourquoi il a protesté. De plus il était intelligent et il a fait un pas en avant, en justifiant pourquoi il le faisait. Et aujourd'hui luthériens et catholiques, avec tous les protestants, nous sommes d'accord sur la doctrine de la justification : sur ce point si important, il ne s'était pas trompé. Il a fait un « remède » pour l'Église, puis ce remède s'est consolidé en un état de choses, en une discipline, etc. (1) .»
Ce qui frappe comme un authentique coup de massue, dans ces paroles, c'est l'affirmation qu'aujourd'hui, après des décennies de « dialogue », catholiques et protestants, luthériens ou non, sont d'accord sur la doctrine de la justification. Les catholiques concorderaient aussi en soutenant que « sur ce point si important Luther ne s'était pas trompé ».

Mais cette question n'a-t-elle pas toujours été l'un des points de complète rupture de Luther avec la doctrine enseignée au cours des siècles par l'Église ? C'est-à-dire le fait qu'il ait répandu une doctrine du salut, ou de la « justification du pécheur » face à Dieu, par l'intermédiaire de la seule foi , en excluant l'apport des œuvres et donc de notre livre arbitre. Le Concile de Trente, en conclusion de son Décret sur la justification , le 13 janvier 1547, prononça 33 anathèmes avec les canons correspondants, dont le 9ème affirme :
« Si quelqu'un dit que l'impie est justifié par la seule foi, entendant par là que rien d'autre n'est requis pour coopérer à l'obtention de la grâce, et qu'il ne lui est en aucune manière nécessaire de se préparer et disposer par un mouvement de sa volonté : qu'il soit anathème (2) .»
Il est notoire que la doctrine condamnée ici est celle de Luther. Et à présent le Pape en personne vient nous dire que « sur ce point si important Luther ne s'était pas trompé ? Quel compte le Pontife actuel tient-il des définitions expressément dogmatiques du Concile de Trente ? Aucun, manifestement. Mais il faut ajouter qu'il ne tient aucun compte de toute la doctrine de l'Église sur ce point, puisque le Concile de Trente n'a pas fait autre chose que réaffirmer, en l'expliquant et la clarifiant, la doctrine toujours professée par l'Église. Et il faut aussi se demander, face à des affirmations de ce genre : quel est le niveau de préparation théologique du Pape Bergoglio ?

Toutefois, ces deux stupéfiantes déclarations du Pape ne doivent pas nous surprendre tant que cela. Il ne fait pas autre chose que tirer les conclusions évidentes et explicites de ce qui est affirmé dans la Déclaration conjointe sur la justification , perfectionnée il y a peu de temps en vue d'un « dialogue œcuménique » avec les Luthériens, initié en 1994 dans l'intention précisément d'arriver à une Déclaration de ce genre ; dialogue qui s'est par conséquent développé avec la complète approbation des deux Papes précédents : Jean- Paul II et Benoît XVI . S'y sont-ils explicitement opposés ? N'est-il pas normal de pointer leur complicité sur ce point ?

L'extraordinaire éloge du Pape François envers Luther, éloge portant sur la doctrine hérétique de ce dernier , montre à quel point est vraie la récente déclaration de Mgr Bernard Fellay, Supérieur Général de la FSSPX, qui affirme que l'Église est aujourd'hui dévastée par de multiples et graves erreurs, enseignées par les Pasteurs eux-mêmes, y compris le Pape .

Des vérités fondamentales sont niées ou vidées de leur sens, on cherche l'accord doctrinal explicite avec les hérétiques et les schismatiques, l'Autorité Suprême fait même ouvertement l'éloge des fondements mêmes de leurs doctrines ! En effet, l'hérésie de la sola fidescomme pourvoyeuse de salut, sans qu'il soit besoin du concours des œuvres méritoires que Dieu veut de nous, avec l'obéissance aux Dix Commandements, et donc avec la coopération de notre libre arbitre à l'œuvre de la Grâce en nous, constitue le principe fondamental de tout le système luthérien et même de tout le Protestantisme.

Défenseurs de la foi, où êtes-vous ? Combien de temps encore allez-vous vous taire ?
Pr. Paolo Pasqualucci - Le Courier de Rome n° 591
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(1) Texte repris par le site Riscossa Cristiana , article de M. FAVERZANI de juin 2016, p. 2 de 2 : originellement sur le site Corrispondenza Romana. Le texte reproduit le parler libre du Pape, dans son italien souvent malheureux, tel qu'il est rapporté par la presse internationale. C'est moi qui souligne le passage en italique.

(2) GIUSEPPE A LBERIGO (sous la direction de) Decisionidei Concili Ecumenici ( Décisions des Conciles Œcuméniques ), tr. It. Rodomonte Galligani, UTET, 1978, p. 553 ; DS 819/1559.

[Abbé Raphaël d'Abbadie, fsspx - Le Petit Eudiste] Monseigneur Lefebvre et la nouvelle messe

SOURCE - Abbé Raphaël d'Abbadie, fsspx - Le Petit Eudiste - mars 2017

On sait que la nouvelle messe a été élaborée avec l'aide d'«observateurs» protestants, afin de ne pas déplaire aux «frères séparés» qui haïssent le Saint-Sacrifice de la Messe. Si Mgr Lefebvre n'a pas manqué de réagir très tôt à la nocivité de cette réforme, en prenant une part active à la rédaction du Bref examen critique des Cardinaux Ottaviani et Bacci 1, il lui a fallu néanmoins plusieurs années pour arriver à la position qui est aujourd'hui celle la Fraternité. Cet article tente d'en exposer l'évolution.
   
Notons tout d'abord que ce long temps nous dévoile toute la prudence pastorale de l'archevêque missionnaire, qui se trouve face à un problème absolument nouveau dans l’Église, et pour le moins épineux: ce nouveau rite est empreint d'une ambiguïté calculée pour contenter les hérétiques, ambiguïté qui ne le rend cependant pas strictement invalide ou formellement hérétique… Comment un fidèle doit-il réagir face à un tel rite, qui plus est promulgué par le pape Paul VI? Faudrait-il, pour demeurer bon catholique, devenir protestant? La réponse de Monseigneur s'appuie sur une constatation des faits (qu'il avait d'ailleurs prévus): les fruits de cette réforme ont produit (et produisent encore), au fur et à mesure des années, toute leur amertume. Aussi l'attitude du fondateur de la Fraternité devient-elle à son tour de plus en plus catégorique. Pour plus de clarté, il nous a semblé bon de distinguer trois périodes dans l'évolution de l'attitude de Mgr Lefebvre.
Première période: un nouveau rite périlleux qui ne supprime pas la messe de toujours (1969-1974)
Dès la mise en application du novus ordo, en novembre 1969, Mgr Lefebvre annonce à ses séminaristes qu'il gardera la Messe traditionnelle 2. Il ne fait qu'user du délai donné par Rome, qui ne compte rendre la réforme obligatoire qu'à la fin de l'année 1971. Mais arrivé à cette date, il explique son refus de la réforme: «Si jamais nous prenions le novus ordo missae, nous n'aurions plus de vocations: l'arbre se dessécherait comme si on avait mis la hache à la racine.» 3 Cependant, il estime encore qu'au cas où un fidèle ne peut assister à une messe de toujours, il ne peut pour autant se dispenser de la nouvelle messe, du moment qu'elle est célébrée par un prêtre «digne et fidèle» 4. Cette précision est importante, car dans son acuité théologique et doctrinale, Monseigneur dénonce dès 1971 le danger inhérent à cette réforme protestantisante: «On peut donc se demander très légitimement si insensiblement la foi catholique dans les vérités éternelles de la Messe disparaissant, la validité des Messes ne disparaît pas aussi. L'intention du célébrant portera sur la nouvelle conception de la Messe qui, dans peu de temps, ne sera autre que la conception protestante. La Messe ne sera plus valide.» 5 Ce qu'il confirme en 1973: «Il est entendu que notre attitude deviendra de plus en plus radicale au fur et à mesure que le temps passe, l'invalidité se répandant avec l'hérésie.» 6 Et en 1975, il apporte cette effrayante précision: «Tous ces changements dans le nouveau rite sont vraiment périlleux, parce que peu à peu, surtout pour les jeunes prêtres, qui n'ont plus l'idée du Sacrifice, de la présence réelle, de la transsubstantiation et pour lesquels tout cela ne signifie plus rien, ces jeunes prêtres perdent l'intention de faire ce que fait l'Eglise et ne disent plus de messes valides. Certes les prêtres âgés, quand ils célèbrent selon le nouveau rite, ont encore la foi de toujours. Ils ont dit la messe avec l'ancien durant tant d'années, ils en gardent les mêmes intentions, on peut croire que leur messe est valide. Mais dans la mesure où ces intentions s'en vont, disparaissent, dans cette mesure, les messes ne seront plus valides.» 7
Deuxième période: un nouveau rite nocif qui ne peut obliger (1974-1979)
C'est le 5 mai 1975, en la fête de saint Pie V, que Monseigneur a pris la résolution de maintenir coûte que coûte la Messe traditionnelle 8. Son jugement devient alors plus catégorique quant à la nouvelle messe: «elle n'oblige pas pour l'accomplissement du devoir dominical.» 9 Cela semble une application de sa célèbre Déclaration du 21 novembre 1974, qu'il n'est pas inutile de rappeler. Il y affirme son adhésion «à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité», mais aussi son refus «de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le Concile Vatican II et après le Concile dans toutes les réformes qui en sont issues. Toutes ces réformes, en effet, ont contribué et contribuent encore à la démolition de l’Église, à la ruine du sacerdoce, à l'anéantissement du Sacrifice et des sacrements, à la disparition de la vie religieuse […] Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l'Eglise depuis dix-neuf siècles. [...] Cette réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d'adopter cette réforme et de s'y soumettre de quelque manière que ce soit. La seule attitude de fidélité à l’Église et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d'acceptation de la réforme.[...]» 10 Le 29 août 1976, dans son homélie célèbre qu'il prononce à Lille, Monseigneur ne mâche pas ses mots et traite le nouveau rite de «messe bâtarde». Il s'en explique: «C'est précisément parce que cette union voulue par les libéraux, entre l’Église et la Révolution et la subversion, est une union adultère, que de cette union adultère ne peuvent venir que des bâtards! Et qui sont ces bâtards? Ce sont nos rites, le rite de la nouvelle messe est un rite bâtard! Les sacrements sont des sacrements bâtards: nous ne savons plus si ces sacrements donnent la grâce ou ne la donnent pas.» 11 Si de tels propos choquent aujourd'hui nos mentalités modernes et leur semblent scandaleux, rappelons-nous qu'ils ne sont que le fruit d'une légitime indignation. Le véritable scandale réside dans la réforme elle-même qui, en usurpant les titres de la Messe de toujours, dénature le Saint-Sacrifice, coupe les âmes de la grâce et les éloigne de la foi. Aussi le jugement de Mgr Lefebvre se fait de plus en plus sévère: il s'agit de préserver ceux qui n'ont pas encore été contaminés par le virus moderniste de cette réforme: «Nous conformant à l'évolution qui se produit peu à peu dans l'esprit des prêtres, nous devons éviter, je dirais presque d'une manière radicale, toute assistance à la nouvelle messe.» 12 Seules certaines exceptions sont admises: «C'est un devoir de s'abstenir habituellement, de n'accepter une assistance que dans des cas exceptionnels: mariage, enterrements, et que si l'on a la certitude morale que la messe est valide et non sacrilège.» 13 L'année suivante, Mgr Lefebvre précise encore, toujours en se fondant sur la réalité, l'attitude à tenir vis-à-vis de la nouvelle messe: «Elle est donc dangereuse, surtout pratiquée régulièrement. Elle amenuise et corrompt la foi lentement, mais sûrement. On ne pourrait donc y assister que rarement et pour des motifs graves, en s'efforçant d'éviter tout ce qui nous obligerait à quelques concessions odieuses...» 14 On voit poindre la distinction classique que l’Église donne pour l'assistance aux rites non-catholiques, et que Monseigneur appliquera à la nouvelle messe dès 1979. C'est ce qui va maintenant être l'objet de notre étude.
Troisième période: un nouveau rite nocif auquel on ne peut participer (à paartir de 1979)
Dans une note sur le novus ordo missae et le pape, écrite en 1979, Mgr Lefebvre rappelle et clarifie encore la position de la Fraternité vis-à-vis de la réforme liturgique: «Ces messes nouvelles non seulement ne peuvent être l'objet d'une obligation pour le précepte dominical, mais on doit à leur sujet appliquer les règles de la théologie morale et du Droit canon qui sont celles de la prudence surnaturelle par rapport à la participation ou l'asssistance à une action périlleuse pour notre foi ou éventuellement sacrilège.» 15 Monseigneur ne veut pas pour autant juger de la faute subjective de ceux qui participent à de telles messes 16. Mais en faisant appel aux règles du Droit canon, il s'appuie sur le canon 1258. Celui-ci interdit l'assistance active à un rite acatholique (c'est-à-dire y participer comme les adeptes de ce rite), mais permet, dans certains cas exceptionnels (civilité lors d'un enterrement etc.), une assistance purement passive, à condition que le scandale soit écarté. Notons au passage que ce canon est complété par le canon 2316, qui considère comme suspect d'hérésie celui qui assiste activement à un rite acatholique. On voit comment Monseigneur juge désormais le nouveau rite: il doit être assimilé aux rites des hérétiques et des schismatiques. Ce n'est que l'application de ce qu'il disait en 1974: «Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques.» 17 À ceux qui lui opposent qu'on ne peut empêcher un fidèle d'assiter activement à une nouvelle messe, du moment qu'elle est valide, Monseigneur répond désormais, fort du principe canonique que nous venons d'énoncer: «Détruisons immédiatement cette idée absurde: si la messe nouvelle est valide, on peut y participer. L’Église a toujours défendu d'assister aux messes des schismatiques et des hérétiques, même si elles sont valides. Il est évident qu'on ne peut participer à des messes sacrilèges, ni à des messes qui mettent notre foi en danger.» 18 Quant à ceux qui, reconnaissant l'excellence de la Messe traditionnelle, la trouvent simplement «meilleure» que le nouveau rite, ils sont, aux dires de l'archevêque, de «soit-disant ‘traditionalistes’...» Et il ajoute: «Nous n'acceptons absolument pas cela. Dire que la nouvelle messe est bonne, non! La messe nouvelle n'est pas bonne! Si elle était bonne, demain nous devrions la prendre, c'est évident!» 19 Non, pour Monseigneur, il n'y a pas d'égalité possible entre la Messe de toujours et la nouvelle messe. Elles sont diamétralement opposées. En effet, «la Messe est le drapeau de la foi catholique … [Elle] terrasse toutes les erreurs du protestantisme, de l’Islam, du Judaïsme, du modernisme, du laïcisme matérialiste, socialiste et communiste. Aucune erreur ne peut subsister face à notre sainte Messe catholique. La Messe est anti-œcuménique, au sens où s’entend l’œcuménisme depuis le Concile: union de toutes les religions dans un syncrétisme de prière sans dogmes, de moralité aux lois imprécises, s’accordant sur des slogans équivoques: droits de l’homme – dignité humaine – liberté religieuse. La messe nouvelle par contre est bien le drapeau de ce faux œcuménisme, qui représente l’anéantissement de la religion catholique et du sacerdoce catholique.» 20 Aussi, il confirmera en 1983 que «ce sont là des motifs plus que suffisants pour ne pas lui conférer les titres réservés à la Messe catholique de toujours, quels que soient les rites.» 21 Enfin, en 1985, Mgr Lefebvre s'adressera à tous les catholiques perplexes en ces termes qui résument ce que nous venons de dire: «Votre perplexité prend peut-être alors la forme suivante: puis-je assister à une messe sacrilège mais qui est cependant valide, à défaut d'autre et pour satisfaire à l'obligation dominicale? La réponse est simple: ces messes ne peuvent être l'objet d'une obligation ; on doit au surplus leur appliquer les règles de la théologie morale et du Droit canon en ce qui concerne la participation ou l'assistance à une action périlleuse pour la foi ou éventuellement sacrilège. La nouvelle messe, même dite avec piété et dans le respect des normes liturgiques, tombe sous le coup des mêmes réserves puisqu'elle est imprégnée d'esprit protestant.» 22
En conclusion
Nous avons pu suivre le long parcours de Mgr Lefebvre, qui n'a pas été aussi rapide que certains autres héros de la Tradition, pour arriver cependant aux mêmes conclusions qu'eux 23. Nous avons compris que son apparente lenteur a été liée à la complexité du nouveau rite lui-même. Mais ce délai ne peut qu'accroître sa crédibilité: un homme prudent, d'une foi éprouvée, a pris son temps pour juger d'une chose aussi grave. Nul ne pourra accuser Mgr Lefebvre de précipitation. La position qu'il a adoptée est sage, appuyée non seulement sur l'expérience des faits, mais sur les principes de l’Église de toujours. Ce héraut du Christ-Roi a donc su donner à la crise une réponse claire et sûre, parce que catholique. C'est qu'il avait compris que «Satan règne par l'équivoque et l'incohérence qui sont ses moyens de combat et qui trompent les hommes de peu de foi» 24. Aussi, dans ce même sillage et pour garder cette même fidélité, Mgr Fellay déclarait en 2006: «Tant que Vatican II et la nouvelle messe restent la norme, un accord avec Rome est un suicide.» 25 
-----NOTES----
  1. Cf. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais (Clovis, 2002) p. 419 et suivantes.
  2. Ibid. p. 441. 
  3. Ibid. p. 488. 
  4. Ibid. p. 442. Mgr Lefebvre insistera sur ce point en 1972 auprès de ses séminaristes: «S'il se trouve un prêtre pieux qui dise la messe nouvelle en la rendant aussi traditionnelle que possible, il est bon que vous y assistiez pour satisfaire au précepte dominical.» (Ibid. p. 490).
  5. Un évêque parle, DMM, p. 143. 
  6. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais (Clovis, 2002) , p. 490. 
  7. Un évêque parle, DMM, p. 285-286. 
  8. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais (Clovis, 2002) p. 508, note 3. C'était le jour même des funérailles du Père Calmel, grand défenseur de la Tradition. 
  9. Ibid. p. 490. 
  10. Déclaration du 21 novembre 1974, in Un évêque parle, DMM, p. 270 et suivantes. Il est à noter que deux ans plus tard, dans un livre d'entretiens préfacé par lui-même (Non, Entretiens de José Hanu avec Mgr Lefebvre, Stock, 1977), Monseigneur reconnaît avoir rédigé cette Déclaration sous le coup de l'indignation mais, ajoute-t-il, «cette déclaration demeure, en définitive, toujours plus actuelle et plus vraie à la lumière des fruits toujours plus amers du concile (p 209). 
  11. Sermon du 29 août 1976 à Lille, in Écône, Chaire de Vérité (Iris, 2015), p. 997-998. 
  12. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais (Clovis, 2002) , p. 491. 
  13. Le coup de maître de Satan (Saint-Gabriel, 1977), p. 46. 
  14. La Messe de toujours (Clovis, 2006), p. 392. 
  15. Ibid. p. 391. 
  16. Ibid. p. 397. 
  17. Déclaration du 21 novembre 1974, in Un évêque parle, DMM, p. 270 et suivantes. 
  18. Cf. La Messe de toujours (Clovis, 2006), p. 391.
  19. Ibid. p. 379. 20. Lettre aux Amis et Bienfaiteurs, février 1982. 
  20. Lettre aux Amis et Bienfaiteurs, mars 1983. 
  21. Lettre ouverte aux catholiques perplexes (Albin Michel 1985), p. 42-43. 
  22. Voici, à titre d'exemple, ce qu'affirmait Mgr de Castro Mayer en janvier 1970, soit un mois seulement après l'entrée en vigueur du novus ordo: «Après mûre réflexion, je suis convaincu qu'on ne peut pas participer à la nouvelle messe et même, pour y être présent, on doit avoir une raison grave. On ne peut pas collaborer à la diffusion d'un rite qui, quoique non hérétique, conduit à l'hérésie.» (Lettre de Mgr de Castro Mayer à Mgr Lefebvre, in Marcel Lefebvre, une vie, p. 441). 
  23. Le coup de maître de Satan (Saint-Gabriel, 1977), p. 9. 
  24. Vatican II, L'autorité d'un concile en question (Vu de Haut n°13, automne 2006) p. 8.

16 juillet 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] "Révolution française et traditionalisme (VII) : L'épiscopat"

Dans la partie précédente, je me suis efforcé de montrer, à partir du débat qui a opposé les canonistes Camus et Maultrot sur la question du schisme, que les constitutionnels, pour se laver de l’accusation de schisme, ont proposé de ce dernier terme une définition extrêmement restrictive : seuls seraient réellement schismatiques ceux qui ne reconnaissent pas le pontife romain comme chef visible de l’Eglise. A ces arguments Maultrot répond non seulement que le pape ne reconnaît pas les constitutionnels comme faisant partie de sa communion, mais aussi et surtout qu’il y a réellement schisme lorsque des fidèles refusent de communiquer avec leurs pasteurs légitimes pour courir après d’autres pasteurs. C’est ainsi l’établissement d’une hiérarchie parallèle qui apparaît aux yeux de Maultrot comme la preuve la plus tangible du caractère schismatique de l’Eglise constitutionnelle.

Cette partie sera donc consacrée aux réflexions sur l’épiscopat auxquelles la Révolution a pu donner lieu. Au printemps 1791, en raison du refus massif des évêques d’Ancien Régime de prêter le serment du 27 novembre 1790, on procède à l’élection et au sacre de dizaines d’évêques constitutionnels pour pourvoir aux sièges déclarés vacants par l’Assemblée Nationale. 

Gabriel-Nicolas Maultrot se révèle de nouveau l’un des adversaires les plus résolus de ces actes schismatiques. Ses considérations sur ce point n’ont probablement rien d’original (1), ce qui permet précisément de saisir quelles étaient les vues du camp réfractaire sur l’épiscopat.
     
Pour le canoniste, nourri des monuments de l’antiquité chrétienne, notamment de saint Ignace d’Antioche et de saint Cyprien, l’Eglise est bâtie sur les évêques légitimes. Les évêques répandus sur la terre le sont par la volonté du Christ (2). De même que Jésus-Christ n’a rien fait sans son Père, 
On ne doit rien faire […], sans l’évêque & le presbytere. Rien de tout ce qui se fait séparément ne peut être dans l’ordre (3).
Maultrot cite encore les « paroles terribles » de saint Cyprien, qui devraient donner autant à penser aux « résistants » d’aujourd’hui qu’aux constitutionnels d’hier :
Celui qui n’est pas avec l’évêque, n’est point dans l’église (4).
De même que le Christ n’a pas permis de faire descendre de la chaire de Moïse les scribes et les pharisiens qui y étaient assis, il n’est jamais permis de faire descendre un évêque légitime de son siège : les pasteurs légitimes le restent aussi longtemps qu’ils n’ont pas été dépouillés par un jugement ecclésiastique (5). Ainsi le pape Théodore, au VIIe siècle, estimait-il que l’évêque Pyrrhus, convaincu d’attachement à l’hérésie monothélite, devait être soumis à un jugement canonique avant qu’il soit procédé au sacre d’un nouvel évêque (6).

Les évêques constitutionnels ont donc agi « sans ordre de Dieu », ils se font « prélats contre les loix de l’ordination (7) ». On a déjà vu, dans les parties précédentes, que ces évêques sont considérés par l’Eglise comme des pasteurs intrus. Maultrot va cependant plus loin lorsqu’il examine le cas de Claude Marolles, élu au diocèse de l’Aisne, l’un des premiers évêques constitutionnels sacrés en février 1791 : 
L’abbé de Marolles est un faux Evêque, un faux pasteur. Il n’est point Evêque. Il a reçu par son sacre le caractère épiscopal. Il est sans mission, sans aucune jurisdiction dans l’Eglise. Il n’a aucun siége, aucun diocésain (8).
Les mots du canoniste méritent d’être médités, particulièrement en nos jours où certains croient devoir à tout prix multiplier les sacres de « vrais évêques catholiques ». Maultrot ne nie nullement la validité des ordres conférés par les constitutionnels : l’évêque constitutionnel a bel et bien « reçu par son sacre le caractère épiscopal ». Pour autant, ce caractère n’est pas suffisant pour faire l’évêque. L’évêque ne l’est véritablement qu’en vertu de la mission et de la juridiction qu’il a reçue de l’Eglise sur le diocèse qui lui est confié. Pour le canoniste, qui se fait l’écho de saint Cyprien, celui qui se fait évêque sans mission « n’est rien » : nullus est. 
Il est clair par cette doctrine de S. Cyprien, que l’abbé de Marolles n’est pas et ne peut pas être Evêque. Il est un profane, un étranger, un schismatique (9).
Un tel évêque n’a « reçu l’épiscopat de personne (10) ». Une fois encore, Maultrot n’entend pas par-là que cet ecclésiastique n’a pas reçu validement le caractère épiscopal. Il entend qu’un authentique évêque ne l’est qu’en recevant de l’Eglise un territoire et des sujets sur lesquels sa juridiction peut s’exercer. De tels arguments, extrêmement classiques, ne sont nullement propres à Maultrot : ainsi le canoniste Jabineau déclare-t-il de l’évêque constitutionnel de l’Eure-et-Loir qu’il ne « succède à personne » et n’est donc « rien (11) ». De même, les adversaires de Jean-François Périer, évêque intrus du Puy-de-Dôme, déclarent que, faute de mission canonique reçue de l’Eglise, l’épiscopat de Périer ne peut remonter, de prédécesseur en prédécesseur, jusqu’à Jésus-Christ : quoique sacré validement, Périer n’est donc pas un « vrai successeur des apôtres (12) ». 

Malgré les importantes différences de contexte, la conclusion s’impose naturellement. A proprement parler, à la lumière des principes du clergé fidèle, les évêques sacrés par Mgr Lefebvre en 1988, n’ayant ni mission, ni juridiction, ne sont pas évêques : ils ont seulement le caractère épiscopal, nécessaire à la collation des saints ordres et du sacrement de confirmation. Il ne s’agit nullement de mettre en cause ici l’acte posé par le fondateur de la FSSPX, acte conçu comme une « opération survie » tout à fait légitime et non comme une intrusion, mais de rappeler par l’histoire des vérités qui relèvent à la fois du bon sens et de la foi : il est faux, il est absurde et dangereux de prétendre que la Fraternité Saint Pie X, dans sa situation actuelle possède tout ce qui lui est nécessaire. On peut invoquer toutes les juridictions de suppléance, tous les états de nécessité que l’on voudra, avec tous les risques avérés que cela comporte : les évêques de la Fraternité ne sont pas pleinement évêques, et ce n’est sans doute pas sans raison que la Fraternité les présente elle-même comme des « évêques auxiliaires » dont la fonction est limitée à l’administration des sacrements qui nécessitent le caractère épiscopal. 

Prétendre que la Fraternité a tout et n’a rien à recevoir de Rome ni des évêques serait certainement faire œuvre de schisme et oublier entièrement l’esprit de l’Eglise. Ce serait encore mépriser ouvertement les principes qu’ont professés les prêtres et fidèles qui ont gardé la foi et la communion de l’Eglise dans la tourmente révolutionnaire, et perdre sans retour tout droit à se réclamer d’eux.

(A suivre)

Peregrinus 
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(1) Monique Cottret, Histoire du jansénisme, Perrin, Paris, 2016, estime ainsi (p. 258) que les arguments des jansénistes réfractaires peinent à se dissocier de ceux des autres réfractaires. 
(2) Gabriel-Nicolas Maultrot, Véritable idée du schisme contre les faux principes de M. Camus et des pasteurs constitutionnels, Dufresne, Paris, 1791, p. 27.
(3) Ibid., p. 29.
(4) Ibid., p. 37.
(5) Ibid., p. 54.
(6) Ibid., p. 67.
(7) Ibid., p. 74-75.
(8) Gabriel-Nicolas Maultrot, Explication du Canon 17 du Concile de Calcédoine, qui fait le principal appui de la Constitution civile du clergé, Le Clère, Paris, 1791, p. 56.
(9) Ibid., p. 65.
(10) Véritable idée du schisme, op. cit., p. 75.
(11) Henri Jabineau, Observations sur les écrits des nouveaux Docteurs, et en particulier sur deux ouvrages de M. Gratien, prêtre, Dufresne, Paris, 1791, p. 4. 
(12) Les Fidèles du Diocèse de Clermont, à M. Jean-François Périer, se disant Evêque du Département du Puy-de-Dôme, Girouard, Clermont-Ferrand, 1791, p. 34.

15 juillet 2017

[Abbé Etienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste] Conservateur = corrupteur

SOURCE - Abbé Etienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste - mars 2017

«C'est une forme de modestie louable que de ne pas vouloir être excentrique…» Les conservateurs ont des qualités, on ne peut le nier. Ils ont celle d'un certain courage, puisqu'il leur faut sans cesse s'opposer aux progressistes. Mais nous ne voulons pas ici juger de leurs intentions, ni dire en quoi ils sont excusables. Nous voulons seulement manifester le danger que courent, et font courir, les conservateurs. Non pas ceux qui cherchent la vérité et qui s'arrêtent − un temps trompé − aux seules apparences de la vérité, mais les conservateurs qui tiennent à le rester.
   
«…Mais cette modestie est devenue impossible à pratiquer aujourd'hui!» Selon les faux-penseurs vrais-menteurs, le monde serait divisé en droite et gauche, conservateurs et progressistes. C'est faux. Le monde est divisé depuis le péché de Lucifer entre ceux qui acceptent l'autorité de Dieu et ceux qui la refusent.
   
Ceux qui acceptent l'autorité divine sont appelés contre-révolutionnaires mais ils forment ce qui a pour vrai titre : la «Tradition». Les hommes de Tradition acceptent ce qui est transmis par les anciens parce que reçu de Dieu. Les révolutionnaires refusent toute transmission parce qu'ils refusent de recevoir une quelconque loi.
   
Ceux qui refusent l'autorité sont les révolutionnaires. Les progressistes sont de francs révolutionnaires: ils refusent la Tradition, et cherchent toujours et sans cesse du nouveau.
   
Les conservateurs ne sont pas de la Tradition  ils ne cherchent pas à transmettre ce qui est divin mais à conserver un pauvre état humain. Les conservateurs conservent un état présent. Le conservateur alimentaire maintient la viande dans un état intermédiaire entre la vie et la moisissure. L'apparence est appétissante, mais cache des principes morbides. L'homme conservateur souhaite maintenir le monde dans un état apparent plaisant… et dans un état réel de révolution.
   
Objectivement le conservateur est, – bien souvent à son corps défendant –, un hypocrite révolutionnaire. Il conserve à la Révolution une apparence sortable. Il en est le meilleur allié, nolens volens.
   
Le conservateur est le meilleur ennemi de la Tradition. Le meilleur parce que le plus proche quant aux apparences. Combien sont trompés ? «C'est la même messe…» Oui, mais ce n'est pas la même doctrine! Les schismatiques aussi célèbrent la même messe. Le conservateur est ennemi de la Tradition parce que les principes du conservateur sont ceux du Révolutionnaire, la logique et l'honneur en moins.
   
Pour réduire un homme de Tradition à un conservateur, le révolutionnaire adopte une tactique très habile en disant simplement : «Venez sous mon toit, je vous laisse libre». Le révolutionnaire baisse les armes, mais n'abandonne aucunement le terrain. De quelle liberté parlons-nous ? Le révolutionnaire entend la liberté comme une indépendance de Dieu. Généreusement, il propose la liberté à la Tradition, la même liberté qu'il réclame pour toutes les erreurs, la liberté de Satan. Si l'homme de Tradition entre dans le cercle de la liberté révolutionnaire, il sort de l'adhésion à la vérité de Dieu, l'ayant réduite à une simple opinion humaine. Il gardera longtemps peut- être les apparences de la Tradition, mais il aura accepté dans son cœur le poison de la Révolution : c'est un conservateur de plus.
   
Le conservateur a voulu sauver deux choses: les apparences et son honneur. Malheureusement l'honneur ne se conserve pas à la sauvette. Il demande à être servi avec noblesse, franchise et force. Le conservateur espère servir en restant sortable, en étant acceptable par ceux qu'il cherche à sauver. Faux honneur, vraie trahison : pour être accepté par le révolutionnaire, qui honni la Tradition, il a fallu cacher celle-ci. Belle noblesse, belle franchise, belle force! La Tradition est comme une plante : à l'ombre, elle crève, doucement, insensiblement. La Tradition transmet quelque chose. Cachée, coupée de sa source, elle n'est plus Tradition. La peau est restée, l'outre s'est vidée.
   
Le conservateur peut s'écrier: «Tout est sauf, fors l'honneur et la vérité!»

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’erreur de Menzingen – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 15 juillet 2017

L’Église est en crise, et Rome n’en croit rien / Et Menzingen ? Piégé, il croit que tout va bien !
Une lettre du 13 juin, émanant du siège de la Fraternité Saint-Pie X à Menzingen en Suisse, est censée « faire le point sur les mariages » en tenant compte de la proposition romaine, en date du 4 avril qui vise simplement à faciliter l’enregistrement des mariages de la Fraternité dans la structure conciliaire. Cette lettre n’est pas sans poser un sérieux problème qui dépasse largement tel ou tel détail, tel ou tel argument. Le problème réside en fait dans la mentalité strictement conciliaire des ecclésiastiques auteurs de la proposition.

Nous ne sommes pas seul à penser ainsi : Lors des « discussions théologiques » de 2009 à 2011, trois théologiens de la Fraternité, sous la conduite de Mgr de Galarreta, ont dû affronter quatre «théologiens » romains. Selon le mot inoubliable d’un des trois théologiens, les quatre Romains étaient des « malades mentaux », mais « ayant l’autorité » Objectivement, cette maladie mentale des romains est tellement grave que beaucoup de catholiques fidèles sont tentés de penser que ces prélats ont perdu toute autorité dans l’Eglise. Mais, hélas, ces ecclésiastiques font encore illusion ! si bien que, grâce à « l’obéissance », ils peuvent objectivement continuer à détruire l’Eglise, quoiqu’il en soit de leurs intentions dont Dieu seul reste juge.

Ainsi, dans une première partie, la lettre de Menzingen sur les mariages (cf. les « Commentaires » de la semaine dernière) affirme que la proposition de Rome du 4 avril, vise simplement à ramener les mariages de la Fraternité à l’usage antique et raisonnable de l’Église pratiqué depuis le Concile de Trente. Oui, certes ! Mais cette législation raisonnable, que vaudra-t-elle, dès lors que ce sont des « malades mentaux » qui devront en faire usage ? Un axiome scolastique profond énonce que : « Tout ce qui est reçu, est reçu selon le mode de celui qui reçoit ». Une saine tradition, confiée aux mains d’ecclésiastiques (objectivement) insensés, pourra devenir insensée. Par exemple, dans la troisième partie de la lettre, Menzingen affirme que les mariages célébrés dans la Fraternité une fois reconnus par l’Eglise, ne feront plus de doute pour personne. « Plus de doute », dites-vous ? Alors que les responsables de l’Église d’aujourd’hui en sont à transformer pratiquement les annulations officielles en « divorces catholiques»?

La deuxième partie de la lettre se propose de réfuter une liste de huit objections importantes qu’on peut faire à la proposition romaine. La plupart de ces objections disent, en substance, que l’acceptation de la proposition de Rome, dans le contexte actuel, équivaudrait à épouser la trahison conciliaire de la Foi en acceptant la théorie et la pratique conciliaires du mariage (1,2) ; en admettant la condamnation conciliaire des mariages célébrés précédemment dans la FSSPX (3) ; en approuvant le nouveau Code de Droit Canonique (8) ; et ainsi de suite. Ces objections sont fondées sur le contexte actuel des mariages. Menzingen répond : abstraction faite du contexte, la proposition romaine, « en soi », revient simplement à mettre à la disposition des couples de la Fraternité une manière supplémentaire de se marier tout en restant en harmonie avec l’Église officielle. Bien sûr, Menzingen, bien sûr, mais comment, dans la vie réelle, un mariage peut-il jamais être célébré en dehors de tout contexte ? Et comment, aujourd’hui, le contexte officiel de l’Église pourrait-il être autre que Conciliaire?

La cinquième objection peut servir d’exemple typique illustrant le raisonnement des bisounours de Menzingen, lorsqu’ils séparent l’inséparable. Ainsi, à l’objection dont le sens est que l’assouplissement de la reconnaissance des mariages de la Fraternité par Rome n’est qu’un fromage masquant le piège de la Prélature personnelle, Menzingen répond que le fromage, “en soi”, n’est jamais qu’un fromage ! Menzingen reconnaît même que Rome mentionne qu’il s’agit d’un pas en avant vers la « régularisation institutionnelle » éventuelle de la Fraternité ; c’est admettre que le fromage, objectivement, fait ici partie intégrante d’un piège. Mais à cela, Menzingen répond que s’il fallait éviter tous les pièges, la Fraternité devrait couper court avec tous les responsables romains, ce que Mgr Lefebvre, en 1975, a déclaré ne pas vouloir faire.

Bien sûr, Menzingen, bien sûr ! Mais 1975, c’était avant les 13 années de contacts et de négociations supplémentaires avec les Romains qui finirent par convaincre Mgr Lefebvre que Rome n’avait point l’intention de s’occuper de la Tradition. C’est alors, et alors seulement, qu’il a consacré quatre évêques pour maintenir la Tradition (comme ils l’ont fait jusqu’en 2012). De plus, Mgr Lefebvre n’a jamais refusé tout contact futur avec les Romains. Il a seulement déclaré que dorénavant la doctrine devrait primer la diplomatie, de sorte que les contacts ne pourraient reprendre que lorsque les Romains renoueraient avec les grandes condamnations pontificales du libéralisme et du modernisme. Or, depuis 1988, qu’en est-il ? Menzingen prétend que Rome a changé pour le mieux, de sorte que les pièges ne sont plus des pièges ! Menzingen, attention ! Voilà que vous avez attrapé la « maladie mentale » des Romains, qui nie que la crise de l’Église soit une crise!

Kyrie eleison.