24 juillet 2017

[Mgr Fellay - FSSPX Actualités] A la messe, Jésus-Christ et le prêtre sont un seul (sermon)

SOURCE - Mgr Fellay - FSSPX Actualités - 8 juillet 2017

Extraits du sermon de Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, lors de la première messe de l’abbé Ian Palko, le 8 juillet 2017, ordonné prêtre la veille, au séminaire Saint-Thomas d’Aquin à Dillwyn, en Virginie (Etats-Unis).

(A l’occasion de cette cérémonie) je parlerai des fruits de la messe, de ses effets, de ce qui se passe, de ce pour quoi le prêtre est consacré.
Adoration
La messe est avant tout un acte d’adoration. C’est notre premier devoir en tant que créatures. Notre tout premier devoir envers Dieu, c’est de l’adorer. C’est le premier commandement : « Tu adoreras Dieu seul ». Cet acte d’adoration signifie que nous reconnaissons la totale souveraineté de Dieu sur nous. Non seulement nous la reconnaissons, mais nous nous y soumettons. Cependant en tant qu’êtres humains, en tant que créatures, notre adoration sera toujours limitée par nos facultés, car nous sommes nous-mêmes limités. Nous pouvons offrir le meilleur de nous-mêmes, mais ce sera toujours limité.

La seule adoration illimitée, provenant de la seule personne qui ne soit pas limitée, c’est l’adoration de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il est Dieu, parce qu’il est infini dans sa divinité. L’adoration qu’il rend à Dieu avec son âme et son corps est infinie. A la messe, en ce moment unique, il y a un acte infini d’adoration qui, de l’autel, s’élève tout droit vers le ciel, au-delà de l’espace et du temps, directement vers Dieu. Cet acte est réellement proportionné à l’adoration due à Dieu : rien ne limite, ne réduit, ne restreint cet acte infini. A la messe donc, cher ami, vous êtes face à l’infini, face à cette adoration infinie. En assistant à la messe – grâce et par le prêtre –, nous pouvons vraiment rendre à Dieu un acte d’adoration qui Lui convienne pleinement.
Action de grâce
Il en est de même avec l’action de grâce ; c’est le second fruit. Chaque messe est une action de grâce. Nous devons remercier ; nous y sommes obligés en tant que créatures, car nous avons tout reçu de Dieu, absolument tout. C’est pourquoi nous devons remercier ; c’est juste. Nous devons exprimer notre gratitude. En théologie, on sait que la justice signifie que nous devons donner en retour de ce qu’on a reçu, à égalité stricte. Si nous recevons un don, nous devons donner en retour. Si l’on veut acheter un pain, par exemple, on doit le payer ; c’est justice.

Mais on voit qu’il y a une partie dans la justice où l’on ne peut jamais rendre à égalité ce que l’on a reçu. Nous avons reçu de certaines personnes, de notre patrie, de nos parents, certains biens que nous ne serons jamais capables de payer en retour, à égalité. Et cette partie de la justice qui est la plus noble, cette impossibilité de payer totalement en retour : c’est la vertu de religion, notre relation à Dieu. Nous lui devons infiniment, parce que de lui nous avons tout reçu. C’est Dieu lui-même qui l’a dit : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1Co 4,7) Tout ce qui est bon en nous, nous l’avons reçu de Dieu. Et notre devoir de reconnaissance est à ce même niveau, mais jamais nous ne serons capables de remercier comme nous le devons. Jamais ! A la messe cependant, nous le pouvons : l’action de grâce de Notre Seigneur, adressée de l’autel directement à Dieu, n’a pas de limites, elle est infinie.
Satisfaction pour nos péchés
Le troisième fruit est la satisfaction, la réparation pour nos péchés. Il est vrai que la satisfaction que Notre Seigneur réalise sur la Croix est infinie, bien entendu, mais le bénéfice, le pardon dépend de nous. Jusqu’à quel point recevrons-nous le pardon de Dieu, comment recevrons cette assurance de Dieu qui nous dit : « je te pardonne ; tes péchés n’existent plus » ?

Tous les sacrements viennent de l’autel. Le baptême satisfait de manière parfaite. Nous le savons, il ne supprime pas seulement le péché originel. Le baptême pour un adulte supprime tous les péchés de sa vie passée, ils ne sont pas seulement pardonnés, mais supprimés comme s’ils n’avaient jamais existé. C’est pourquoi ce baptisé n’est pas tenu à réparer ses péchés : un adulte, mourant juste après son baptême, va tout droit au ciel parce qu’il n’a pas de péché à réparer. Telle est l’efficacité non seulement du baptême, mais de la messe ; car toute l’efficacité des sacrements vient de la messe. Les sacrements sont comme des tuyaux, des canaux qui déversent sur nous depuis l’autel, la grâce dont la fontaine est ici. C’est la messe ! Et notre grand et saint théologien, saint Thomas d’Aquin, enseigne que nous recevons le fruit de la réparation selon le degré de notre dévotion.

Ainsi donc, quand nous venons à la messe, si nous préparons notre messe, si nous préparons notre âme pour la messe, nous recevrons davantage. Cela ne fait aucun doute. C’est pourquoi Pie XII disait que la meilleure manière d’assister à la messe, c’est de l’embrasser tout entière, c’est-à-dire de faire siens non seulement les sentiments, mais les pensées, l’intention, les désirs qui animaient le Cœur de Notre Seigneur quand il montait au Calvaire. Plus on s’unit à Notre Seigneur sur le chemin du Calvaire, plus on se prépare à assister à la messe, plus on est uni avec le Seigneur dans son action, dans sa satisfaction pour les péchés. Nous savons que le péché a détruit le plan de Dieu, le plan initial de Dieu pour nous. Le péché a fermé les portes du ciel, nous a rendu ennemis de Dieu, nous a dépouillé de la grâce, de la vie divine en nous. C’est ainsi que nous naissons sur terre. Et il était impossible à l’homme de réparer. L’homme n’aurait jamais pu, même avec la meilleure volonté, réparer le dommage causé. Il était nécessaire qu’une personne infinie, d’une valeur et dignité infinies, réalise cette réparation. Seul Notre Seigneur pouvait le faire ; et il l’a fait, il a réparé pour nous. La Sainte Ecriture est très claire : « Il a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1P 2,24). Sur la Croix, – le réalisons-nous assez ? –, il reçoit toute la colère de Dieu contre le péché, celle qui nous était méritée pour nos péchés. Il la prend sur lui. Ce qui se passe dans son âme à cet instant est indescriptible. Lui, l’innocence même, il prend sur lui, à ce moment-là, nos péchés comme s’il en était coupable. Et en assumant cette culpabilité, il la détruit par sa mort sur la Croix ; voilà ce qu’il a fait pour nous!
Prière
Enfin le quatrième fruit de la messe qui est aussi illimité, c’est la prière. Notre Seigneur prie. Sa prière en soi est infaillible. Tout ce que le Fils demande au Père, il l’obtient. Bien sûr ! Le contraire est impossible. Et à l’autel, cher ami, il est tellement uni à vous que tous vos ennuis, vos soucis, vraiment tous vos besoins, il les prend et les fait siens ; non pas seulement le péché, mais tout le reste. Il vous aime : il partage vos inquiétudes, vos soucis. Il prend tout et le porte à l’autel. Je dis Jésus, mais quand je dis Jésus, je dis le prêtre. Comprenons bien, ne faisons pas de distinction ici. Ils sont un : Jésus et le prêtre ! Même en prenant un couteau, il serait impossible de couper et de les séparer, car ils sont un. Il prend donc tout ce dont on se soucie.

Où est donc la limite ici, si sa prière est infinie ? Nous l’expérimentons pourtant tous les jours : nos demandes ne sont pas toutes exaucées : quelques-unes le sont, d’autres ne le sont pas. D’où vient donc la limite ? Non pas du côté de Dieu, quoique dans un certain sens on peut dire que oui. Regardez ce qui se passe dans le cas d’un petit enfant qui demanderait à un adulte une chose qui serait considérée comme péché. Est-ce que cet adulte, avec tout l’amour qu’il a pour l’enfant, va la lui donner ? Bien sûr que non, parce qu’il sait que cela lui causerait du mal. Ou s’il s’agit de quelque chose pour lequel l’enfant n’est pas prêt ; il ne lui sera pas donné maintenant ou de la façon réclamée. Il recevra quelque chose, mais non pas exactement ce qui était demandé. Telle peut être la limitation posée par Dieu à nos prières. C’est précisément pourquoi, il importe de notre côté, autant que nous le pouvons, de correspondre à la volonté de Dieu. Plus nous y correspondons, plus nous obtenons ce que nous demandons. Si nous demandons des choses mauvaises, il ne nous les donnera pas, parce qu’elles nous feraient du mal. Quelquefois nous nous trouvons en face d’un grave dilemme.

Le Seigneur apparut un jour à sainte Gertrude qui le suppliait de guérir l’une de ses chères amies. Il lui dit combien il était partagé : « Vois-tu, tu me demandes de délivrer ton amie de sa maladie. Et pourtant, grâce à cette maladie, elle a fait de tels progrès dans la vertu, dans l’amour de Dieu. Que ferai-je donc ? La délivrer ? La priver d’autres progrès ? » C’est ce que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus avait compris à la fin de sa vie. Elle avait vu que tout ce qu’elle demandait, elle l’obtenait. Bientôt elle arrêta ses requêtes, pensant : « si je demande ce que je ne devrais pas et l’obtiens, ce n’est pas une bonne solution ». Alors elle se contenta de laisser les choses entre les mains de Dieu.

Nous voyons qu’il y a ici quelques limitations posées à notre prière. Attention, cela ne veut pas dire que Dieu n’écoute pas ! Bien sûr qu’il nous écoute et qu’il donne ; non pas ce que nous voulons, mais ce dont nous avons besoin. Une prière sans réponse n’existe pas, mais nous ne recevons pas nécessairement ce que nous désirons ou ce qui nous paraît bon.

Comprenons bien que la prière la plus efficace qui puisse jamais être offerte à Dieu, c’est à la messe qu’elle s’exprime, grâce et par le prêtre.
Titre et intertitres de la rédaction. Pour conserver aux extraits de ce sermon leur caractère propre, le style oral a été maintenu.

[Pierre Labat - Rivarol] Rome et la Fraternité Saint-Pie X : le jeu de l’oie

SOURCE - Pierre Labat - Rivarol - 20 juillet 2017

Le feuilleton des relations de Rome et de la Fraternité Saint-Pie X n’en finit pas d’agiter Tradiland. Jusqu’ici François avait multiplié les gestes apparemment favorables aux traditionalistes. Le dernier en date donne les règles pour que les mariages bénis par la Fraternité Saint- Pie X jouissent d’une «juridiction officielle». Mgr Bernard Fellay, actuel supérieur de cette Fraternité, s’en était réjoui publiquement. Ses prêtres n’étaient pas du même avis. L’évêque suisse avait dû faire face à la fronde des doyens du district de France qui, dans une lettre lue à leurs fidèles le 7 mai 2017, ont rejeté les dispositions prévues. Une pétition s’y opposant avait recueilli près de 700 signatures en quelques semaines. Les nombreux commentaires des signataires montraient l’exaspération des fidèles face aux intrigues de l’équipe de Menzingen. Pour tenter de sauver sa négociation et son autorité, Mgr Fellay a frappé les prêtres récalcitrants de sanctions très dures. L’abbé de La Rocque, prieur de Saint-Nicolas- du-Chardonnet, a ainsi été expédié dans l’île de Mindanao aux Philippines qui est agitée à la fois par l’indépendantisme musulman et par la guérilla marxiste et maoïste. Le groupe Abou Sayyaf de l’Etat Islamique, spécialisé dans les enlèvements, vient d'y exécuter un otage allemand. L’île est classée «territoire déconseillé» par les services diplomatiques français. 
     
Cette gestion autoritaire des troupes n’est pas nouvelle. Le chemin de Mgr Fellay est jonché du corps de ses opposants internes qu’il exile aux quatre coins du monde, quand il ne les renvoie pas purement et simplement comme Mgr Richard Williamson.
     
Le Supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, malgré ses multiples actes d’allégeance au Vatican, vient de prendre une douche froide. Le 27 juin le “cardinal” Müller lui a fait part de la décision “unanime” de la Commission Ecclesia Dei, avec l’approbation de François : il n’y aura pas de régularisation sans une adhésion pleine et entière au concile Vatican II. Chaque membre de la Fraternité Saint-Pie X devra : 1° faire profession de foi dans la forme de 1988, 2° accepter explicitement les enseignements du Concile Vatican II et de la période post-conciliaire, 3° reconnaître, non seulement la validité, mais aussi la légitimité de la nouvelle messe et des sacrements de Vatican II. Visiblement embarrassée, la Fraternité Saint-Pie X tarde à communiquer. 
     
Le 29 juin, prenant la parole devant ses prêtres après le déjeuner des ordinations à Ecône, Mgr Fellay a parlé de «coup de massue» et fait part de sa déception : «C’est comme dans le jeu de l’oie. On était presque arrivé au but, et nous sommes tombés sur la case : retour à la case départ. Voilà que tout est par terre, il faut tout recommencer à zéro.»
     
Tout ça pour ça? L’oie doit se méfier des renards. Ce nouvel épisode minable montre combien Mgr Fellay est aveuglé. A-t-il vraiment cru que la Fraternité Saint-Pie X pourrait réintégrer l’église conciliaire de François sans avoir à adhérer à Vatican II? Depuis près de 20 ans Mgr Fellay travaille à un accord “pratique” avec Rome. Il rêve d’une « prélature personnelle»: une Fraternité Saint-Pie X directement rattachée à François, jouissant d’une juridiction officielle tout en restant sur ses positions dogmatiques. Cet accord “pratique” est un leurre. La réaction brutale du “cardinal” Müller ramène Mgr Fellay à la réalité. Elle intervient après de longues années de négociations plus ou moins secrètes et en dit long sur les compromissions de Menzingen pendant ce jeu de l’oie...
     
Mgr Fellay n’a plus la confiance de ses prêtres ni celle des fidèles. Désormais il est rabroué par Rome. Son mandat arrive à échéance l’an prochain. Qu’il se retire et fasse pénitence.
     
Pierre LABAT.

[Yves Chiron - Aletheia] André Lesage, dit "Marquis de la Franquerie"

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 20 juillet 2015

André Lesage [1901-1992], qui signait ses livres « Marquis de la Franquerie », aura influencé plusieurs générations de catholiques par ses écrits à la tonalité providentialiste, pour ne pas dire apocalyptique. Certains de ses livres sont régulièrement réédités. J’évoquerai plus loin ses deux ouvrages les plus connus, mais il faut commencer par dire un mot du personnage.
Un pseudonyme littéraire
André-Henri-Jean Lesage est né le 15 juin 1901 à Paris, fils de Henri-Jean Lesage, docteur en droit, et de Louise-Alexandrine-Eugénie Martin1. André Lesage a fait des études de droit, était diplômé de l’École des Sciences politiques et de l’École du Louvre. Il fut un moment rédacteur en chef de la Revue internationale des sociétés secrètes, fondée en 1912 par Mgr Ernest Jouin [1844-1932] et qui parut jusqu’en 1939. Il a collaboré aussi, dans les années 1920 et au début des années 1930, à la Gazette française, organe royaliste indépendant de l’Action française, et au Bloc Anti-révolutionnaire. Il s’est surtout fait connaître comme conférencier et écrivain.
Le spécialiste de la noblesse et de la fausse noblesse Pierre-Marie Dioudonnat note : « Après la première guerre mondiale, [il] s’établit dans le département du Gers, au château de Villeneuve, à Bétous, puis au château de la Tourre, à Condom. André Lesage prit l’habitude d’ajouter à son patronyme le nom de La Franquerie et y joignit encore celui de La Tourre »2. Quelques recherches permettent d’aller plus loin.
En 1926, André Lesage signera son premier livre : « A. L. de la Franquerie » (L. pour Lesage). Puis il usera habituellement du nom de « Marquis de la Franquerie ». Ce patronyme « de la Franquerie » n’était-il qu’un pseudonyme ? A sa mort, le 8 août 1992, sa famille fera publier un faire-part annonçant le décès du « marquis Le Sage de la Franquerie, camérier secret du Pape ». Mais la mairie de la commune où est décédé l’auteur, La Chapelle-Hermier, en Vendée, ne reconnaîtra pas ce patronyme et enregistrera le décès de « LESAGE André, Henri, Jean ».4
C’est André Lesage, après son mariage avec Renée-Yvonne de Boisé de Courcenay le 18 octobre 1926, qui avait ajouté « de la Franquerie de Beslon » à son patronyme de naissance. Dès 1930, un ouvrage consacré aux « anciennes familles de France » indiquait que la famille Lesage avait été autorisée « à relever les noms et titre de la maison » de La Franquerie de Beslon : « Au XIXe siècle, la dernière héritière des La Franquerie de Beslon épousa un Havard. À la suite d’un accord intervenu entre leurs descendants, MM. Havard ont renoncé à relever les nom et titre de la maison en faveur de leur cousin, M. Henri-Jean Lesage, qui occupe une situation en vue dans la grande industrie française, et a épousé Mlle Martin-Havard »5.
Cette explication présente deux difficultés. L’état civil, nous l’avons vu, n’a jamais reconnu à André Lesage cet ajout patronymique. Qui plus est, on ne trouve aucune trace de cet « accord » survenu entre les Havard et les Lesage. Le musicographe et biographe Denis Havard de la Montagne relève : « je puis affirmer, sans possibilité d’erreur, que parmi les ancêtres d’André Lesage et de ses cousins Havard il n’y a jamais eu un quelconque mariage entre un Havard et une de la Franquerie. Je connais en effet leur ascendance Havard jusqu'au XVIe siècle ! Je vous avoue que cette histoire des Havard qui auraient renoncé à relever les nom et titre de la maison de La Franquerie de Beslon me laisse plus que perplexe, d’autant plus que cette famille de la Franquerie de Beslon est totalement inconnue des ouvrages spécialisés.6»
Le patronyme et le titre de marquis de la Franquerie doivent donc être considérés comme un pseudonyme littéraire et non comme une appartenance de l’auteur à l’ancienne noblesse française.

C’est abusivement aussi qu’André Lesage s’est présenté comme un « ami » du pape Pie XII, arguant de son appartenance « à la Cour pontificale comme Camérier Secret et Gentilhomme de Sa Sainteté ». A lire le petit livre qu’il a publié sur Pie XII – texte d’une conférence faite en 1972 –, le lecteur pourrait croire qu’André Lesage a fréquenté de manière habituelle le Vatican durant le pontificat de Pie XII et qu’il avait un accès presque familier au Pape. « Je considère, écrit-il, comme l’un des honneurs de ma vie et l’une des plus grandes grâces que Dieu m’ait accordées de l’avoir approché si souvent.7 »
Le titre de « camérier secret » ne doit pas faire illusion. Il ne signifie rien s’il n’est pas plus précisément qualifié. En effet, à l’époque de Pie XII (et jusqu’à la réforme introduite par Paul VI), il y avait trois types de camériers secrets :
. les camériers secrets participants, au nombre de 6 à 9 selon les époques. Il s’agissait exclusivement de prélats, au service direct du pape, qui formaient un collège présidé par un cardinal ;
. les camériers secrets surnuméraires de Sa Sainteté, tous prélats également. Ils étaient plusieurs centaines. La fonction était honorifique et les titulaires n’exerçaient pas habituellement un service direct auprès du pape ;
. les camériers secrets de cape et d’épée de Sa Sainteté. Cette fois il s’agissait uniquement de laïcs. C’est ce titre qui a été attribué à André Lesage à partir de 1939. Ce titre aussi était honorifique et n’impliquait pas un service régulier au Vatican, et encore moins une proximité avec le pape. Les camériers secrets de cape et d’épée étaient plusieurs centaines – la liste était publiée chaque année dans l’Annuario Pontificio – et bien peu étaient appelés à faire quelques jours de service au Vatican. Ces camériers secrets de cape et d’épée ne doivent pas être confondus avec les Gardes Nobles qui, eux, accomplissaient à tour de rôle un service plus immédiat auprès du Pape.
On ajoutera que dans sa conférence de 1972 sur Pie XII, devenue le petit livre déjà cité, André Lesage n’apportait guère d’informations nouvelles, citant abondamment l’ouvrage de Mgr Georges Roche et de Philippe Saint-Germain qui venait de paraître (Pie XII devant l’histoire, R. Laffont, 1972). Et il ne rapportait aucun entretien significatif avec ce Pape qu’il disait « avoir approché si souvent ».
La Mission divine de la France
Son premier ouvrage, La Mission divine de la France (1926, 232 p.), reste son livre le plus connu, régulièrement réédité.
L’ouvrage était préfacé par Mgr Jouin qui saluait le « jeune écrivain » – André Lesage avait 25 ans. Mais il notait aussi, comme un discret reproche : « il ne se pique, dans le choix de ses documents ni de sévérité critique ni d’érudition oiseuse ». Cette rigueur insuffisante restera une des caractéristiques des écrits du « marquis de la Franquerie ».
Par exemple, il évoquait à l’appui de ses thèses le supposé « testament de saint Rémi » ; tandis que Mgr Jouin, dans la préface citée, en relevait le caractère « légendaire » (p. 7).
Le « marquis de la Franquerie » exposait dans ce livre une thèse qu’il ne cessera de développer par la suite : la France a une mission particulière, une « mission divine » prouvée notamment par le pacte de Tolbiac, la sainte Ampoule, le testament de saint Rémi, les « miracles des rois de France ». Les « fautes » des rois de France, expliquait aussi La Franquerie, ont toujours été suivies de « châtiments » et, comme le dit le dernier chapitre, « le plus grand châtiment [est] la République ».
Cette conviction que la France a une « mission divine » trouvera un développement qui n’avait rien d’historique. La Franquerie affirmera en effet, dans un autre ouvrage : « Cette mission avait été dévolue au peuple Juif de l’ancien Testament ; mais à partir du déicide, ce peuple fut maudit et son caractère de nation élue de Dieu fut reporté sur la France avec toutes les grâces et toutes les faveurs qu’entraîne une telle prérogative.8 »
Le marquis de La Franquerie donnera un autre clef explicatrice de son affirmation d’une mission divine de la France : les rois de France seraient les descendants des rois de Juda, ils ont donc une « parenté » avec la Vierge Marie et Jésus. Il a exposé cette thèse dans diverses conférences et dans deux ouvrages : Le Caractère sacré et divin de la royauté en France (Éditions de Chiré, 1978, 202 p. ; 2e édition, Éditions Saint-Remi, 2015) et Ascendances davidiques des rois de France et leur parenté avec Notre Seigneur Jésus-Christ, la très sainte Vierge Marie et saint Joseph (Éditions Sainte-Jeanne d’Arc, Villegenon, 1984, 79 p.).
Cette thèse avait été soutenue par certains auteurs aux XVIe et XVIIe siècle puis reprise à la période contemporaine par le comte de Place dans ses Problèmes héraldiques (Bourges, 1900). Il est à noter que le même auteur avait publié précédemment un volume sur la fin des temps : Prophétie de saint Malachie. Les dix derniers papes. L'Antéchrist (Paris, Vic et Amat, 1894, 28 p.). Double thématique que reprendra celui qui signait marquis de la Franquerie.
Cette affirmation d’un lien généalogique entre les rois de Juda et les rois de France ne repose sur aucune démonstration historique probante. Elle suppose une continuité qu’aucun historien n’oserait soutenir aujourd’hui : rois de Juda – rois de Troie – Mérovingiens – Capétiens. La Franquerie, pour convaincre ses lecteurs, s’appuyait sur les révélations faites par « plusieurs âmes privilégiées ».
Divers témoignages historiques – le cérémonial du sacre du roi de France, la galerie des 28 rois de Juda qui se trouvait au-dessus des portails de Notre-Dame de Paris9, une abondante littérature – montrent que les rois de France « se sentaient enracinés dans la Bible et qu’ils se voulaient continuateurs des rois de Juda »10. Mais c’était une continuité spirituelle et une analogie, certainement pas une continuité par le sang.
Hervé Pinoteau, éminent spécialiste d’héraldique, de vexillologie et de phaléristique, avait consacré une note très sévère aux Ascendances davidiques du marquis de la Franquerie. Il déplorait notamment : « Tout un pieux public accepte sans doute ces crétineries bien inutiles pour la foi, et qui sont accompagnées d’un texte rempli d’erreurs historiques grossières, ainsi que de citations fausses. Le plus beau est que le ”marquis” utilise un ouvrage britannique du même tonneau, destiné à glorifier outre-mesure la Grande-Bretagne et ses rois issus de la maison de Juda... »11.
Le Saint Pape et le Grand Monarque
André Lesage a attaché aussi une grande importance aux textes prophétiques et aux « révélations » reçues par des « âmes privilégiées ». Il en a tiré la conviction que la France et l’Église seront sauvées par un « Saint Pape » et un « Grand Monarque ». « Nous avons une certitude, écrivait-il : celle de la venue imminente du Saint Pape et du Grand Monarque qui sauveront le monde du désastre irrémédiable et le replaceront dans l’ordre voulu par Dieu ».
Cette « certitude », qu’il fondait sur « plus de cent prophéties », il l’a exposée en 1980 dans une conférence dont il a tiré une brochure : Le Saint Pape et le Grand Monarque d’après les prophéties. Cette brochure, rééditée en 2005, vient de faire l’objet d’une 3e édition12.
En 1980, le marquis de la Franquerie affirmait que « ces deux personnages à venir » sont « déjà vivants quoiqu’encore inconnus » (p. 6). Le Saint Pape s’appellera « Grégoire XVII », sera « français de naissance » et « pourrait descendre lui aussi de Louis XVII », comme le Grand Monarque (p. 28).
En rééditant ce livre, trente-cinq ans plus tard, l’éditeur n’a cru devoir faire aucun correctif ou mise au point. Le lecteur sera donc plus que perplexe en lisant des prophéties qui ne se sont pas réalisées : ainsi de l’invasion de la France par la « Russie soviétique » (p. 22) ou « Jean-Paul II serait le dernier pape du temps des nations et que son Successeur et le Grand Monarque assureraient le grand triomphe de l’Église qui se perpétuerait sous leurs successeurs. Telle est du moins ce que nous pensons et souhaitons » (p. 30).
Le marquis de la Franquerie alignait les citations de « prophéties ». S’il citait le nom des auteurs, il ne donnait jamais la référence des textes cités. Il prenait à la lettre toutes les affirmations des âmes privilégiées, sans se soucier de les contextualiser ou de les interpréter.
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  1. Archives numérisées de Paris, état civil du 9e arrondissement.
  2. Pierre-Marie Dioudonnat, Le simili-nobiliaire français, 2010, p. 510.
  3. Le Figaro, 10 août 1992.
  4. Mairie de La Chapelle-Hermier, registre d’état civil de 1992.
  5. André Guirard, Les Anciennes familles de France. Leurs origines, leur histoire, leurs descendances, Boivin & Cie éditions, 1930, t. I, p. 94.
  6. Lettre de Denis Havard de la Montagne à l’auteur, le 19 juillet 2015.
  7. Marquis de La Franquerie, Un grand et saint pape qui aimait la France. S.S. Pie XII tel que je l’ai connu, Éditions de Chiré, 1980 (2e éd.), p. 5.
  8. Marquis de La Franquerie, Mémoire pour obtenir le renouvellement de la consécration de la France à saint Michel, Chez l’auteur, 1947 (2e éd.), p. 6.
  9. En 1793, les révolutionnaires ont cru qu’il s’agissait des rois de France et les ont décapités. Les têtes ont été retrouvées en 1977 seulement, elles sont conservées au musée de Cluny.
  10. Hervé Pinoteau, « Méditation sur l’histoire nationale », Itinéraires, n° 234, juin 1979, p. 189. Qui cite aussi les papes : « La France est la tribu de Juda de l’ère nouvelle (Grégoire IX l’a dit à saint Louis) et elle semble même être un Israël de remplacement (comme le laisse entendre Clément V) ».
  11. Héraldique & Généalogie, n° 106, janvier-mars 1988, p. 120.
  12. Marquis de La Franquerie, Le Saint Pape et le Grand Monarque d’après les prophéties, Éditions de Chiré (86190 Chiré-en-Montreuil), 46 pages, 6 €.

[Gino Hoel - Golias] Messe en latin : la grande illusion

SOURCE - Gino Hoel - Golias - 20 juillet 2017

Summorum Pontificum, motu proprio de Benoît XVI libéralisant la messe de Pie V (elle est devenue la « forme extraordinaire » du rite latin, à côté du rite conciliaire de Paul VI, « ordinaire »), serait – dix ans après – une réussite, à en croire la presse catholique.

Ainsi en France avant la décision du pape allemand, une cent-vingtaine de messes tridentines étaient célébrées toutes les semaines ; en 2017, nous en sommes à 221. Bravo ! Merci Papa Ratzinger ! D’autant que beaucoup de jeunes y participent, on vient de loin parfois pour admirer le dos du prêtre récitant à voix basse Institution et Consécration, les doigts joints, avec un diacre et un sous-diacre pour l’assister, sans compter les enfants de chœur masculins en soutanelle rouge. L’encens permet de rappeler que nous entrons ici dans le Mystère ; la magie n’est pas loin, le sacré est partout. Il ne s’agit plus de célébrer la messe mais d’y assister, comme lorsqu’on va au cinéma, au théâtre ou au concert admirer un beau spectacle. On s’en met plein les yeux et les oreilles, on est au « théâtre divin »(1).

A l’époque, Benoît XVI voulait couper l’herbe sous le pied des intégristes. Il s’agissait de sortir la messe des discussions jamais interrompues entre Rome et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) fondée par Mgr Lefebvre, même après le schisme provoqué par ce dernier en 1988 avec l’ordination sans mandat pontifical de quatre évêques. De cette manière, le pape aujourd’hui émérite pensait que l’on se recentrerait alors sur les différends théologiques (entre autres l’acceptation de Vatican II). A juste titre mais ce fut une victoire à la Pyrrhus. Car ce motu proprio provoqua bien des dégâts : dans les diocèses, les paroisses, les séminaires… Il fallait désormais faire une place non seulement à l’usus antiquior mais aussi à l’idéologie qui va avec, celle de l’extrême droite catholique qui a vu dans cette décision une validation de ses thèses. Summorum Pontificum a accentué la désertion des chrétiens conciliaires pour qui, décidément, l’Eglise n’avait rien compris, qu’il valait mieux emprunter certains chemins de traverse, s’affranchir de cette institution ankylosée et terrifiée par l’avenir qu’elle ne comprenait pas (cela n’a pas changé), devenue inattentive aux signes des temps. Le motu proprio a juste permis de réunir les chrétiens tradis jusqu’alors isolés, parcourant parfois des dizaines, voire des centaines de kilomètres pour « assister » à la messe tridentine. « Ils part[irent] cinq cents mais par un prompt renfort, [ils] [se] v[irent] cinq mille en arrivant au port… »

Aujourd’hui, ces braves gens se réjouissent de ces jeunes séminaristes et laïcs empruntant les voies du traditionalisme qui a réponse à tout et surtout se positionne contre le monde. Pour ces jeunes sans repères ou en difficulté avec leur personnalité, la messe rubricisée, codifiée, où le prêtre agit en lieu et place du Christ avec ce sentiment de toute-puissance, est un cadre rassurant qui permet de soigner leur ego souffrant. Ces élus sont à part, choisis pour servir d’où la soutane (voire la barrette, ici et là), la défense de thèses réactionnaires, comme signes distinctifs qui conditionnent les rencontres. De fait, ce n’est pas pour rien que le nombre de prêtres diocésains baisse quand ceux de ces communautés augmentent : il ne reste plus que des fondamentalistes (on exagère à peine) pour choisir la voix presbytérale. Ceux qui ont opté pour le service d’un territoire ont conditionné leur engagement à l’agenda tradi (il s’agit de regarder sur les différents sites diocésains les dernières ordinations) et peinent avec les orientations pastorales définies par les évêques dans les diocèses, eux-mêmes submergés par ce déferlement romantique dans l’Eglise.
Mais cela leur permit de faire illusion. Car l’appel aux communautés tradis – comme la Communauté Saint-Martin, la Fraternité Saint-Pierre (FSSP) et l’Institut du Bon-Pasteur (IBP), pour ne citer que les plus célèbres – leur a permis de repousser les inévitables débats sur le ministère presbytéral, la formation et la place des laïcs, la place et le rôle des femmes dans l’Eglise… Il s’agit d’une vision à court terme qui – s’ils ne changent pas leur fusil d’épaule – risque fort d’isoler davantage encore l’Eglise sur les grands sujets (notamment politiques et sociétaux).

François voudrait abolir ce motu proprio avec la reconnaissance de la FSSPX qui serait la seule autorisée (à plus ou moins long terme) à célébrer l’ancien rite dans le cadre d’une prélature personnelle. Rien ne serait fait – les discours différents de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) déconcertent jusqu’à la Fraternité elle-même – et le renvoi de l’intraitable cardinal Müller, remplacé par l’archevêque jésuite Ladaria Ferrer, ne rassure pas les lefebvristes pour qui il s’agit d’un changement dans la continuité. Quoi qu’il en soit, abrogé ou non, Summorum Pontificum aura instillé un venin vivace dans les veines de l’Eglise qui n’en finit pas de l’empoisonner ; ce motu proprio n’était pas qu’un décret pontifical, il était aussi la légitimation des idées les plus obscures auxquelles Vatican II avait – on le croyait – définitivement tourné le dos. Dix ans après, Summorum Pontificum n’a rien réglé, il a au contraire accentué les difficultés, créé désordres et divisions ; le pire, c’est que ce n’est que le début !

Note : 1. Cf. Ph. Martin, Le théâtre divin – Une histoire de la messe XVIe-
XXe siècles, CNRS Editions, Paris, 2010.

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Un quart des prêtres ordonnés en France sont issus des rangs traditionalistes

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 7 juillet 2017

Parmi la centaine de séminaristes français ordonnés en 2017, la mouvance traditionaliste n'est plus marginale.
     
C'est la saison des ordinations sacerdotales, mais avec 84 ordinations de prêtres diocésains en 2017, l'Église de France est inquiète. Même si l'on constate un léger progrès depuis les basses eaux de 2015, où seulement 68 prêtres avaient été ordonnés, la courbe, qui est passée sous la barre symbolique des 100 ordinations annuelles après les années 2000, indique qu'elle ne repassera pas le cap de la centaine avant longtemps. L'autre donnée de l'équation n'est pas plus réjouissante. Près de la moitié des prêtres diocésains en activité ont plus de 75 ans - 5410 exactement fin 2015 - pour 6217 prêtres de moins de 75 ans. Cet âge canonique marque normalement le départ à la retraite. Mais beaucoup de prêtres français continuent jusqu'à 80 ans. Voire jusqu'à 90 ans, comme le père de Mesmay, prêtre parisien qui a attendu cet âge pour prendre sa retraite! Il y a bientôt un an, le 26 juillet, le père Hamel était assassiné en pleine messe en Normandie à l'âge de 86 ans. Comme tant d'autres confrères, il avait tenu à continuer sa mission jusqu'au bout.
     
L'âge médian des prêtres français est ainsi de 74 ans, avec de fortes disparités régionales toutefois. La province ecclésiastique de Paris est la plus jeune, avec un âge médian des prêtres de 57 ans. Mais dans plusieurs diocèses ruraux, il se situe plutôt à 81 ans.
L'Église de France est confrontée à un phénomène de fond assez inattendu et que les statistiques officielles de l'épiscopat ne prennent pas en compte
À côté de ces courbes statistiques prévisibles depuis longtemps, l'Église de France est confrontée à un phénomène de fond assez inattendu et que les statistiques officielles de l'épiscopat ne prennent pas en compte. Il se trouve en effet qu'aux 84 prêtres diocésains ordonnés en France en 2017 - dont 25 viennent d'ailleurs de communautés nouvelles d'inspiration charismatique - il faudrait ajouter 22 jeunes prêtres français. Les uns ordonnés dans des structures lefebvristes (11 Français sur 23 ordonnés). Les autres dans le courant traditionaliste, comme la Fraternité Saint-Pierre (6 Français sur 19 ordonnés) et plusieurs autres instituts.

Ce qui signifie que sur la centaine de prêtres diocésains français ordonnés en 2017, près d'un quart sont explicitement inscrits dans une mouvance lefebvriste ou traditionaliste. Une tendance qui n'est plus marginale… mais qui reste marginalisée par la hiérarchie.
«Une génération inquiète»
Témoin, le succès étonnant de la communauté Saint-Martin de sensibilité très classique. Elle compte, à elle seule, 90 prêtres actifs et autant de séminaristes sans compter une année propédeutique qui attire beaucoup de jeunes. Tout comme des séminaires diocésains de styles classiques séduisent davantage aujourd'hui. Dans ce contexte, le dixième anniversaire du motu proprio de Benoît XVI visant à normaliser la messe en latin selon le missel de 1962, n'est pas totalement anecdotique. La tendance lourde du goût des jeunes catholiques pour une certaine tradition se confirme de plus en plus clairement.

Comment, dès lors, l'Église de France voit-elle l'avenir des vocations dans ce climat auquel il faut ajouter les effets de la crise pédophile? Secrétaire général adjoint de l'épiscopat, le père Pierre-Yves Pecqueux admet que «la période est difficile» mais que «le réveil est possible» si «nous avons assez d'audace pour proposer le chemin du ministère à des jeunes hommes pour la vie» et «si nous sommes assez porteurs de la joie de l'Évangile qui n'est pas un slogan, mais une contagion». Directeur du séminaire de Paris, le père Stéphane Duteurtre observe: «On a affaire, comme tous les contemporains, à une génération inquiète», mais «plusieurs centaines de garçons de grande qualité choisissent cette voie par amour du Christ. Ils ne sont pas une petite poignée en perdition!» Son confrère, le directeur du séminaire de Lille, le père Jean-Luc Garin, ajoute: «Le nombre des vocations est proportionnel au nombre de chrétiens fervents et actifs. N'oublions pas que nous assistons incontestablement à la naissance d'une “génération François” motivée par une réelle créativité missionnaire.»
    

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Quid du retour de la messe en latin?

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 7 juillet 2017

La commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle comptabilise 230 lieux où la messe dans sa forme extraordinaire est célébrée.
   
Dans l'Église catholique, la France est le pays le plus travaillé par la question liturgique. C'est-à-dire par la façon de dire la messe. À l'ancienne, dos au peuple et en latin. Ou, moderne, le prêtre célébrant face aux fidèles en parlant leur langue. Les catholiques français se sont déchirés sur le sujet quand le concile Vatican II (1962-1965) a décidé de réformer la liturgie. Qui revenait à abandonner la messe en latin, selon le missel de Jean XXIII publié en 1962. Ce qui a provoqué alors la rupture de Mgr Marcel Lefebvre, dite «intégriste», et suscité toute une mouvance, appelée «traditionaliste», l'évêque restant fidèle au rituel latin mais refusant de rompre avec Rome.
   
L'un des grands soucis de Benoît XVI, élu pape en 2005, fut de tenter une réconciliation sur ce terrain. Il y a dix ans, le 7 juillet 2007, il publie un motu proprio Summorum pontificum, un décret d'application qui rétablit l'usage de la messe en latin selon l'ancien rituel. Non plus selon un mode dérogatoire ou exceptionnel, mais «extraordinaire», c'est-à-dire pleinement reconnu à côté du rite «ordinaire» du missel de Paul VI, partout célébré. L'idée forte de Benoît XVI, familier de l'ancien rite, était de favoriser «un enrichissement mutuel» entre ces deux façons de dire la messe. Et surtout entre… ceux qui la disent! Car le problème le plus difficile à résoudre était et demeure celui d'un clergé profondément divisé à cet égard.
   
Pour surmonter cet obstacle humain, et en particulier la réticence de la majorité des évêques de France à faire un pas en direction des «traditionalistes» - souvent réduits à des «réactionnaires d'extrême droite» -, Benoît XVI a l'idée de court-circuiter l'échelon épiscopal et de créer, au niveau paroissial, une messe en latin à la demande. Ainsi ce paragraphe du motu proprio de 2017: «Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la messe selon le rite du missel romain édité en 1962.» Du jamais vu dans l'histoire de l'Église: des fidèles de base, en nombre suffisant, pouvaient demander à leur curé une messe en latin sans que l'évêque ne puisse s'y opposer.
Une progression en 10 ans
Qu'en est-il dix ans plus tard? La commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle comptabilise 230 lieux où la messe dans sa forme extraordinaire est célébrée. Ils étaient 124 avant le motu proprio de 2007. Soit une progression d'une centaine en dix ans, dont beaucoup en région parisienne.
   
En France, une association, La Paix liturgique, relie tous ceux qui demandent ces messes. L'un de ses responsables, Christian Marquant, observe que «la clé de la bonne application du motu proprio réside dans la bienveillance du clergé: un curé qui ne veut pas de la coexistence des deux formes du rite romain dans sa paroisse a mille façons de ne pas l'appliquer».Et, selon lui, «beaucoup de demandeurs se sont découragés face à tant de mauvaise foi». Mais il précise: «La jeune génération de prêtres et de séminaristes est très encourageante sur cet aspect. Et ce texte pontifical a contribué à modifier les mentalités. S'il existe une grande opposition dans les faits, il n'est plus possible de dire que la célébration de la liturgie traditionnelle est interdite. En normalisant cette forme liturgique, le motu proprio a contribué à l'apaisement.»
   
Christophe Geffroy dirige la revue catholique La Nef, qui vise une cohabitation «en bonne intelligence» entre ces deux formes liturgiques. Il constate, lui aussi, que ce motu proprio a «ouvert des voies à une nouvelle génération de prêtres décomplexés sur les questions liturgiques», même si «une partie de la hiérarchie demeure méfiante à l'égard des traditionalistes». Ils sont toujours perçus comme des «fidèles suspects» alors que, «en proportion, ce courant a le plus de vocations».

23 juillet 2017

1975 [Mgr Mamie] Mise au point

SOURCE - Mgr Mamie - 11 décembre 1975

Dans une Lettre aux amis et bienfaiteurs de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (n° 9, datée de la fête de saint Pie X 1975 – lettre largement diffusée), Mgr Lefebvre écrit : « Le moment me semble venu de porter à votre connaissance les derniers événements concernant Écône, et l’attitude qu’en conscience, devant Dieu, nous croyons devoir prendre en ces graves circonstances
  
Dans cette même lettre, il dit ceci: «C’est parce que nous estimons que toute notre foi est en danger par les réformes et les orientations post conciliaires que nous avons le devoir de désobéir et de garder les traditions. C’est le plus grand service que nous pouvons rendre à l’Église catholique, au Successeur de Pierre, au salut des âmes et de notre âme, que de refuser l’Église réformée et libérale, car nous croyons en Notre Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu fait homme, ni n’est ni libéral, ni réformable».
  
La Télévision suisse, dans une émission du 6 novembre dernier, a présenté une émission sur l’intégrisme. Une très large place a été faite aux initiatives liturgiques placées sous le patronage de messes célébrées selon le rite de saint Pie V.
  
Le journal Le Monde, dans son numéro du 27 novembre, donne quelques informations sur le même sujet et publie en particulier la lettre du Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit qui désavoue publiquement les positions de Mgr Lefebvre.
Le journal La Croix, dans son numéro du 27 novembre, sous le titre «Mgr Lefebvre refuse l’obéissance à Paul VI», informe lui aussi ses lecteurs.
En accord avec la Conférence des évêques suisses, nous avons tenu, pour notre part, publier les lettres qui constituent ce nouveau dossier. Quelques commentaires sont nécessaires.
  1. II est surprenant que Mgr Lefebvre n’ait pas répondu à la première lettre si claire et si paternelle du Souverain Pontife.

  2. II a donc été nécessaire que le Pape écrive de sa main une nouvelle lettre pour que Mgr Lefebvre reconnaisse l’authenticité de la première.

  3. Dans sa réponse, Mgr Lefebvre exprime son « attachement sans réserve au Saint-Siège et au Vicaire du Christ ».

  4. Cependant, entre cette affirmation et la poursuite de l’activité du séminaire d’Écône, la fondation de nouveaux Instituts, certaines prises de position contre le IIe Concile du Vatican et la lettre aux amis et bienfaiteurs que nous venons de citer, il y a, à mes yeux, contradiction, puisqu’on y invite au « devoir de désobéir ».
C’est avec une grande tristesse que nous donnons ces informations. Nous avons tant espéré que Mgr Lefebvre accepterait les demandes du Souverain Pontife. Il est plus urgent que jamais d’intensifier nos prières pour que fidèles, prêtres et évêques restent attachés par leurs actes au Successeur de Pierre, car sans attachement et soumission au Pape il n’y a plus d’Église catholique.
Nous rappelons :
  • a) Ce qu’écrivait S. S. le Pape Paul VI à Mgr Lefebvre (lettre du 29 juin 1975) : « Certes, des problèmes d’un tout autre ordre nous préoccupent également. La superficialité de certaines lectures des documents conciliaires, des initiatives individuelles ou collectives relevant parfois davantage du libre-arbitre que de l’adhésion confiante à l’enseignement de l’Ecriture et de la Tradition, des démarches pour lesquelles la foi sert arbitrairement de caution, nous les connaissons, nous en souffrons et nous nous efforçons d’y remédier pour notre part, à temps et à contretemps. Mais comment s’en prévaloir pour s’autoriser à des excès gravement préjudiciables ? Telle n’est pas la voie, puisqu’elle emprunte en définitive un itinéraire comparable à celui qui est dénoncé… »

  • b) Ce que nous a écrit S. Em, le cardinal Jean Villot, secrétaire d’État (lettre du 27 octobre 1975) : « La vigilance en matière doctrinale et liturgique, la clairvoyance dans le discernement des réformes à mettre en oeuvre, la patience et le tact dans la conduite du Peuple de Dieu, le souci des vocations sacerdotales et d’une préparation exigeante aux taches du ministère, tout cela est sans nul doute le témoignage le plus efficace qu’un Pasteur puisse donner. »

  • c) Ce que nous avons écrit (le 7 juin dernier) : « Nous demeurons cependant tristes (mais confiants), parce que nous avons dû dire publiquement des dissensions dans la famille des enfants de Dieu et des fils de l’Église. Nous aurions aimé résoudre nos problèmes entre nous, dans la discrétion et le silence. Nous n’y sommes pas parvenus. Prions beaucoup, afin que la paix et la confiance reviennent. »Que Dieu nous donne de rester fidèles à la vérité dans une constante charité.

1975 [Congrégation du Saint-Esprit] Le Supérieur général et son Conseil à tous les membres de la Congrégation

SOURCE - 15 novembre 1975

Le Supérieur général et son Conseil à tous les membres de la Congrégation

Chers confrères,

Plusieurs d’entre vous nous ont posé des questions au sujet de Mgr Marcel Lefebvre, de ses œuvres et de ses options. Nous comprenons aisément vos préoccupations, compte tenu des fonctions qu’il a exercées autrefois.

Loin de nous de vouloir ajouter, par ces mises au point, aux souffrances présentes de Mgr Lefebvre, Aussi voudrions-nous vous exhorter en tout premier lieu à prier pour lui. Nous ne pouvons oublier le bien accompli dans le passé.

Malgré cela, nous avons le devoir de préciser les points suivants :
  1. Mgr Lefebvre a fondé ses œuvres indépendamment de la Congrégation.
  2. La Congrégation a toujours été et reste entièrement étrangère aux évolutions et aux options des fondations de Mgr Lefebvre.
  3. Fidèles au Concile Vatican II et à l’autorité de Paul VI, les membres de la Congrégation ne peuvent qu’être en désaccord avec les prises de position de Mgr Lefebvre.
  4. Étant donné que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X et les fondations qui en dépendent n’ont plus d’existence juridique depuis les mesures prises en mai dernier par les autorités compétentes de l’Église, le Supérieur général et les autres Supérieurs majeurs de la Congrégation refusent à tout confrère l’autorisation de rejoindre ces œuvres. Un membre de la Congrégation qui passerait outre à cette interdiction le ferait de sa propre initiative, avec toutes les conséquences qui en découlent selon le droit et nos Constitutions.
En outre, toutes ces mises au point s’imposent à nous, du fait que les décisions, orientations et options de nos Chapitres généraux de 1968-1969 et de 1974 engagent résolument la Congrégation dans le renouveau voulu par Vatican Il pour l’Église, la Mission et toute notre vie de Spiritains.

1975 [Mgr Lefebvre] Réponse à Paul VI

SOURCE - Mgr Lefebvre - 24 septembre 1975

Très Saint-Père,
Si ma réponse à la lettre de Votre Sainteté est tardive, c’est qu’il me répugnait de faire un acte public qui aurait pu faire penser que j’avais la prétention de traiter d’égal à égal vis-à-vis du Successeur de Pierre.

Par contre, je m’empresse, sur les conseils de la Nonciature, d’écrire ces quelques lignes à Votre Sainteté pour lui exprimer mon attachement sans réserve au Saint-Siège et au Vicaire du Christ. Je regrette vivement qu’on ait pu mettre en doute mes sentiments à cet égard et que certaines de mes expressions aient été mal interprétées.

C’est à son Vicaire que Jésus-Christ a confié la charge de confirmer ses frères dans la foi et qu’il demande de veiller à ce que chaque évêque garde fidèlement le dépôt, selon les paroles de saint Paul à Timothée.

C’est cette conviction qui me guide et m’a toujours guidé dans toute ma vie sacerdotale et apostolique. C’est cette foi que je m’efforce, avec le secours de Dieu, d’inoculer à la jeunesse qui se prépare au sacerdoce.

Cette foi est l’âme du catholicisme, affirmée par les Évangiles : « Sur cette pierre, je fonderai mon Église. »

Je renouvelle de tout cœur ma dévotion envers le Successeur de Pierre, « Maître de vérité » pour toute l’Église « columna et firmamentum Veritatis ».

22 juillet 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’erreur de Menzingen – III

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel -  22 juillet 2017

Les principes sont beaux, mais ne suffisent point,
Leur application fait un problème conjoint.


Un autre prêtre de la Fraternité Saint-Pie X (abbé PR, pour les « Public Relations » ) vient de descendre dans l’arène pour prendre la défense des supérieurs qui poursuivent le projet de reconnaissance canonique de la FSSPX. La plaidoirie de l’abbé PR est, une fois encore, bien présentée ; mais il n’empêche que poursuivre ce projet et en prendre la défense sont deux choses qui pèchent par le même défaut, à savoir : le manque de réalisme. Le principe est une chose, la pratique en est une autre, même si elle est régie par des principes. Être maître des principes n’implique point qu’on soit maître de la pratique, et vice versa. Or, l’abbé PR commence son argumentation en déclarant que, dans cette défense, lui, abbé PR, veut rester sur le plan des principes pour traiter des questions suivantes : premièrement, est-il, en principe, possible d’accepter une reconnaissance venant d’un moderniste et, deuxièmement, jusqu’à quel point est-il en principe permis de collaborer avec un moderniste. Autrement dit, il fait délibérément abstraction de la réalité pratique.

Afin de montrer qu’il est possible d’accepter une reconnaissance canonique venant d’un pape moderniste, il soutient que Mgr Lefebvre l’a recherchée de Paul VI jusqu’à la mort de ce dernier en 1978 et que, lorsqu’il refusa, en 1988, de collaborer avec Jean-Paul II, il se plaçait sur un plan pratique et non sur le plan des principes. De même, le chapitre général de la Fraternité de 2012 ne s’est-il pas abstenu de demander à Benoît XVI de faire une profession de foi catholique (ce qui aurait trahi d’ailleurs un esprit schismatique) ?

A cela, on répondra que l’affrontement entre Mgr Lefebvre et Paul VI à partir de 1974 est une chose bien connue, et que le refus de ce prélat d’accepter le protocole de 1988 se fondait sur les principes de la Foi. Et quant à 2012, ce fut l’année où la Fraternité abandonna son archevêque en abandonnant la position qui était la sienne : placer la Foi au principe de tout. Et quant à l’esprit schismatique, on peut se demander qui, en réalité, était dans le schisme ? L’archevêque ou les modernistes ?

Quant au pape François, l’abbé PR soutient qu’il est Pape ; que ce n’est pas lui qui a fait l’Église, mais bien Notre-Seigneur ; et que, partant, la collaboration avec lui doit être celle qu’on aurait avec un pape catholique. Mais à cela, on répondra que, dans la vie réelle, aussi vrai que la pourriture d’une pomme est et n’est pas la pomme ; de même, l’Église conciliaire est et n’est pas l’Église. Dans la vie réelle, la Fraternité traite-elle uniquement avec l’Église catholique et avec un pape catholique, ou bien n’est-elle pas directement en contact avec la pourriture conciliaire ?

Par suite, lorsque l’abbé PR examine jusqu’où il est permis de collaborer avec un moderniste, il estime qu’on peut le faire tant qu’on va dans le sens du bien de l’Église. Faisant encore abstraction de la réalité d’aujourd’hui, il veut faire valoir les considérations suivantes (en italiques, des réponses) :

* L’Église est indéfectible –

L’Église, bien sûr, mais les ecclésiastiques conciliaires, eux, ne cessent de défaillir.

* La Fraternité sert l’Église, et non les hommes d’Église –

Bien sûr, mais elle doit passer par l’intermédiaire de ces faux hommes d’Église.

* Il n’est pas possible de refuser, comme cadeau de Rome, la proposition d’une Prélature catholique –

Bien sûr, mais il faudrait ajouter : sauf si elle dépend de faux hommes d’Église.

* Le pape doit s’en tenir aux conditions prévues par l’accord –

Bien sûr, mais que vaut un morceau de papier pour ces gestionnaires ?

* L’autorité du pape vient de Dieu –

Bien sûr, mais certainement pas pour détruire l’Église (II Cor. XIII, 10).

* La Fraternité a eu raison d’accepter la juridiction pour les confessions et les mariages – Monsieur l’abbé

PR, en êtes-vous si sûr ? Et si c’était tout bonnement un morceau de fromage posé sur un piège ?

* Une question aussi pratique que cette dernière portant sur notre situation présente “n’est pas du ressort de cet article pour qu’on puisse en juger”, répond l’abbé PR. Mais la possibilité même que ce ne soit pas un piège prouve que, pour lui, accepter ou non la reconnaissance canonique de Rome “ne doit pas être jugé en retenant uniquement le critère de l’unité de Foi avec le pape”. Et de conclure :”la reconnaissance canonique doit être acceptée si elle est pour le bien de l’Église, mais rejetée si elle ne l’est pas, indépendamment de la foi du pape”.

Mais, Monsieur l’abbé, vous êtes-vous jamais posé cette question : la « foi » de ce pape étant ce qu’elle est, une reconnaissance canonique aurait-elle, oui ou non, pour effet de plonger la Fraternité au milieu du courant moderniste général, la soumettant à des Supérieurs modernistes ? Oui ou non ? La vie étant ce qu’elle est, pensez-vous réellement que ce pape accorderait un statut qui empêcherait la Fraternité de tomber sous le contrôle de Rome ? Autrement dit : sous le contrôle de gens qui ne croient plus dans la vérité objective ? Les principes catholiques sont très beaux, mais ils doivent être appliqués dans le monde réel, souvent tristement réel.

Kyrie eleison.

[Yves Chiron - Aletheia] La France catholique

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 12 octobre 2015

Si l’on se réfère à la plus récente enquête sur le catholicisme en France [1], 56 % seulement des personnes interrogées se déclarent catholiques. Elles étaient encore 81 % en 1986. Dans le même temps, le nombre des personnes se déclarant « sans religion » a fortement augmenté, passant de 15,5 % en 1986 à 32 % aujourd’hui. Si cette tendance se poursuit, les deux courbes vont se croiser. Le CSA note : « Il est probable que les ”sans religion” constitueront d’ici 20 à 30 ans le principal groupe au sein de la population française. »

La même note d’analyse du CSA, extrapolant les chiffres de l’enquête, souligne « une baisse significative du nombre de catholiques pratiquants en France […] ils seraient en effet passés de 4,4 millions en 2001 à 3,2 millions en 2012, soit une perte de plus d’un million de pratiquants réguliers. » Étant entendu que désormais les statistiques appellent « pratiquants réguliers » les personnes se rendant au moins une fois par mois à un office religieux…

Aussi, le titre du beau livre que publie Jean Sévillia, La France catholique [2], peut paraître provocateur ou témoigner d’une douce illusion. Sévillia ne méconnaît pas les chiffres cités plus haut, même s’il préfère mettre l’accent sur les 44 millions de baptisés que compte la France (deux Français sur trois) et les 13 millions de catholiques pratiquants (réguliers et occasionnels).

Son livre n’est pas une histoire du catholicisme contemporain, c’est plutôt un état des lieux, un vaste panorama qui passe en revue et montre, par de très belles et très nombreuses photographies, les paroisses de France, les prêtres et les fidèles, les mouvements catholiques, la presse et l’édition catholiques, les écoles et les institutions universitaires catholiques, les pèlerinages, les communautés, les monastères.

Il a le sens de la nuance. Ainsi à propos de l’enseignement catholique sous contrat : « à la fois parce que des établissements ont élargi leur recrutement afin d’assurer leur équilibre financier et parce que certains parents se satisfont d’écoles religieuses sans religion, maints établissements catholiques n’ont plus de catholique que le nom. Ce constat, cependant, ne peut être généralisé. On assiste d’ailleurs à l’émergence d’une nouvelle génération de directeurs, de responsables administratifs et pédagogiques et de professeurs qui, allant parfois jusqu’à bousculer les directions diocésaines de l’enseignement catholique, tiennent avant tout au caractère propre des établissements dont ils ont la charge. » Jean Sévillia relève aussi la floraison des écoles privées hors-contrat : « Il existe aujourd’hui 700 établissements hors-contrat qui scolarisent 60 000 élèves. Beaucoup de ces écoles sont catholiques. […] La plus grande réussite, dans ce domaine, est le groupe scolaire Saint-Dominique, au Pecq, dans les Yvelines. Créé avec 35 enfants en 1992, il compte 800 élèves en 2015. En 2012, trois bacheliers sortis de Saint-Dominique ont été admis à Polytechnique. »

Le tableau qu’il brosse des paroisses françaises est contrasté. D’une part, surtout dans les zones rurales, une pénurie effrayante de prêtres : 42 000 prêtres en 1960, un peu plus de 5 800 en activité aujourd’hui, « avec moins de 100 ordinations par an, le clergé n’assure pas son renouvellement : pour un prêtre ordonné, il en meurt sept. Dans les zones rurales, un prêtre peut administrer jusqu’à 30 clochers. » D’autre part, on assiste à un renouveau dans certaines paroisses de grandes villes. Par exemple, à Saint-Léon dans le XVe arrondissement de Paris : « trois messes quotidiennes sont célébrées en semaine et quatre le dimanche pour plusieurs milliers de fidèles. La paroisse est desservie par le curé, deux vicaires, deux prêtres retraités, deux prêtres étudiants (africains) et deux diacres. Adoration trois fois par semaine, confession cinq fois par semaine, chorales, groupes de réflexion et de formation, conférences, scouts, foyer de jeunes, salle de théâtre : la baisse de la pratique, ici, on ne connaît pas. »

Le portrait que Jean Sévillia dresse des « nouveaux prêtres » (p. 216) est l’exact contraire de celui que Michel de Saint-Pierre faisait des prêtres progressistes dans son roman Les Nouveaux Prêtres en 1964, il y a cinquante ans déjà…

Sévillia consacre de nombreuses pages à la « nouvelle génération catholique » que la grande presse a découverte avec stupéfaction dans la rue à l’occasion des manifestations contre le mariage des homosexuels. Le philosophe et sociologue Marcel Gauchet notait à l’époque des grands rassemblements de la Manif’ pour tous : « Il y a effectivement une montée identitaire du catholicisme français. C’est une mutation historique majeure, portée par une jeunesse à la fois conservatrice et moderne qui fait l’effet d’un continent exotique »[3].

Mais ce n’est pas toute la jeunesse française, ni numériquement bien sûr, ni sociologiquement [4]. Ces jeunes qu’on voit en nombre dans les grandes rassemblements unanimistes (JMJ et autres) sont actifs aussi, pour un certain nombre d’entre eux, dans une multitude de mouvements, d’organisations, de groupements, liés ou pas à des paroisses, indépendants des structures plus anciennes implantées dans les diocèses. Ce foisonnement est peut-être prometteur, « la déchristianisation n’est pas fatale » estime Jean Sévillia (p. 198) qui relève « une soif de formation chez les jeunes cathos » (p. 201) et voit « une génération nourrie par la prière » – du moins, la jeunesse de certains milieux : « Depuis le début des années 2000, le groupe Abba réunit 200 à 300 jeunes dans l’église Saint-Etienne-du-Mont, à Paris, pour une soirée d’adoration hebdomadaire. Un rendez-vous impensable il y a trente ou quarante ans » (p. 207).

Mais Sévillia note aussi : « Des écueils guettent néanmoins cette nouvelle génération. Son homogénéité sociale, d’une part, qui peut être une force, deux jeunes sur trois appartenant aux classes moyennes et supérieures, mais qui crée le risque de l’entre-soi. Sa difficulté à se fixer, d’autre part, qui peut être un atout quand il s’agit d’éviter la routine, mais qui peut avoir l’inconvénient du saupoudrage quand ces jeunes surfent d’un mouvement à l’autre, d’un rassemblement à l’autre, d’un style à l’autre. La Pentecôte à Chartres avec Notre-Dame de Chrétienté, l’été au Forum des jeunes de Paray-le-Monial, la Toussaint en session à Taizé : si cet éclectisme a l’avantage de faire sauter les barrières au sein de l’Église, il peut s’avérer incohérent dans la durée et empêcher les engagements stables. »

Le livre-album de Jean Sévillia ne se résume pas. C’est un voyage par l’image, et aussi par les chiffres, dans la réalité multiple du catholicisme français d’aujourd’hui. Parmi les données qu’on trouve dans ce livre, on citera encore les 1.600 prêtres étrangers qui exercent leur ministère en France, (p. 61) suppléant ainsi, très partiellement, à la baisse des vocations sacerdotales en France (p. 61) ; les 150 prêtres qui, depuis sa fondation, ont quitté la Fraternité Saint-Pie X pour rejoindre les diocèses (p. 224) ; les 4 900 personnes, jeunes ou adultes, baptisées lors de la nuit de Pâques 2015 (« chiffre de 30 % supérieur à celui d’il y a dix ans », p. 234).

Jean Sévillia, qui est journaliste (il est rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine et chroniqueur à L’Homme Nouveau) et historien, donne des informations et des analyses intéressantes et pertinentes [5]. Il aurait pu faire sienne cette remarque de Louis Veuilllot en 1871 : « Vous voyez ce qui meurt, vous ne voyez pas ce qui naît ». Émile Poulat, qui citait ce propos, notait aussi en 2008 : « le catholicisme ne me paraît pas au bout de ressources que nous ne connaissons pas, et qui transformeront profondément sa figure, dans un environnement des plus variés, rarement porteur et syntonique » et aussi : « Les catholiques français ne sont désormais ni une minorité, ni encore la majorité, mais ils restent, de loin, de très loin, la plus importante des communautés religieuses en France, par le nombre comme par les ressources dont ils disposent, qui peuvent faire rêver toute autre organisation politique, syndicale ou associative »[6].
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  1. Le catholicisme en France, enquête réalisée par l’Institut CSA, en mars 2013, sur un échantillon de 22.101 personnes.
  2. Jean Sévillia, La France catholique, Michel Lafon, octobre 2015, album relié de 240 pages, 29,95 €.
  3. Le Nouvel Observateur, 3 mai 2013, cité p. 207.
  4. La remarque vaut aussi pour les paroisses les plus vivantes et les plus actives. Ce sont dans les quartiers bourgeois ou CSP + des grandes villes qu’on les trouve. Cf. Jérôme Fourquet et Hervé Le Bras, La religion dévoilée. Nouvelle géographie du catholicisme, Fondation Jean-Jaurès, 2014 et Yann Raison du Cleuziou, Qui sont les cathos d’aujourd’hui ? Sociologie d’un monde divisé, DDB, 2014.
  5. Une affirmation contestable néanmoins : « En 1979, une enquête montre que la majorité des évêques français est favorable à une collaboration avec le Parti communiste. 66 % d’entre eux acceptant le bien-fondé des analyses marxistes » (p. 48). Chiffres surprenants. Quelle est la source ? Et une erreur : Hans Urs von Balthasar est nommé parmi les « grands théologiens classiques de Vatican II » (p. 125). Balthasar n’a pas participé à Vatican II, ni comme consulteur dans une des commissions officielles, ni comme peritus attaché à quelque évêque.
  6. Émile Poulat, France chrétienne, France laïque. Entretiens avec Danièle Masson, DDB, 2008, p. 270-271 et p. 13

21 juillet 2017

[Paix Liturgique] Pologne 2007: un sondage anniversaire exclusif pour les 10 ans du Motu Proprio!

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°603 - 21 juillet 2017

Notre sondage polonais est le fruit d'une
collaboration entre Paix Liturgique et le site
UnaCum.pl vitrine d'Una Voce Pologne
À l'occasion du dixième anniversaire de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum, le 7 juillet 2007, nous avons décidé de compléter notre campagne de sondages internationaux portant sur la réception du texte de Benoît XVI. Lors de notre campagne de sondages européens de 2009-2011 (voir ici), nous avions en effet laissé de côté celui qui est aujourd'hui le premier pays catholique d'Europe par la vitalité de son Église : la Pologne. 

Conseillés par Una Voce Pologne, nous avons confié cette enquête non pas à un institut commercial mais à l'Institut pour les statistiques de l'Église catholique (ISKK), fondé en 1972 par la Société de l'apostolat catholique (les frères pallottins) et qui travaille pour la Conférence épiscopale polonaise. En nous orientant vers l'ISKK plutôt que vers un organisme commercial, nos partenaires polonais ont permis de donner à ce sondage un poids original puisqu'il ne concerne que des catholiques pratiquants. L'équipe de l'ISKK a en effet soumis notre questionnaire, après l'avoir adapté en fonction de son excellente connaissance du catholicisme polonais, à un public de catholiques dits « engagés » (1). Après avoir collecté plus de 800 réponses, elle en a sélectionné 635 correspondant à la distribution de ces catholiques engagés dans la population polonaise.

Voici les résultats de ce sondage, accompagnés de nos réflexions.

I – LES RÉSULTATS DU SONDAGE POLONAIS

Sondage effectué par l'ISKK (Institut pour les statistiques de l'Église catholique) entre le 13 mai et le 4 juin 2017, selon la technique des panels en ligne, sur un échantillon de 635 catholiques engagés. (1)

:: 1 : Assistez-vous à la messe ? (1)
Chaque dimanche et fêtes : 93,6 %
Presque tous les dimanche : 5,8 %
Une fois par mois : 0,6 %

:: 2 : Le Pape Benoît XVI a rappelé en juillet 2007 que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » – le prêtre faisant face aux fidèles – et sous sa forme ancienne dite « extraordinaire » ou « tridentine » – en latin, le prêtre tourné face au tabernacle. Le saviez-vous ?
Oui : 89,5 %
Non : 6,9 %
Ne se prononcent pas : 3,6 %

:: 3 : Que pensez-vous de la messe selon la forme extraordinaire (en latin et face au tabernacle) ? (NB : le total est supérieur à 100 % car le sondeur a autorisé les réponses multiples)
C'est une expression de fidélité à la tradition de l'Église : 49,9 %
C'est une chose normale : 37,3 %
Cela ne correspond pas à la culture d'aujourd'hui : 17,6 %
C'est une pratique étrange : 4,2 %
Autre : 16,7 %
Difficile à dire : 12,1 %

:: 4 : Si l'ancienne messe était célébrée (en latin et face au tabernacle) dans VOTRE paroisse, y assisteriez vous ?
Chaque semaine : 28,9 %
De temps en temps : 51,6 %
Jamais : 15,1 %
Difficile à dire : 4,4 %

II – COMME PARTOUT AILLEURS

Levain de la résistance victorieuse à la dictature communiste, le catholicisme polonais a vécu une fin de XXème siècle d'autant plus triomphante qu'il a bénéficié du prestige associé à la figure du Pape Jean-Paul II. Doctrinalement et liturgiquement, il a moins connu le « printemps conciliaire » et ses dérives liturgiques et doctrinales. Aujourd'hui encore, le chant grégorien et la communion sur les lèvres demeurent la norme dans la plupart des paroisses du pays. 

Dans ce contexte plutôt classique et préservé, il est intéressant de voir que la forme extraordinaire – souvent présentée comme une réaction aux abus – attirerait plus d'un pratiquant sur 4 chaque dimanche si elle était inscrite dans la vie ordinaire des paroisses, ce qui correspond à la moyenne relevée dans les autres pays (19 % en France en 2008, 25 % en Allemagne en 2010, 27,4 % en Espagne en 2011, etc.).

III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

:: 1) Les Polonais n'ignorent pas la légitimité de la forme extraordinaire
En Pologne, 9 catholiques engagés (1) sur 10 savent que la forme extraordinaire a droit de cité dans l'Église. C'est un résultat très fort. Au-delà du fait qu'il semble normal que ces catholiques engagés aient connaissance des différents pans de la vie de l'Église, on peut aussi penser que, en 10 ans, la connaissance du motu proprio de Benoît XVI a fait son chemin : par capillarité locale d'abord, par la place que la forme extraordinaire occupe sur les réseaux sociaux ensuite, mais aussi par le travail des associations qui, comme Una Voce Pologne, organisent conférences, cérémonies et pèlerinages pour promouvoir la liturgie latine et grégorienne.

:: 2) Un catholicisme préservé des guerres liturgiques
La réponse à la question 3, légèrement modifiée par les enquêteurs de l'ISKK par rapport à notre question habituelle (2) fait apparaître que seul un catholique engagé sur 25 voit l'ancienne liturgie comme « une pratique étrange ». Et moins d'un sur cinq (17,6 %) la considère comme ne correspondant pas à la culture d'aujourd'hui. On peut d'ailleurs imaginer que, chez certains, cette réponse n'a pas de valeur négative car il ne s'agit que de constater l'incapacité du monde contemporain à faire une place à la tradition.
En revanche, le fait qu'un catholique engagé polonais sur deux voit la forme extraordinaire comme une « expression de fidélité à la tradition de l'Église » ne souffre aucune équivoque. Cette enquête nous présente donc le visage d'une Église qui, certes, a été marquée dans sa chair comme toute l’Église par la rupture imposée par la réforme liturgique, mais qui est restée largement immune d’une opposition « progressiste » à la liturgie ancienne et de la fracture qui a marqué, et marque encore, les Églises de nos pays d'Europe occidentale. 

:: 3) 8 catholiques polonais sur 10...
… assisteraient volontiers à la forme extraordinaire pour peu que celle-ci soit célébrée dans leur paroisse : 28,9 % la choisiraient de façon préférentielle et 51,6 % de temps en temps. Le fait que près de 30 % des pratiquants assisteraient à la messe traditionnelle tous les dimanches si elle était célébrée commodément dans leur paroisse (19% en France en 2008, 40% en Italie, 25% en Allemagne, etc.) montre le poids réel qu’a la forme extraordinaire. C'est une nouvelle fois la confirmation de l'existence de ce vaste peuple des silencieux (au moins un catholique sur 4) qui aspire à plus de sacré et de solennité dans sa vie liturgique et spirituelle. Seuls 15 % des Polonais pratiquants n'expriment aucun attrait pour la forme extraordinaire, ce qui laisse une grande marge au motu proprio Summorum Pontificum pour faire, patiemment, son chemin dans les paroisses du pays.

:: 4) La confirmation scientifique de tous nos sondages précédents
Le fait que ce sondage polonais, grâce à la compétence spécifique de l'ISKK, ne porte que sur les catholiques pratiquants permet de le considérer comme un étalon fiable pour l'analyse des résultats de nos sondages nationaux précédents. Tous nos autres sondages portaient en effet sur les catholiques en général, pratiquants et non, avec, à notre demande, la mise en relief par les instituts de sondage des réponses spécifiques aux seuls pratiquants. Or, en raison de la chute dramatique de la pratique, même mensuelle, des catholiques en Europe de l'Ouest, les échantillons de pratiquants pouvaient être considérés trop réduits pour être pleinement représentatifs. 
En réalité, les scientifiques savent bien que la vérité statistique est d'autant plus précise que les mesures sont nombreuses. La concordance des résultats obtenus dans les sept pays de nos précédents sondages – France, Italie, Allemagne, Portugal, Grande-Bretagne, Suisse, Espagne – constituait donc déjà un élément statistique important. Leur concordance avec les résultats de l'enquête polonaise, obtenus sur un échantillon exclusif de pratiquants, vient les confirmer avec force.
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(1) Les 635 personnes sondées par l'ISKK proviennent d'un panel de catholiques engagés. Par « catholiques engagés », l'ISKK considère les pratiquants réguliers (qui, en Pologne, sont encore ceux qui assistent à la messe chaque dimanche ou presque – alors qu'ailleurs en Europe il ne s'agit que des catholiques allant à la messe au moins un dimanche par mois) ; ceux engagés dans la vie de la paroisse ; et les membres de mouvements ou d'associations catholiques reconnues. Allant tous au moins une fois par mois à la messe, ils sont donc tous pratiquants au sens sociologique moderne du terme.
(2) La question est d'ordinaire ainsi posée : « Considérez-vous comme normal ou pas normal si les deux formes du rite romain devaient être célébrées régulièrement dans votre paroisse ? »

20 juillet 2017

[Guy Rouvrais - Présent] Vers l’abolition de Summorum Pontificum ?

SOURCE - Guy Rouvrais - Présent - 13 juillet 2017

Il y a dix ans Benoît XVI publiait le motu proprio Summorum Pontificum mettant fin à l’ostracisme qui frappait la messe traditionnelle de Saint Pie V en permettant à tous les prêtres de célébrer le saint sacrifice selon ce rite appelé depuis « extraordinaire ». C’était aussi la fin d’une injustice, sans être une réparation, car c’est pour avoir dit la messe selon ce rite « jamais aboli » selon Benoît XVI que des prêtres ont été sanctionnés, des curés déposés.

Contrairement à son prédécesseur, le pape François n’est guère sensible à la question liturgique. Il n’était pas hostile à l’initiative de Benoît XVI (et celle de Jean-Paul II qui fit un premier pas dans le même sens) mais considérait simplement qu’il « a fait un geste juste et magnanime pour aller à la rencontre d’une certaine mentalité de quelques groupes et personnes nostalgiques qui s’étaient éloignées ». Des nostalgiques dont la nostalgie finirait par s’éteindre, comme les derniers des Mohicans…

Or, en France, les « nostalgiques » prospèrent puisque, depuis Summorum Pontificum, le nombre de lieux de culte proposant la forme extraordinaire a presque doublé, passant de 124 à 230, selon la Commission épiscopale pour la liturgie. Le motu proprio est aujourd’hui appliqué dans tous les diocèses, tandis que séminaristes et de jeunes prêtres sont nombreux à vouloir apprendre à célébrer selon la forme tridentine. Et cela, semble-t-il, irrite le souverain pontife pour qui les demandes de certains, « trop jeunes pour avoir connu la liturgie préconciliaire », cachent une « rigidité défensive ».

On pouvait penser que le motu proprio était définitif, ne serait-ce que parce qu’il a instauré une certaine paix liturgique. C’est oublier que ce qu’un pape a fait un autre peut le défaire. Sera-ce le cas de François ? Le bruit en court. Selon le théologien Andrea Grillo, cité par La Croix, spécialiste de la liturgie et proche du souverain pontife, François envisagerait, à terme, d’abolir Summorum Pontificum, à partir du moment où l’ancien rite serait préservé au sein de la prélature personnelle proposée à la Fraternité Saint-Pie X, celle-là l’acceptant, ce qui, dit-on à Rome, serait imminent. « Mais, ajoute notre théologien, il ne mettra pas cela en œuvre tant que Benoît XVI est en vie».

[Courrier des lecteurs - La Croix] La messe en latin

SOURCE - Courrier des lecteurs - La Croix - 20 juillet 2017

Je mets en doute que les fans de la messe à l’envers soient tous des latinistes distingués. Ils ne sont certes qu’une minorité agissante. Mais le retour de la messe en latin (La Croix du 7 juillet) est-il si discret qu’on le croit ? Reconnaissons que la plupart de nos évêques – pas tous – demeurent fidèles à la constitution conciliaire sur la liturgie. Par contre, il n’est pas rare que jusque dans le fin fond de nos campagnes, on pratique dans ce domaine un œcuménisme sans retenue. Loin de moi de manifester une intolérance démesurée vis-à-vis de frères et de sœurs plus traditionnels, que je fréquente volontiers.
Je préfère certes l’apaisement aux relations houleuses. Cependant, ordonné prêtre en 1953, je ne voudrais pas paraître extraordinaire en célébrant le rite conciliaire, c’est-à-dire ordinaire.
Père Daniel Guette (Oise)

(…) Aujourd’hui, quelles que puissent être nos préférences, il faut néanmoins convenir que la question du latin semble désormais, en France, secondaire, tant cette culture liturgique est inconnue de beaucoup de catholiques ou bien oubliée. Le latin a perdu grandement du terrain. La messe, même sans latin, aussi d’ailleurs. Alors est-ce pour mettre du baume au cœur de la version catholique des soixante-huitards attardés, emmurés dans leurs certitudes totalitaires, et qui semble restés bien seuls dans leurs églises et veulent oublier leur insignifiance actuelle, que votre journal revient de cette façon si ambivalente sur le sujet ?
Christian Detreille (Aisne)

(…) Comment être « en communion » avec ceux qui sont adeptes de la messe en latin si c’est pour en arriver à la description qui m’a été faite par un prêtre. L’une des paroissiennes, après une messe en latin, lui a fait une liste interminable des « innombrables erreurs » qu’il avait commises tout au long de la messe. Elle n’y allait que pour surveiller le respect littéral des « rubriques » imposées par le Missel de saint Pie X. De quelle religion est-on quand on « assiste » (car chez eux on « assiste » toujours à la messe, on ne « participe » pas) à une messe dans le but exclusif de critiquer le prêtre ou de lui attribuer une bonne note sur le respect littéral des « rubriques » ? Non, décidément, je ne peux pas me reconnaître dans ce christianisme ni ce catholicisme. Je contribue à la construction de l’Église décrite par le pape François dans « la joie de l’évangile », et j’invite le plus grand nombre de lecteurs à le soutenir et à œuvrer dans ce sens. En utilisant nos langues maternelles pour le célébrer et le louer.
A. V.

En voyant la première page de La Croix du 7 juillet j’ai eu un coup au cœur ! Encore cette histoire du latin et des intégristes qui revient, où est donc le concile Vatican II et son ouverture au monde?
Puis, en parcourant les pages suivantes, l’accueil des mineurs étrangers qui explose mais qui est organisé au mieux, les 309 Afghans accueillis à Serquigny et les passionnantes pages sur la ferme de Moyembrie dans l’Aisne accueillant les détenus en fin de peine, pour leur permettre de reprendre pied dans la vie normale, je me suis dis que grâce à La Croix les belles choses sont mises en avant et que l’amour, l’amitié, le partage, signes de la présence du Christ parmi nous, trouvent leur place, toute leur place dans les nouvelles du jour.
Bravo, nous avons tous besoin d’apprendre ou de réapprendre que l’espérance est une vertu impérissable et que tous les hommes et toutes les femmes, chrétiens ou non, ont à apprendre à vivre ensemble, quel que soit leur chemin personnel, pour construire un monde pacifié ou règnent le partage et l’amitié.
Philippe Gonord (Seine-et-Marne)